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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 14:14

      Le romantisme était imbu de « naturalisme ». Le « retour à la Nature » fut sa consigne. Il en vint à confondre la. nation avec ce qui est « natif ». Ce qui déterminait une nation, c'étaient les caractères ethniques, linguistiques, typographiques, climatologiques; à la limite, la communauté d'usages, de coutumes, de tradition, mais celle-ci étant comprise, à peu de chose prés, comme la somme des usages dans le temps, et non comme l'élan d'un processus historique, d'une position de départ vers un but sans doute inaccessible.

 

      Les nationalismes les plus dangereux par leur puissance de désintégration sont ceux qui ont compris la nation de cette manière. Si l'on accepte que la nation soit déterminée par le spontané, les nationalismes régionaux y gagnent une position inexpugnable. Il n'y a aucun doute que le spontané leur donne raison... Il est facile de ressentir le patriotisme local. Il y a dans tout cela comme un appel sensuel qui se perçoit jusque dans l'odeur du sol; un courant physique, primitif et éblouissant; quelque chose de semblable à l'ivresse et à la plénitude des plantes à l'époque de la fécondation. C'est à ce climat rustique et primaire que les nationalismes du type romantique doivent leur extrême fragilité.

 

      Rien n'irrite plus les hommes et les peuples que de se sentir entravés dans leurs impulsions élémentaires.

 

      Quand on blesse un de ces sentiments primaires installés au plus profond de la spontanéité d'un peuple, la réaction antagonique est inévitable, même de la part de ceux qui sont le moins envahis par l'esprit nationaliste. Il s'agit quasiment d'un phénomène biologique. Mais l'attitude de ceux qui se sont efforcés d'éveiller directement en face du sentiment patriotique, local, un simple sentiment patriotique unitaire, n'est pas beaucoup plus avisée. Sentiment pour sentiment, le plus simple est toujours le plus puissant. Si l'on descend sur le terrain des émotions perceptibles par une sensibilité presque végétale, ce sont les sensations les plus primitives qui sont le plus intenses. Comment faire revivre, alors, le patriotisme des grandes unités hétérogènes ? Rien moins qu'en révisant le concept de nation pour le reconstruire sur d'autres bases.

 

      Et là, ce que nous avons dit de la différence entre « individu » et « personne » peut nous servir de directive. De même que la personne est l'individu considéré en fonction de la société, la nation est le peuple considéré en fonction de l'universalité. Un peuple n'est pas une nation en vertu de couleurs ou de saveurs locales ou de particularités physiques quelles qu'elles soient, mais par le fait qu'il est « autre dans l'universel » c'est-à-dire, parce qu'il accepte un destin qui n'est pas celui des autres nations. Tout peuple ou tout groupement de peuples n'est donc pas une nation. Seuls le sont ceux qui accomplissent un destin historique différencié dans l'universel.

 

      De là vient qu'il est superflu de préciser si une nation possède les caractères d'unité géographique, de race ou de langue ; l'important est de déterminer si elle possède, dans l'universel, l'unité de destin historique.

 

      Les époques classiques ont compris cela avec leur clarté habituelle. C'est pour cela qu'elles n'ont jamais employé les mots « patrie » et « nation » dans le sens romantique, ni ancré leur patriotisme dans l'obscur amour de la terre. Elles préféraient, au contraire, les expressions comme « Empire » ou « service du Roi » c'est à dire, les expressions qui se référent à l'instrument historique. Le mot « Espagne », qui est, en lui-même, l'énoncé d'un dessein, aura toujours beaucoup plus de sens que l'expression « nation espagnole ». Et en Angleterre qui est probablement le pays du patriotisme le plus classique, non seulement le mot patrie n'existe pas, mais peu de gens peuvent séparer le mot « king » (roi), symbole de l'unité d'action dans l'Histoire, du mot « country » (pays), base territoriale de l'unité.

 

      Nous voici au terme de notre voyage. Seul le nationalisme de la nation ainsi comprise peut dominer l'effet de désagrégation des nationalismes locaux. Il faut reconnaitre tout ce que ceux-ci ont d'authentique, mais il faut susciter en face d'eux un mouvement énergique ayant comme aspiration le nationalisme missionnaire qui conçoit la Patrie comme une unité historique de destin.

 

 

José-Antonio Primo de Rivera, Essai sur le nationalisme, avril 1934.

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Published by Alexandre Janois - dans Doctrines politiques
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