AprèsLa MadelonetLa Madelon de la Victoire, signalons enfin l'existe de ce chant moins connu que l'un et moins sérieux que l'autre,La Victoire de la Madelonpar Fortugé. Et l'espoir de la "der des der", que ceux de la loge et de la synagogue ne tarderaient pas à réduire à néant... Une chanson à boire à la gloire des chansons à boire... et qui accessoirement évoque également L'Internationale et It's a long way to Tipperary... Gabriel Fortugé (1887-1923) a fait la Grande Guerre sur le front d'Orient où il sera atteint du paludisme. Originaire de Perpignan, il avait commencé à connaître le succès au début des années 1910 avant d'atteindre la célébrité après la Première Guerre mondiale.
Chacun maint'nant cherche des souv'nirs de la guerre Sans parler d'ceux que s'sont gardés les poilus Car tout le monde sait qu'cette fois c'est bien la dernière Nini fini on n'se battra jamais plus Alors on collectionne des casques, Des fusils, des sacs, des obus, Des baïonnettes, voire même des masques, Mais ce qui survivra le plus Comme souvenir précis de ces jours triomphants C'est le chant populaire alerte et bon enfant
Quand Madelon vient nous servir à boire L'a-t-on assez chanté sur tous les tons Et plus tard il fera dans l'histoire, L'histoire un peu sans façon, Si bien des choses nous paraissent sévères Pourvu qu'on pince des tailles et des mentons On en rit plus la peine de s'en faire Ah han, ah han, ah han !
Si Madelon dev'nant la seule musique Qu'on emploiera dans n'importe quel domaine Voici maintenant ce qu'à l'Opéra-Comique Nous ouïrons pour la millième de Carmen L'amour est enfant de bohème Qui n'a jamais connu de loi, Si tu ne m'aimes pas, je t'aime Et si je t'aime, prends garde à toi Toréador en garde, Et songe en combattant Qu'un œil noir te regarde Et que l'amour t'attend
Et Madelon viendra servir à boire Aux diplomates qui passeront à Paris Lord Herby leur dira, c'est notoire, It the long way to Tipperary Et nos édiles dans vingt-cinq ans à peine Décrèteront pour illustrer son nom Désormais l'boulevard de la Madeleine S'appellera l'boulevard de la Madelon
La Madelon, comme on dit, n'est pas sévère Et puisqu'en France tout finit par des chansons Et qu'les chansons c'est ce qui remplit les verres Il n'y a plus qu'à laisser pousser l'mouton Que les bolcheviks se soulèvent Que l'ouvrier engueule les patrons Et que tout le monde se mette en grève Y aura pas d'peine, car nous chanterons C'est la lutte finale Groupons-nous et demain L'internationale sera le genre humain
Tant qu'Madelon viendra servir à boire Quéqu'ça peut faire que nous manquions d'charbon Ou qu'le boche se paie encore not' poire Au lieu d'payer nos millions ? Si pour bouffer nous n'avons plus qu'des briques Que notre change fasse de nouveaux plongeons Tout va bien, en avant la zizique Et chantons Madelon, Madelon !