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17 septembre 2007 1 17 /09 /septembre /2007 16:23
La Colonne, également connu sous le titre (Chant du) Premier étranger de cavalerie – est en effet le régiment de tradition du 1er REC. A sa fondation, en 1920, le 1er REC est composé de nombreux engagés venus de l’Est ; de nombreux Russes blancs s’y retrouvent ainsi que des Hongrois. Ils partent, entre 1925 et 1927, combattre en Syrie ; ils y affrontent les terribles druses. Ce chant rappelle ces durs combats. Ainsi durant cette campagne, le combat de Messifré, le 17 septembre 1925 (voir plus bas). L’année suivante, dans leur cantonnement de Sousse en Tunisie, le légionnaire de 1re classe von Steffens, aidé par les brigadiers Hevrotte (paroles) et Hustin (musique) composent ce chant en hommage à leurs camarades.
La mélodie était très connue, venant d’une berceuse devenue chant des marins allemands en 1840, et « reprise par les différentes factions politiques qui s’affrontèrent pendant la République de Weimar » (T. Bouzard, Anthologie du chant militaire français) . Ce chant est le premier à devenir un chant de tradition régimentaire dans l’armée française.
Le capitaine Selosse dans son Chants de la Légion étrangère, préconise pour le dernier couplet, lors de la reprise des deux derniers vers, d’accentuer mélodieusement vers le haut le mot "fidèle" et terminer en double voix par "Au premier Etranger de cavalerie". Il proscrit à l’inverse de procéder ainsi dans les autres couplets. Contrairement à la plupart des chants la version que nous présentons ici est unanimement acceptée.






I. Une colonne de la Légion étrangère
S’avance dans le bled en Syrie
{La tête de la colonne est formée
Par le Premier Etranger de Cavalerie (bis)

II. Les Druses s’avancent à la bataille
En avant, légionnaire, à l’ennemi
{Le plus brave au combat comme toujours,
C’est le Premier Etranger de Cavalerie. (bis)

III. Un légionnaire tombe frappé d’une balle
Adieu mes parents mes amis,
{Tous mes fautes je les ai expiées,
Au Premier Etranger de Cavalerie. (bis)

IV. Sur sa tombe une simple croix s’élève,
Sur laquelle ces seuls mots sont inscrits
{Il a servi honnête et fidèle,
Au Premier Etranger de Cavalerie. (bis)





Ecouter le chant ICI

ou là :



ci-dessous :

(images de début : défilé du 1er REC à Orange en 2006
lors de la commémoration de Camerone)





Le combat de Messifré, le 17 septembre 1925 vu par le capitaine Landriau (journal de marche du capitaine Landriau, sur le site Légion cavalerie). Le 16 septembre, la colonne formée par le 4e escadraon, partie en reconnaissance, est attaquée par 7 à 800 cavaliers druzes. La colonne parvient à rallier Messifré. La petite garnison française reçoit quelques heures plus tard le message suivant : « Plus de 3000 Druzes, étendards déployés se portent en direction de Messifré: attaque probable cette nuit ».


Je suis de garde au réduit jusqu'à la nuit. Nous dînons tranquillement en parlant de l'attaque possible, puis je commence ma veille en bavardant le long des murettes avec les gradés de garde à la même heure. Tout est calme...trop calme ; habituellement avec la nuit...les chiens des villages aboient et se répondent...ce soir rien; comme si on les avait enfermés. Les chacals, qui par bandes importantes et dans une galopade effrénée passaient en aboyant près des villages ont disparu. C'est anormal et j'en rends compte au Commandant.
Vers 23 heures, le bruit de quelques coups de fusil venant de très loin parvient jusqu'à nous.
A minuit, un Capitaine du bataillon vient me remplacer de garde; je lui fais part de ce que j'ai remarqué et fume quelques cigarettes en bavardant avec lui.
A 1 heure du matin, je parle à un de mes sous-officiers quant un coup de feu partant à 50 mètres de nous claque ; mon sous-officier Popoff, je crois, tire au jugé sur la lueur, puis c'est le signal de l'attaque qui se déclenche avec une violence inouïe; je hurle « Aux Armes » et constate immédiatement que tout le monde est prêt au combat.
Des vaques de fantassins suivis de cavaliers se précipitent sur les ouvrages, l'attaque principale prononcée sur le réduit tenu par le 4e escadron et où se trouve le Poste de Commandement, le marabout poste d'observation, le point d'eau et le bivouac des chevaux.
Tous nos hommes sont au coude à coude  et répondent aux tirs des Druzes par des tirs bien ajustés ; les mitrailleuses font des ravages dans les rangs ennemis, mais celui-ci a pu s'infiltrer entre les ouvrages et pénétrer en grand nombre dans le village où ils savent qu'ils trouveront des alliés chez les habitants.
Le bivouac des chevaux est défendu avec acharnement, les F.M font des sillons sanglants dans les rangs de l'ennemi qui arrive jusqu'au corps à corps. L'adjudant-chef Gazeaux est blessé d'un coup de sabre, tandis qu'un légionnaire, très calmement tue cinq Druzes qui se présentent successivement devant sa murette, mais les défenseurs, malgré leur héroïsme, sont submergés par le nombre et doivent en combattant, se replier, pied à pied sur le réduit où se trouve le gros de l'Escadron. Un grand nombre de chevaux sont tués pendant cette phase de combat, tandis que d'autres arrachent leurs entraves ou ont leurs entravent coupées par des habitants du village. Ces chevaux ou mulets sont tués dans les rues du village où ils cherchent à fuir.

