Quantcast

Doctrines politiques

Jeudi 22 novembre 2012 4 22 /11 /Nov /2012 14:14
- Par Pieter Kerstens

 

La démocratie totalitaire.

 

Etes-vous réellement démocrate ?

 

Non pas simplement démocrate, mais très profondément démocrate, au point d’être illuminé par la révélation, comme Moïse sur le Mont Sinaï lorsque Dieu lui dit : « Tu seras démocrate et tu enseigneras les nations ».

 

Nous devons prendre conscience en effet que nous vivons des temps extraordinaires où culmine une lueur fondamentale : le voile nocturne dont l’humanité souffrait depuis des siècles s’est brusquement déchiré, tel le voile du Temple, pour que les rayons de la Vérité puissent caresser à nouveau nos esprits endormis.

 

Pourtant, la sagesse populaire semble bien éclairée quand elle affirme : « qui trop embrasse, mal étreint », car le trop-plein de conviction démocratique fait douter, à terme, de la sincérité des chantres, dont le but n’est pas nécessairement la qualité du principe, mais très probablement l’efficacité idéologique, la manipulation des valeurs permettant d’occulter la réalité d’un régime et de tromper in fine l’électeur.

 

De réalité vécue, le principe démocratique s’est progressivement transformé en un épouvantail dérisoire pour protéger le pré carré du Système contre les contradicteurs dont la pertinence des critiques et la justesse des vues ne cessent d’inquiéter.

 

Il y aurait ainsi les bons et les mauvais ; le bien total et le mal absolu, ainsi que des échelons intermédiaires étant mesurés à l’aune d’un bonus malus politicien déterminant le degré de religiosité démocratique des différents protagonistes.

 

Ainsi, dans un Etat phagocyté par des clans, se développe l’idée saugrenue selon laquelle des partis -en place depuis trop longtemps- représenteraient seuls et jalousement l’Idéal tant convoité, alors que d’autres le mettraient en péril, ces autres qui ne doivent surtout pas accéder au pouvoir, car l’observatoire qui veille au bon fonctionnement de cet état de choses, et qui n’est pas nécessairement composé d’élus du peuple, en a décidé ainsi. Mais la réalité démocratique est toute autre. La démocratie est un système où le peuple exerce une souveraineté qui s’établit entre autres par le passage aux urnes.

 

Une démocratieforte et fondée par la conviction, la diversité et la volonté d’un peuple, et la santé de ce type de régime, se mesure à l’ouverture du débat et à la liberté de contradiction.

 

L’absence de volonté populaire, l’indifférence et la cécité souhaitées de l’électeur, induisent a contrario l’inévitable dérive vers la partitocratie, les querelles de palais et son corollaire dramatique, la corruption.

 

Pensée Unique, langage stéréotypé, conformisme dans l’attitude concourent à faire glisser dangereusement notre système dans la réalité d’un totalitarisme mou gardant une forme rassurante et acceptable : l’emballage démocratique.

 

Le Peuple ne doit pas se faire d’illusions : son absence et son silence continueront à consolider cette dérive, et la volonté populaire exprimée aux élections sera manipulée à nouveau -comme elle l’a déjà été lors des scrutins passés- si les voix se dirigent encore et toujours vers les partis adoubés par le régime.

 

Dans cet esprit, l’émergence de partis neufs, neutres, blancs ou « indignés » pouvait sembler encourageante car elle affaiblissait inévitablement cet édifice, mais le vide de l’imagination politique en l’alignement sur les grands principes éculés de la vitrine politique, les a conduit au néant.

 

Si vide il y a, il sera vite comblé, soit par le pouvoir ce qui est mauvais, soit par de nouvelles forces ce qui est bon ; car on ne peut fonder une politique sur l’unique thème des dysfonctionnements, des disparitions ou viols d’enfants, des conséquences du mondialisme ou des crises financières et économiques, aussi dramatiques fussent-ils.

 

Les voies sont tracées, le peuple doit en prendre conscience car il devra choisir demain démocratiquementceux qu’il chargera d’assumer son destin.

 

Pour nous nationalistes, nos choix sont faits et nous serons à l’écoute de toutes celles et de tous ceux qui s’inquiètent et s’interrogent.

 

 

Pieter KERSTENS.

Publié dans : Doctrines politiques - Communauté : Vu de droite - Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Jeudi 17 mars 2011 4 17 /03 /Mars /2011 16:16
- Par Eric Adelofz

        Nous, membres conscients de l’ensemble humain historiquement et proprement appelé race aryenne (ou blanche), déclarons ce qui suit :

 

1. Tous les gouvernements en fonction dans les États politiques qui furent autrefois blancs nous refusent aujourd’hui l’hégémonie et l’espace vital nécessaires à notre survie en tant qu’entité culturelle et biologique.

 

2. Le résultat inévitable de l’intégration est le génocide de la race blanche par voie de métissage. La promotion du métissage entre les femmes blanches et les hommes de couleur est la priorité évidente des méthodes de communication officielles dans tous les systèmes politiques actuels.

 

3. Les hommes blancs qui résistent au programme génocidaire organisé contre leur race se voient économiquement, politiquement et socialement détruits. S’il continuent de résister effectivement, ils sont assassinés ou emprisonnés sous de faux prétextes.

 

4. La vie d’une race est dans le ventre de ses femmes et, aujourd’hui, approximativement 2% de la population mondiale est constitué de femmes blanches en âge d’enfanter. Or la statistique démographique est la seule qui importe à notre survie.

 

5. Les systèmes religieux, politiques et économiques peuvent être détruits et ressuscités, mais la mort de notre race sera éternelle.

 

6. La volonté instinctive de l’homme blanc de préserver la beauté de ses femmes et le futur de ses enfants sur cette terre est ordonnée par la nature et par le Dieu de la nature.

 

7. Toutes les nations occidentales sont dirigées par une conspiration sioniste déterminée à métisser, supplanter et exterminer la race blanche.

 

 8. L’Amérique est la police sioniste mondiale. Les forces de police et la puissance militaire américaines servent à détruire tout État ou espace vital blanc dans le monde. Nous en avons pour exemple l’intégration imposée à la pointe des baïonnettes dans les écoles du sud par le 101ème aéroporté, l’utilisation de gourdins par les policiers agissant sur ordre fédéral, pour battre et mettre en sang les mères blanches du sud de Boston lorsqu’elles protestèrent contre l’intégration et la destruction des écoles de leur voisinage, ou l'anéantissement des États blancs de nos anciennes patries européennes par la guerre et leur occupation par des troupes de gens de couleur, après que l’Allemagne eut tenté d’exercer sa fonction historique de défenseur de notre race, fonction qui était déjà la sienne au temps des invasions maures et mongoles.

 

 9. Refuser des emplois aux hommes blancs au nom d’une prétendue discrimination positive ou d'autres vils procédés de cet ordre a pour résultat de faire diminuer le nombre de familles blanches et notre population.

 

 10. Les sports multiraciaux, les divertissements multiraciaux et l’intégration en général ont pour objet de détruire le sens d’unicité et de valeur nécessaires à la survie de notre race.

 

 11. L’histoire est réécrite afin de dissimuler l’œuvre accomplie par nos ancêtres et d’en créditer les races colorées.

 

 12. Le judéo-christianisme a pour principe le nivellement racial, l’unité de l’humanité et, par conséquent, le génocide.

 

 13. Les gouvernements d’occupation sioniste en Amérique et dans les autres nations occidentales promeuvent l’acte contre-nature d’homosexualité, sachant très bien que le puissant instinct mâle d’union sexuelle doit être dirigé à des fins de procréation vers les femmes de même race afin d’assurer la survie de l'espèce.

 

 14. Les gouvernements d’occupation sioniste en Amérique et dans les autres nations occidentales promeuvent et protègent l’infanticide, aujourd’hui appelé avortement, de bébés blancs bien-portants, au détriment immense de notre race.

   

 

        A la lumière de tout ceci, et considérant les crimes innombrables commis contre l’ensemble de la race blanche, ainsi que l’évidente politique actuelle de génocide, nous retirons notre allégeance et notre soutien aux institutions de nos bourreaux. En obéissance aux Lois de la Nature, et reconnaissant que la Nature et ses Lois sont l’œuvre de Dieu, quelle que soit la conception que chaque homme se fait du Créateur, et que la première de ces Lois est la préservation de sa propre espèce, nous exigeons à nouveau la formation de territoires exclusivement blancs sur le continent nord-américain et en Europe. Si cela nous est refusé, nous obtiendrons réparation par tous les moyens nécessaires.

 

        Que ceux qui se rendent coupables de trahison pour le compte du destructeur sioniste, ou restent assis les bras croisés, retiennent bien ce qui suit. Si nous triomphons, et atteignons notre but, exprimé par les QUATORZE MOTS :

 

« Nous devons préserver l’existence de notre peuple et l’avenir des enfants blancs »

 

...alors votre félonie recevra sa juste rétribution. Si nous ne triomphons pas, et que la race blanche connait le sort des dinosaures, alors la dernière génération d'enfants blancs, les vôtres y compris, livrée aux races colorées qui hériteront du monde, paiera pour votre abjecte complicité.

 

 

 

David Lane.       

(traduit de l'anglais par Sir Shumule)       

 

-David Lane, Manifeste sur le génocide blanc [pdf|2 p.|74Ko] (fr) ;

-David Lane, White genocide manifesto [pdf|2 p.|56Ko] (en) ;

Publié dans : Doctrines politiques - Communauté : Vu de droite - Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires
Dimanche 6 mars 2011 7 06 /03 /Mars /2011 18:18
- Par Alexandre Janois

http://img832.imageshack.us/img832/3594/onesimoredondo6551786.jpgAvec José Antonio Primo de Rivera et Ramiro Ledesma Ramos, Onésimo Redondo Ortega (16 février 1905-24 juillet 1936) est l’un des trois grands nationalistes tués par les rouges en 1936. Tous trois ont été déterminants dans l’élaboration de la pensée nationaliste espagnole et européenne. Docteur en droit, Onésimo Redondo suivit une partie de ses études en Allemagne, où il assista à la formidable montée du national-socialisme. Revenu en Espagne, il fonda les Juntas Castellanas de Actuación Hispánica qui fusionna avec les Juntas de Ofensiva Nacional-Sindicalista (JONS) puis la Falange. Partisan de l’action directe, il participé au coup d’État du général Sanjurjo en 1932.

Arrêté dès le début de la guerre civile, il est libéré au bout de quelques semaines. Il reprit immédiatement les armes et tomba le 24 juillet 1936 dans une embuscade tendue par les Républicains.

 





 

 

« Au fond de toute lutte politique, il y a une bataille pour la Culture. »

 

(JONS, mai 1933.)

 

 

« Sans lutte, il n'y a pas de vie. Pour nous, la bataille, c'est la victoire. »

 

(Libertad, juin 1931.)

 

 

 

 

 

      Onésimo Redondo figure, avec José Antonio Primo de Rivera et Ramiro Ledesma Ramos, comme un des trois fondateurs de la Falange.

      C'était un Castillan et un homme de la terre.

 

      A vingt-trois ans, à Valladolid, il lance l’hebdomadaire Libertad. L'année suivante, le journal est interdit et Onésimo Redondo, poursuivi, se réfugie au Portugal. Il y demeurera deux ans, surveillant, des bords du Tage, la publication d'un autre journal : Igualidad, que rédigent ses camarades de Valladolid, et l'activité des « Juntas Castellanas de Actuacion Hispanica » qui fusionneront plus tard avec les JONS. Onésimo Redondo, lui, entrera à la Falange.

      Docteur en droit, lecteur de castillan à l'Université de Mannheim, en Allemagne, Onésimo Redondo est un intellectuel mais qui n'a jamais perdu le contact avec les réalités paysannes.

      Ce qui semble l'avoir le plus fortement frappé, c'est qu’« au fond de toute lutte politique, il y a une lutte pour la Culture. » Et il définit exactement la Culture comme « le complexe d'institutions et d'habitudes qui constituent la vie civilisée » (1).

      Or, la caractéristique des peuples civilisés est « d'être dirigés par une sélection de personnes pourvues d'une culture supérieure, étendue » (2).

      C'est par cette observation qu'Onésimo Redondo concluera, lui aussi, à la nécessité d'un groupe, d'une phalange, d'une milice capable de « dériver toute l'activité constructive d'un peuple vers la grandeur collective : une aristocratie patriotique d'individus » chargés, comme il le dit dans une synthèse hardie, de « faire la Patrie » (3).

 

*

**

 

      La conception d'Onésimo Redondo est extrêmement classique. Il est dans la tradition de l'État Impérial et hiérarchique des monarques castillans. Cependant, ce qui le préoccupe, c'est l'esprit des institutions plus que leur forme.

 

« [République et Monarchie] sont de simples ombres sans corps, des récipients qui admettent des contenus contraires, des recettes capables de vous guérir ou de vous tuer » (4).