La situation de Messifré


Devant le réduit où chacun tient sa place, décidé à en interdire l'accès à l'ennemi, une hésitation se produit : une quarantaine d'hommes se précipitent en criant:
 « Halte, Légion ne tirez pas » ; Le feu cesse, mais je me doute d'une ruse des Druzes ; j'ai à la main le pistolet lance-fusée, je tire, la fusée surprend les Druzes couchés qui se lèvent et je cris « Feu » . Le commandement est exécuté au cri de « Vive la Légion » et les rafales serrées et bien ajustées.
Je m'approche d'une murette et je sens deux bras robustes qui me saisissent par les épaules m'obligeant à me baisser ; j'ai un mouvement de révolte et reconnais le MDL Popoff, magnifique cosaque aux yeux bleus, au visage fin ; il me dit avec un bon sourire qu'il a toujours quand il me parle :
« Ici, je suis colonel, et je ne veux pas que vous soyez tué dans mon secteur ».
Je reste accroupi à coté de lui et il me demande comment cela va t-il se terminer ?
Je lui réponds que cela dépend de leur nombre que j'ignore, mais il faut tenir jusqu'au petit jour et à ce moment nous les aurons sûrement.
Un porte étendard est tué à 4 mètres de la murette.
Une dizaine de Druzes arrivent à monter sur le marabout et nous font subir des pertes.
Le sous-Lieutenant Dupetit parait anxieux et me cherche ; je vais à sa rencontre, et il me dit que derrière la gendarmerie, son peloton se trouve sous le feu de l'ennemi, qu'il a un homme de tué.
A ce moment une balle qui me frôle l'oreille, l'atteint en plein front.
La balle tirée de très près certainement fait éclater sa boite crânienne qui devant moi s'ouvre comme une boite.
Il reste une seconde la bouche ouverte, puis tombe raide mort.
Je vais voir son peloton qui en effet est mal placé et peut subir des pertes du fait des Druzes et d'un ouvrage de la Légion (Bataillon). Je les place mieux moi-même à l'abri d'une murette, le les calme, appelle le sous-officier de peloton et lui dis que le sous-Lieutenant Dupetit a été tué et lui donne le commandement du peloton.
Le maréchal des logis Primack qui était très bien et pouvait avoir un bel avenir, et plusieurs légionnaires sont tués par des tirs plongeants d'ennemis montés sur le marabout.
Je prends à part l'adjudant Sieurac et lui donne l'ordre, avec un groupe de combat de reprendre le marabout.
Après une demi heure de combat, il aura accompli sa mission tuant sur place ses adversaires.

Mon ancien général russe au cours de cette bataille a été magnifique.
C'était mon agent de liaison particulier, et, au plus fort du combat, portant un ordre à un de mes chefs de peloton, il a eu le bras gauche traversé par une balle.
Calmement, il a rempli sa mission est allé se faire panser à l'ambulance, puis est venu se mettre devant moi au « garde à vous » , le bras gauche en écharpe, la main droite à la visière pour me dire :
« Mon capitaine, à vos ordres ». Jusqu'à la fin, il a rempli, avec une conscience admirable cet emploi simple mais périlleux qu'est celui d'agent de liaison.
Je l'ai proposé pour la Médaille Militaire qu'il a obtenue avec la Croix de Guerre des TOE avec palme...et il en était très fier.

Pendant six heures, la bataille fait rage devant chaque réduit mais dès sept heures du matin, la partie était gagnée. L'ennemi vaincu cherchait à battre en retraite et était tiré par nos légionnaires à l'affût.
De nombreux Druzes étaient encore dans le village, les renforts réclamés depuis le matin allaient-ils arriver à temps pour en permettre son nettoyage rapide ? ... Non !!
Car le bataillon du 16e RTA ( Régiment de Tirailleurs Algériens du Colonel Damont) n'arrivait qu'à 16H30, je n'ai jamais su pour quelle raison.
Dans cette action, l'ennemi avait tout fait pour emporter ses morts et ses blessés, il avait réussi, en partie, en profitant de la nuit, mais pas complètement, puisqu'il laissait devant nos murettes plus de 300 cadavres et 8 drapeaux.
Il avouait le lendemain sa défaite ;

Dès que nous avons pu sortir du réduit, j'ai pris par le bras le maréchal des logis Popoff qui au jugé avait tiré le premier coup de feu sur la lueur du coup parti de la terrasse, l'emmenai chercher une échelle et nous montions ensemble sur la terrasse d'où semblait être parti le signal de l'attaque.
L'Arménien qui nous vendait des fruits depuis notre arrivée, chaque jours, dans le réduit, était couché à nos pieds, une balle en plein front...
Le coup avait fait mouche.




A Messifré, le 4e escadron du 1er REC aura perdu : un officier (Dupetit), trois sous officiers (Borolovsky, Primack et Schellmann), 21 brigadiers et 4 légionnaires tués. Blessés : 2 officiers, 2 sous-officiers, 20 brigadiers et 4 légionnaires.

En récompense, le régiment obtient sa première citation à l’ordre de l’armée, le 26 septembre 1925 : « Bataillon de Marche de la Légion Etrangère comprenant l'Etat Major, sous les ordres du Chef de Bataillon KRATZERT, le 4e Escadron du Régiment Etranger de Cavalerie, sous le commandement du Capitaine LANDRIAU.
Les autos-mitrailleuses opérant avec le détachement.
Placés à un poste avancé de la colonne du Djebel Druze et , attaqués le 17 septembre par un parti ennemi évalué à trois mille cavaliers et fantassins, ont tenu bon contre cette attaque poussée à fond et jusqu'au corps à corps. Ils ont infligé aux Druzes des pertes considérables et après 6 heures de lutte, les ont contraint à se replier, abandonnant sur le terrain plus de 3000 morts et laissant huit drapeaux entre nos mains. »

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