 

*

**

 

      Sur la question sociale, Onésimo Redondo n'avait pas une position différente de Ramiro Ledesma Ramos ou de José Antonio. Tous trois appartiennent à ce courant d'idées, mis en évidence par le fascisme, qui cherche à dépasser la lutte des classes dans la synthèse nationaliste et corporative.

 

« Les problèmes sociaux que l'organisation moderne de l'État présente et particulièrement l'élévation intellectuelle, économique et morale du prolétariat, doivent être résolus par l'intervention systématique de l'État pour éviter l'exploitation de l'homme par l'homme.

La Junte (de Actuacion Hispanica) repousse la théorie de la lutte des classes. Tous les éléments qui interviennent naturellement dans la production doivent vivre en une harmonie présidée par la justice.

Notre préférence va à l'organisation syndicale corporative, protégée et réglée par l'État, comme système obligatoire de relations entre le travail et le capital, et de l'un et de l'autre avec les intérêts nationaux de la production » (5).

 

 

 

 

      Nous avons déjà vu, à propos de José Antonio, qu'un des grands soucis du mouvement national-syndicaliste avait été de considérer la propriété comme un service et non comme un droit statique.

      La situation agraire, en Espagne, dans les années 1930, donnait une grande acuité à la réforme agraire et José Antonio était allé très loin dans ses conceptions révolutionnaires dans ce domaine.

      On retrouve la même préoccupation chez Onésimo Redondo :

 

« On ne peut admettre que des milliers de paysans vivent une existence servile, connaissent la faim et n'aient même pas l'espoir d'améliorer leur sort, alors qu'il existe de grandes extensions de propriété statique...

Ni la terre, ni aucune autre sorte de propriété ne doit être possédée statiquement, c'est-à-dire stérile ou avec des méthodes de production réduites au minimum, alors qu'il existe des masses de familles affamées.

Nous préférons la dynamique productivité des particuliers à celle de l'État qui doit se débarrasser le plus possible d'activités industrielles... Mais nous attribuons à l'État la mission supérieure de garantir le bien-être des classes travailleuses en démolissant d'une manière révolutionnaire les privilèges héréditaires de la paresse » (6).

 

*

**

 

      C'est bien une révolution qu'il s'agit d'accomplir. On se tromperait si l'on ne voyait dans les phrases brûlantes des trois fondateurs de simples exercices de rhétorique.


      Ils croyaient profondément en la révolution.

 

« Sans lutte, il n'y a pas de vie. Pour nous la bataille, c'est la victoire »

 

écrivait Redondo en juin 1931.

      Ils eurent la bataille, pressentirent la victoire, mais ne la virent point. C'est ce qui donne à leurs trois vies cet aspect de mélancolique pureté.

 

http://img268.imageshack.us/img268/9402/nuevaimagen288296497115.jpg
Monument à la mémoire d'Onésimo Redondo.

 

 

 

 

 


 

(1) Revue J.O.N.S., p. 153.

(2) Onésimo Redonda, Textos de Doctrina Politica, p. 167.

(3) Ibidem, p. 150.

(4) Ibidem, p. 149.

(5) Ibidem, p. 247.

(6) Ibidem, p. 243.

Publié dans : Doctrines politiques - Communauté : Vu de droite - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 3 mars 2011 4 03 /03 /Mars /2011 18:18
- Par Alexandre Janois

ramiro ledesma ramosNous poursuivons la publication des études des Doctrines du nationalisme de Jacques Ploncard d'Assac avec le chapitre consacré à Ramiro Lesdesma Ramos (23 mai 1905-29 octobre 1936). Essayiste, journaliste, syndicaliste et homme politique espagnol, il fut le fondateur du national-syndicalisme espagnol. Le national-socialisme allemand, en pleine conquête du pouvoir alors que lui-même achève sa formation politique, l'influença fortement. Ramiro Lesdesma Ramos s'intéressa également à l’expérience fasciste mais traça néanmoins une voie espagnole spécifique pour le nationalisme espagnol.

Associé à Onésimo Redondo au sein des Juntes d'offensive nationale-syndicaliste (JONS), il participera à la création de la Falange (dont il conçoit l’emblême et les devises : "Arriba España" et "España Una, Grande y Libre"), mais s’en éloigne au bout de quelques mois. Il poursuit son combat politique au travers de diverses publications avant d’être arrêté par les républicains qui le fusillent le 29 octobre 1936 et jettent son corps dans une fosse commune.

 

 

 


 

« Il est absurde et ingénu de penser qu’on va nous permettre un beau jour de pénétrer dans l’État et de le modifier de fond en comble »

 

(Antologia, p. 86)

 

 

« Cent mille hommes en armes, mobilisés non au hasard d’un tirage au sort, mais par l’impérieuse nécessité de se sauver héroïquement... sans cela, rien. »

 

(Antologia, p. 81.)

 

 

 

      Ramiro Ledesma Ramos s'est appliqué à la théorie et à la technique de l'insurrection. Il est bien le contemporain du Curzio Malaparte de la Technique du coup d'Etat.

      Avec moins de poésie que José Antonio, dans un style plus heurté et plus brutal, il avait exprimé des idées si voisines que la fusion des JONS (Juntas de Ofensiva Nacional-sindicalistas) et de la Falange était fatale. Elle eut lieu en janvier 1934 et c'est une date importante dans l'histoire de la Falange qui prend alors le titre de Falange de las JONS, adopte le faisceau de flèches et le joug des JONS ainsi que l'expression de national-syndicalisme qui servira désormais à définir l'ensemble de la doctrine phalangiste.

      A côté du Fascisme, du National-socialisme, il y avait désormais le national-syndicalisme.

 

      Chronologiquement, l'action de Ramiro Ledesma Ramos est antérieure aux premières manifestations politiques de José Antonio. C'est en effet dans les derniers jours de la Monarchie, en février 1931, qu'il lance le Manifeste pour la Conquête de l'État où l'on trouve déjà l'essentiel de ses conceptions politiques : Un État fort, une organisation syndicale du monde du travail, un dépassement du marxisme et surtout, un appel passionné à l'insurrection nationale :

 

« Tout Espagnol, dit-il, qui n'arrive pas à se situer avec la grandeur voulue devant les faits qui s'avancent est obligé d'abandonner les premières lignes et de permettre que les occupent les Phalanges courageuses et fermes » (1).

 

 

*

**

 

      L'observation fondamentale de Ramiro Ledesma Ramos concerne l'évolution du sens et du rôle de la violence dans le domaine de la vie politique.

 

«  Nous vivons aujourd'hui sous le signe de la franche acceptation et justification de la violence politique. En effet, ces dernières années, la violence a adopté des formes absolument différentes de celles qui avaient cours en Europe voilà quarante ans. Il existait alors des foyers de terrorisme, des troupes peu nombreuses vouées à l'action secrète et trouble, qui scandalisaient la circulation pacifique des gens par leurs interventions et ne recherchaient pas l'adhésion, ni moins encore la collaboration active des secteurs sociaux concordants, comme les nihilistes russes qui, durant dix ans, de 1875 à 1885, réussirent à maintenir l'absence de sécurité permanente dans l'empire tzariste. »

 

      Or, la lutte fascisme-communisme « qui est aujourd'hui l'unique réalité mondiale » a créée un nouveau style de violence : « le choc des masses, pour le moins de groupes nombreux » qui interprétant l'anxiété de l'opinion et « obtiennent l'intervention active, militante et publique des particuliers, les arrachant à leur vie pacifique et en les lançant dans une vie noble, faite de risques, de sacrifices et de violence » (2). Ce sont les « soldats populaires » (3) « un groupe fort et audacieux qui obtient l'aide des secteurs les plus purs du peuple » et qui doit « imposer sa vérité aux égarés. »

      « Les "Juntes" abandonneront toute mystique parlementaire pour se constituer en défenseur d'une franche politique de dictature qui mette au service de la Patrie toutes les énergies du pays » (4).

Et Ramiro Ledesma Ramos établit avec méticulosité le plan d’insurrection nationale. L'insurrection doit être dirigée « par un Parti », qui aura réalisé au préalable l' « éducation insurrectionnelle » et la « formation politique » de ses troupes.

      Les « équipes insurrectionnelles » devront être mobilisées fréquemment car « le coup de main et la surprise sont les éléments primordiaux de l'insurrection. »

      Quant aux objectifs de l'Insurrection, ils devront « être populaires et connus de la masse nationale. Les circonstances qui favorisent et même rendent possible une insurrection, obéissent toujours à des causes politiques qui ont leur origine dans le jugement défavorable du peuple sur les actes du régime » (5).

      Le Jonsisme doit être révolutionnaire pour trois raisons :

 

« Par imposition tactique, parce qu'il est absurde et ingénu de penser qu'on va nous permettre un beau jour de pénétrer dans l'Etat et de le modifier de fond en comble ;

Par efficacité propre, parce que c'est la voie de salut et enfin

Parce que nous ne disposons pas d'un temps illimité » (6).

 

*

**

 

      Un texte définit assez bien ce qu'on pourrait appeler « l'activisme de Ramiro Ledesma Ramos » :

 

« A l'origine de notre marche, dit-il, il n'y a pas une doctrine, c'est-à-dire une conviction acquise par la voie intellectuelle, mais un effort de volonté. L'élaboration des idées est trop lente et il faudrait trop longtemps pour qu'un système intellectuel parfait définisse aussitôt notre activité révolutionnaire qui aujourd'hui a besoin de faits, de présences robustes plus que de doctrines » (7).

 

Affiche de la Falange

 

      Le fondateur des JONS a fort bien résumé la mission à laquelle il se croyait appelé :

 

« L'idée nationale, la Patrie comme entreprise historique et comme garantie de l'existence historique de tous les Espagnols ... l'idée sociale, l'économie socialiste avec garantie du pain et du bien-être économique de tout le peuple. Il m'incombe semble+il, la tâche d'unifier ces deux drapeaux, de les doter des symboles émotionnels nécessaires et de poser les premières pierres d'une organisation qui les interprète » (8).

 

      Ramiro Ledesma Ramos fut en effet un grand forgeur de « symboles émotionnels »

 

*

**

 

      La question sociale fut, avec le souci de la préparation de l'insurrection, la principale préoccupation de l’auteur du « Manifeste de la Conquête de l'État ». Pour lui :

 

« l'économie nationale n'est pas la somme des économies privées, ni même leur résultante, mais exactement l'économie entière organisée, de telle manière que la nation elle-même, l'Etat national, réalise et accomplisse ses fins  » (9).

 

      Mais cela suppose un peuple, un peuple

 

« ayant conscience de ses fins communes une discipline autour d'un chef et une communauté nationale au service de laquelle soient les corporations. C'est-à-dire un État authentique... Et surtout 100 000 hommes en armes, mobilisés non au hasard d'un tirage au sort, mais par l'impérieuse nécessité de se sauver héroïquement... sans cela, rien. » (10).

 

 

      Ainsi, chez Ramiro Ledesma Ramos, l'évocation de l'État national-syndicaliste futur ne le conduit pas à une analyse rigoureuse du système. Il se contente de grandes lignes robustes, fortement dessinées et, tout de suite, il revient à son leitmotiv : insurrection d'abord, « sans cela, rien. »

      Cette attitude n'était pas chez lui le fruit d'un manque de culture. Loin de là. Il est licencié en philosophie et en sciences. Ramiro Ledesma Ramos a étudié sérieusement Kant et Nietzsche et est d'ailleurs resté fortement marqué par la pensée des deux philosophes allemands. Son attitude « activiste » provenait du fait qu'il estimait que les idées politiques « ont peu de valeur, presque aucune », si elles ne reposent pas sur un enthousiasme et il déclare ne pas voir de meilleure définition du jonsisme que celle qu'il se limite à indiquer : « qu'il exalte, recueille et encadre les jeunesses nationales ». Il ne les veut liées par rien d'autre que l'épouvante qui doit s'emparer d'elles à l'idée que puisse « coïncider une période de déshonneur, de ruine et de honte pour la Patrie avec le temps où elles furent fortes, vigoureuses et redoutables » (11).

 

      Le passage est beau et s'il y flotte quelque romantisme de l'action, du moins ne peut-on nier que beaucoup de jeunes acceptèrent la lutte, simplement parce que Ramiro Ledesma Ramos leur avait révélé un jour qu'ils étaient « forts, vigoureux et redoutables ».

 

 

 

 


 

(1) Ramiro Ledesma Ramos, Antologia, p. 33.

(2) J.O.N.S. (réédition 1943), p. 82.

(3) Ibidem, p. 19.

(4) Ramiro Ledesma Ramos, Antologia, p. 63.

(5) J.O.N.S., p. 87.

(6) Ramiro Led'esma Ramos, Antologia, p. 86.

(7) Ibidem, p. 90.

(8) Ibidem, p. 115.

(9) Ibidem, p. 226.

(10) Ibidem, p. 81.

(11) Ibidem, p. '73.

Publié dans : Doctrines politiques - Communauté : Vu de droite - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 11 février 2011 5 11 /02 /Fév /2011 14:14
- Par Eric Adelofz

Unabomber      Cette nouvelle a été écrite en 1999 par Théodore Kaczynski. Ce mathématicien américain est emprisonné depuis 15 ans, à la suite d’une campagne d’attentat – qui lui valut le surnom d’Unabomber – de 18 ans aux États-Unis. Trois personnes trouvèrent la mort, vingt-trois autres étant blessés. Il s’était attaqué à des acteurs de la société industrielle et technologique (le généticien Charles Epstein,  l’informaticien David Gerletner, le publicitaire Thomas Mosser, le lobbyiste de l ’industrie du bois Gilbert P. Murray, etc.) , qui l dénonça dans le célèbre manifeste La Société industrielle et son avenir dont la publication conduisit à son arrestation.
     
Sa révolte contre le monde moderne est celle d’un homme de Droite, militant écologiste favorable à la restauration de l’ordre naturel : la Nef des fous (Ship of Fools) est un conte métaphorique où transparaissent quelques-unes des conceptions du Dr. Ted Kaczynski sur l’état du monde et de la société américaine. Les revendications des protagonistes et l’aveuglement des "chefs"  rappellent étrangement l’état de la France, déchirée par les communautarismes aujourd’hui.
      Ted Kaczynski s’est inspiré du livre de Sébastien Brant Das Narrenschiff, dans lequel avait puisé Jérôme Bosch pour son tableau éponyme. Ils dénonçaient déjà l’inversion des valeurs qui éloignait l’homme de l’ordre naturel.

      Nous vous présentons ici le texte traduit par nos soins accompagné d’une animation vidéo de la Nef des fous réalisée par des Américains et sous-titrée par nos soins (adaptation et sous-titrage libres).

 

 

 

      Il était une fois le capitaine et les officiers d’un navire devenus si vaniteux de leur habileté à la manœuvre, si pleins d’hybris (1) et tellement orgueilleux, qu’ils devinrent fous. Ils mirent cap au nord et naviguèrent jusqu’aux premiers icebergs et dangereux morceaux de banquise, puis gardèrent la direction du nord, dans des eaux de plus en plus dangereuses, dans le seul but de s’offrir la possibilité d’un des plus brillants exploits maritimes.

      Comme le bateau franchissait des latitudes de plus en plus élevées, les passagers et l’équipage devenaient de plus en plus mal à l’aise. Ils commencèrent à se quereller et à se plaindre des conditions dans lesquelles ils vivaient.

      « Que le diable m’emporte, dit un matelot de deuxième classe, si ce n’est le pire voyage que j’aie jamais fait. Le pont est luisant de glace. Quand je suis en vigie, le vent transperce ma veste comme un couteau ; à chaque fois que j’arise une voile de misaine, mes doigts sont tout près de geler ; et tout ce que j’obtiens pour cela, ce sont cinq misérables shillings par mois ! »

      « Vous croyez que vous vous faites avoir ! dit une passagère. Moi, je ne peux fermer l’œil de la nuit à cause du froid. Les femmes, sur ce navire, n’ont pas autant de couvertures que les hommes. Ce n’est pas juste ! »

      Un marin mexicain leur fit écho :

      « Chingado (2) ! Je gagne seulement la moitié du salaire du marin britannique. Nous avons besoin d’une nourriture abondante pour nous réchauffer avec ce climat mais je n’en reçois pas assez ; les Européens en reçoivent plus. Et le pire de tout, c’est que les officiers me donnent toujours les ordres en anglais au lieu d’utiliser l’espagnol. »

      « J’ai plus de raisons de me plaindre que quiconque, dit un marin amérindien. Si les Visages Pâles n’avaient pas volé la terre de mes ancêtres, je ne serais même pas sur ce navire, au milieu des icebergs et des vents arctiques. Je voudrais simplement être en canoë, sur un joli lac paisible. Je mérite une réparation. À tout le moins, le capitaine devrait me laisser organiser des parties de dés afin que je puisse me faire un peu d’argent. »

      Le maître d’équipage prit la parole :

      « Hier, le premier second m’a traité de pédale parce que je suce des bites. J’ai le droit de sucer des bites sans que l’on me donne des surnoms pour autant ! »

      « Ce ne sont pas seulement les humains qui sont maltraités sur ce navire, interrompit une amie des animaux, la voix tremblante d’indignation. La semaine dernière, j’ai vu le deuxième second donner des coups de pied au chien du navire à deux reprises ! »

      L’un des passagers était professeur d’université. Se tordant les mains, il s’écria :

      « Tout cela est simplement horrible ! C’est immoral ! C’est du racisme, du sexisme, du spécisme (3), de l’homophobie et de l’exploitation de la classe ouvrière ! C’est de la discrimination ! Nous devons obtenir la justice sociale : salaire égal pour le marin mexicain, salaires plus élevés pour tous les marins, réparation pour l’Indien, nombre égal de couvertures pour les femmes, reconnaissance du droit à sucer des bites et interdiction des coups de pied au chien ! »

      « Oui, oui ! crièrent les passagers. Oui, oui ! cria l’équipage. C’est de la discrimination ! Nous devons faire valoir nos droits ! »

 

      Le garçon de cabine se racla la gorge :

      « Hum... Vous avez tous de bonnes raisons de vous plaindre. Mais il me semble que ce que nous devons vraiment faire, c’est parvenir à faire virer de bord le navire et mettre cap au sud, car si nous continuons vers le nord, nous sommes sûrs de faire naufrage tôt ou tard, et alors, vos salaires, vos couvertures et votre droit à sucer des bites ne vous serviront à rien, car nous serons tous noyés. »

      Mais personne ne lui prêta attention : ce n’était que le garçon de cabine.

 

      Le capitaine et les officiers, de leur poste situé sur la dunette (4), avaient bien regardé et écouté. À présent, ils souriaient et se faisaient des clins d'œil, et, à un geste du capitaine, le troisième second descendit de la dunette, et se promena là où les passagers et l’équipage étaient rassemblés et se fraya un chemin parmi eux. Il prit un air très sérieux et parla ainsi :

      « Nous, les officiers, devons admettre que des choses vraiment inexcusables se sont passées sur ce navire. Nous n’avions pas réalisé à quel point la situation était mauvaise avant d’avoir entendu vos plaintes. Nous sommes des hommes de bonne volonté et nous voulons être bons avec vous. Mais – comment dire – le capitaine est plutôt conservateur et routinier, et doit être poussé un petit peu pour se décider à des modifications substantielles. Mon opinion personnelle est que si vous protestez avec force – mais toujours pacifiquement et sans violer aucune règle de la marine – vous sortiriez le capitaine de son inertie et vous le forceriez à résoudre les problèmes dont vous vous plaignez si justement. »

 

 

 

http://img835.imageshack.us/img835/6509/jeromeboschlanefdesfous.jpg

Jérôme Bosch, La Nef des fous

 



      À l’issue de ce discours, le troisième second retourna vers le château de poupe. Comme il repartait, les passagers et l’équipage crièrent après lui : « Modéré ! Réformiste ! Libéral hypocrite ! Valet du capitaine ! » Ils n’en firent pas moins ce qu’il avait dit. Ils se réunirent en masse devant la dunette, insultèrent les officiers et présentèrent leurs exigences : « Je veux un salaire supérieur et de meilleures conditions de travail »dit le matelot. « Autant de couvertures que les hommes ! »dit la passagère. « Je veux recevoir mes ordres en espagnol »dit le marin mexicain. « J’exige le droit d’organiser des parties de dés »dit le marin indien. « Je refuse d’être traité de tapette »dit le maître d’équipage. « Plus de coups de pied au chien » dit l’amie des animaux. « La révolution maintenant ! »s’écria le professeur.

      Le capitaine et les officiers se réunirent et conférèrent pendant quelques minutes, échangeant tout le temps clins d’œil, signes de tête et sourires. Puis le capitaine rejoignit l’avant de la dunette et, à grand renfort de démonstration de bienveillance, annonça que le salaire du deuxième classe serait porté à six shillings par mois, le salaire du Mexicain à deux-tiers d’un marin anglo-saxon et qu’on lui donnerait en espagnol l’ordre de prendre un ris à la voile de misaine, que les passagères recevraient une couverture supplémentaire, que le marin indien serait autorisé à organiser des parties de dès les samedis soirs, que le maître d’équipage ne serait plus traité de pédale aussi longtemps qu’il ferait ses pipes dans la plus stricte intimité, et que le chien ne serait plus frappé, sauf s’il faisait quelque-chose de vraiment vilain, comme voler de la nourriture dans la cuisine.

 

      Les passagers et l’équipage célébrèrent ces concessions comme une grande victoire, mais le lendemain matin ils étaient de nouveau mécontents.

      « Six shillings par mois, c’est un salaire de misère, et je me gèle toujours les doigts quand j’arise la voile de misaine ! » grogne le deuxième classe. « Je n’ai toujours pas le même salaire que les Anglo-Saxons ni assez à manger pour ce climat », dit le marin mexicain. « Nous, les femmes, n’avons toujours pas assez de couvertures pour nous tenir au chaud », dénonce la passagère. Les autres membres d’équipage et les passagers, poussés par le professeur, exprimèrent des plaintes semblables.

 

      Quand ils eurent terminé, le garçon de cabine prit la parole – cette fois plus fort pour que personne ne puisse l’ignorer aussi facilement que la première fois.

      « C’est vraiment terrible que le chien soit frappé parce qu’il a volé un morceau de pain dans la cuisine et que les femmes n’aient pas autant de couvertures que les hommes, et que le matelot se gèle les doigts, et je ne vois pas pourquoi le maître d’équipage ne pourrait pas sucer des bites s’il en a envie. Mais regardez l’épaisseur des icebergs maintenant et comme le vent souffle de plus en plus fort. Nous devons virer de bord et mettre le cap au sud, car si nous continuons vers le nord nous allons faire naufrage et nous noyer. »

 

      « Oh oui, dit le maître d’équipage. C’est vraiment affreux que nous poursuivions vers le nord. Mais pourquoi devrais-je me contenter des toilettes pour sucer des bites ? Pourquoi devrais-je être traité de tapette ? Ne suis-je pas aussi bien que n’importe qui ? »

      « Naviguer vers le nord est terrible, dit la passagère. Mais ne voyez-vous pas que c’est exactement pour cela que les femmes ont besoin de davantage de couvertures pour avoir chaud ? Je demande le même nombre de couverture pour les femmes, immédiatement ! »

      « Il est tout à fait exact, dit le professeur, que voguer vers le nord crée de grands problèmes à tous. Mais changer de cap pour aller au sud serait irréaliste. Vous ne pouvez pas revenir en arrière. Nous devons trouver un moyen raisonnable de gérer la situation. »

 

      « Écoutez, dit le garçon de cabine. Si nous laissons les quatre fous de la dunette agir à leur guise, nous finirons tous noyés. Si nous parvenons à mettre le navire hors de danger, alors nous pourrons nous soucier des conditions de travail, des couvertures pour les femmes et du droit à sucer des bites. Mais avant tout, nous devons obtenir de virer de bord. Si quelques-uns d’entre nous se réunissent, élaborent un plan et agissent avec courage, nous pourrons nous sauver. Nous n’avons pas besoin d’être nombreux : six ou huit suffiraient. Nous pourrions prendre d’assaut la dunette, balancer ces fous par-dessus bord et tourner le navire vers le sud. »

      Le professeur leva le nez et dit sévèrement : « Je ne crois pas à la violence, c’est immoral. »

      « Il n’est jamais éthique d’utiliser la violence » dit le maître d’équipage.

      « La violence me terrifie » dit la passagère.

 

      Le capitaine et les officiers avaient regardé et écouté tout le temps. Au signal du capitaine, le troisième second rejoignit sur le pont. Il alla parmi les passagers et l’équipage en disant qu’il restait de nombreux problèmes sur le navire.

      « Nous avons fait beaucoup de progrès, dit-il, mais il reste beaucoup à faire. Les conditions de travail du deuxième classe restent difficiles, le Mexicain n’a toujours pas le même salaire que les Européens, les femmes n’ont toujours pas autant de couvertures que les hommes, les parties de dés du samedi soir de l’Indien sont un dédommagement dérisoire considérant ses terres perdues, il est injuste que le maître d’équipage doive rester dans les toilettes pour sucer des bites et que le chien reçoive encore parfois des coups de pied. »

      « Je pense que le capitaine a besoin d’être poussé encore. Il faudrait que vous organisiez tous une autre manifestation – pourvu qu’elle reste non-violente. »

      Comme le troisième second retournait vers l’arrière, les passager et l’équipage l’insultèrent, mais firent néanmoins ce qu’il avait dit et se réunirent devant la dunette pour une autre manifestation. Ils fulminèrent, s’emportèrent, brandissant le poing et ils lancèrent même un œuf pourri sur le capitaine (qui l’esquiva habilement).

      Après avoir écouté leurs plaintes, le capitaine et les officiers se réunirent pour une conférence, durant laquelle ils se firent des clins d’œil et de larges sourires.

      Puis le capitaine alla à l’avant de la dunette et annonça que le matelot recevrait des gants pour qu’il ait les doigts au chaud, que le marin mexicain recevrait un salaire égal aux trois-quarts du salaire d’un Anglo-Saxon, que les femmes allaient recevoir une nouvelle couverture, que le marin indien pourrait organiser des parties de dés tous les samedi et dimanche soirs, que le maître d’équipage serait autorisé à sucer des bites en public la nuit et que personne ne pourrait frapper le chien sans une permission spéciale du capitaine.

 

      Les passagers et l’équipage s’extasièrent devant cette grande victoire révolutionnaire, mais le lendemain matin, ils étaient de nouveau mécontents et recommencèrent à se plaindre des mêmes difficultés.

 

      Cette fois le garçon de cabine se mit en colère :

      « Bande d’idiots ! cria-t-il. Ne voyez-vous pas ce que le capitaine et les officiers sont en train de faire ? Ils vous occupent l’esprit avec vos réclamations dérisoires sur les couvertures, les salaires, les coups de pied au chien, de sorte que vous ne pensiez pas à ce qui est vraiment problématique sur ce bateau – nous sommes toujours plus loin vers le nord et nous allons tous être noyés. Si quelques-uns d’entre nous reviennent à la raison, se réunissent et attaquent la dunette, nous pourrons virer de bord et sauver nos vies. Mais vous ne faites que vous lamenter sur vos petits problèmes insignifiants, comme les conditions de travail, les jeux de dés et le droit de sucer des bites. »

 

      Les passagers et l’équipage furent outrés de ces propos.

      « Insignifiant !! s’exclama le Mexicain.Vous trouvez normal que je ne reçoive que les trois-quarts du salaire d’un marin anglais ? Cela est insignifiant ? »

      « Comment pouvez-vous qualifier mes griefs d’insignifiant ? s’écria le maître d’équipage.Ignorez-vous combien il est humiliant d’être traité de tapette ? »

      « Donner des coups de pied au chien n’est pas un "petit problème insignifiant" ! hurla l’amie des animaux, c’est un acte insensible, cruel et brutal ! »

 

      « Bon, d’accord, répondit le garçon de cabine, ces problèmes ne sont ni insignifiants, ni dérisoires. Donner des coups de pied au chien est cruel et brutal et il est humiliant de se faire traiter de tapette. Mais par rapport à notre vrai problème – par rapport au fait que le navire se dirige toujours vers le nord – vos réclamations sont mineures et mesquines, parce que si nous n’obtenons pas que ce navire change de cap, nous allons tous nous noyer. »

 

      « Fasciste ! » dit le professeur.

      « Contre-révolutionnaire ! » s’écria la passagère.

      Et tous les passagers et l’équipage renchérirent les uns après les autres, traitant le garçon de cabine de fasciste et de contre-révolutionnaire. Ils le repoussèrent et se remirent à grogner à propos des salaires, et à propos des couvertures à donner aux femmes, et à propos du droit de sucer des bites et à propos de la manière dont le chien devait être traité. Le navire poursuivit vers le nord, avant, au bout d’un moment, de finir broyé entre deux icebergs et tout le monde se noya.





 

      Ship of Fools (La Nef des fous) (animation vidéo avec sous-titres en français) :

 

 

 

 

Ouvrages de Ted Kaczynski au format pdf :

 

      -La société industrielle et son avenir [pdf|341 ko]

      -Ship of fools [pdf|73 ko]

      -La nef des fous [pdf|104 ko]

 

 

 

 


 

 1. L’hybris ou l’hubris est une notion du mal chez les Grecs exprimant la démesure, propre à ceux qui refusent ce que leur accorde le destin. « Démesure, il faut l’éteindre plus encore qu’incendie » dit Héraclite. Hérodote évoque l’hybris en d’autres termes : « Regarde les animaux qui sont d’une taille exceptionnelle : le ciel les foudroie et ne les laisse pas jouir de leur supériorité ; mais les petits n’excitent point sa jalousie. Regarde les maisons les plus hautes, et les arbres aussi : sur eux descend la foudre, car le ciel rabaisse toujours ce qui dépasse la mesure ».

 

2. Interjection mexicaine exprimant la colère, le dépit, qui pourrait être traduite ici par « Putain ! » ou « Merde ! »

 

3. Le spécisme est une théorie inventée par les antispécistes. Le spécisme considère  l’homme comme une espèce animale supérieure aux autres espèces. L’homme a donc le droit de disposer des autres espèces comme il l’entend.

 

4. La dunette ou château de poupe est la superstructure s'étendant sur toute la largeur et l'arrière d'un navire, accueillant les logements officiers. C’est également la plate-forme supérieure où se trouve la barre et le gaillard d'arrière.

Publié dans : Doctrines politiques - Communauté : Vu de droite - Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Jeudi 20 janvier 2011 4 20 /01 /Jan /2011 16:16
- Par Alexandre Janois

 

Le cas du Club de l’horloge

 

      Cette réunion avait pour thème : « les ruptures nécessaires : une stratégie pour redresser la France. Le sujet était donc d’un grand intérêt : redresser la France est le souci de tout Français conscient du déclin et de la décadence actuels. Le président du Club, Henry de Lesquen, a ainsi présenté son projet : « Il est des hommes politiques de droite qui se plaisent à louer les matamores sur le thème de la ‘rupture’, pour mieux reculer ensuite, piteusement, devant la gauche, comme on l’a vu dans l’affaire du CPE (1)… Il faut prendre la rupture au sérieux car le redressement de la France ne sera pas concevable tant que la voie de la réforme n’aura pas été dégagée par de véritables ruptures, dans tous les domaines de la politique… Il faut d’abord rompre avec les tabous imposés par la gauche pour revenir aux principes de la nation et de la république ; il faut, ensuite, développer la liberté et la démocratie, pour amorcer le changement nécessaire ».

 

 

Un langage flou

 

      Ce propos commence plutôt bien : il dénonce la pseudo droite qui gouverne à la remorque de la gauche, comme elle le fait piteusement depuis des générations, et accessoirement fustige l’imposteur et illusionniste Sarkozy. Puis il continue en affirmant que rien ne peut se faire sans véritables ruptures. En effet, nous le savons, le système n’est pas réformable : il faut en changer. Pourtant, très vite, les choses se gâtent. En effet, que lisons-nous ? Il faut « revenir aux principes de la nation et de la république ». Certes, revenir au principe national est d’un élémentaire bon sens mais l’expression « revenir aux principes de la République » ne peut que nous intriguer. En effet, quels sont ces principes ? La XXIe Université du Club de l’Horloge avait traité de ce sujet mais n’avait fait que « noyer le poisson » définissant la république à sa façon et ignorant l’acception précise qu’a la notion de « république » en France. Ne nous payons pas avec des mots. Le mot « République » n’est pas en soi infâmant : il y a eu la République romaine, la République de Gênes, la République de Venise etc. Il a paru en 1577 le livre de Jean Bodin « Traité de la République » qui prend le mot république dans son acception primitive à savoir « administration de la chose publique » (ce qui ne fait pas pour autant de Bodin un « Républicain » au sens moderne du terme : il se prononce pour la monarchie héréditaire).

      Mais en France, faire référence à la « République » consiste, dans le sens commun, à viser une conception mutilée de la France, cette « France qui a commencée en 1789 », qui a servi de modèle désintégrateur à l’Europe d’après 1918, qui rejette fondamentalement les racines spirituelles de l’Europe et de la France, en rupture totale avec son passé pluri millénaire et pense la France comme modèle cosmopolite et universel au prix de la dissolution de son être dans cet « universel ». Si, dans le présent cadre institutionnel, on peut comprendre que l’on ait la prudence de ne pas remettre en cause la forme républicaine du gouvernement, ceux qui veulent œuvrer au redressement de la France devraient éviter de se référer explicitement à « la » République que l’on ne peut confondre avec la France. Au mieux, qu’ils parlent de « leur » République » afin d’éviter toute confusion, à supposer que, dans leur esprit, la distinction existât, chose la moins sûre qui soit comme nous allons le voir ci-après.

 

 

Liberté et démocratie

 

      Ensuite, M. de Lesquen poursuit en demandant de « développer la liberté et la démocratie ». Mais quelle est « la » liberté ? Il faut alors remarquer que depuis des décennies, on ne parle que de développer la liberté. Et que trouve-t-on comme libertés ? La liberté d’avortement, la liberté de conspuer la nation, la liberté d’afficher des mœurs déviants etc. Ah ! certes, M. de Lesquen pense surtout à la liberté économique. Mais, là encore, nous le savons, qu’est-ce que la liberté économique ? Car si la liberté économique réclame la liberté d’entreprendre et de créer, elle peut conduire au pire et le libéralisme économique soumis à la finance internationale que nous connaissons en est l’illustration. Quant à la « démocratie », qui est présentement la démocratie représentative, nous savons qu’elle est l’un des facteurs majeurs de notre déclin. Il ne s’agit en fait que d’un gouvernement oligarchique aux mains de groupes d’intérêts privés qui laisse place à toutes les corruptions et toutes les médiocrités : que l’on relise « Les responsabilités des dynasties bourgeoises » d’Emmanuel Beau de Loménie pour s’en convaincre. Que l’on pense à notre histoire pétrolière où l’intérêt national a été sacrifié à des collusions d’intérêt entre politiciens et groupes pétroliers telle la Standart Oïl de Rockfeller. Par suite, vouloir développer la liberté et la démocratie « pour obtenir les changements nécessaires » revient à employer une formule creuse.

      Aussi, lorsque M.de Lesquen demande de rompre avec les tabous imposés par la gauche, il faut en premier lieu dénoncer la nature même du régime dont les fondements, rappelons-le sont « à gauche » : n’oublions jamais que, par suite du processus continu de dérive gauchisante de la pensée depuis le XVIIIe siècle et exposé précédemment, les idéaux « de droite » que fait siens le Club de l’Horloge étaient sous l’Ancien régime finissant, ceux de la gauche d’alors, dans la mesure où la gauche incarne, dans le mythe contemporain le « progrès » et son accessoire marxiste, le pseudo sens de l’histoire lequel n’est en réalité que le produit de la volonté des hommes.

 

 

La confusion républicaine

 

      H. de Lesquen, dans sa conclusion, a insisté sur le fait que « les ruptures proposées sont d’inspiration libérale et nationale, donc républicaines ». Là, nous touchons le fond de la pensée de la droite nationale : le fond en reste la destruction du corps national en tant qu’ensemble de corps intermédiaires, le refus d’une conception organique de cet être vivant qu’est une nation pour n’en faire qu’un agrégat d’individus. De ce point de vue, républicains libéraux et républicains socialistes partagent les mêmes fondements : ceux d’une conception constructiviste de la société, d’un peuple, et non une conception charnelle, une conception en accord avec l’expérience de millénaires d’histoire et qui est consubstantielle à la nature humaine. A lire cette citation, la conception de la république que se fait le Club de l’Horloge est sans confusion possible, celle de la Révolution : la Révolution française est une révolution libérale et l’épisode de la Terreur, lié en outre à la situation apocalyptique d’un régime aux abois, menacé d’invasion, ne peut nous le masquer. La loi le Chapelier, le décret d’Alarde (bien que votés dans les derniers temps d’une monarchie vidée de sa substance) sont d’inspiration libérale. Et la IIIe République, fidèle à sa nature libérale, du moins en économie, mènera une politique d’inspiration anti-sociale qui aboutira à l’explosion de 1936, tandis que l’Allemagne bismarckienne, présentée comme un parangon d’autoritarisme, d’aristocratisme –donc d’obscurantisme réactionnaire pour les « républicains » - instaurera dès les années 1880 des lois visant à maintenir la substance sociale d’une société allemande qui, par ailleurs, n’avait pas subi le traumatisme déstabilisateur d’une révolution faisant table rase du passé. Il est impossible, par suite, de redresser la France avec de tels prémices.

 

 

Des ruptures faibles

 

      Cela précisé, cette XXIIe université allait, par le truchement d’une dizaine d’intervenants, énoncer ce que le Club de l’Horloge considère de fait comme les principales ruptures à réaliser. Rétablir la primauté du droit national sur le droit européen ; rétablir la peine de mort ; supprimer le regroupement familial pour en finir avec l‘immigration invasion ; abolir le Pacs pour restaurer la famille ; instituer le référendum d’initiative populaire ; créer le chèque éducation ; libérer le marché du travail ; introduire la concurrence en matière de sécurité sociale ; réformer la droite.

      Dans tout cela, il y a bien sûr nombre de points qui vont dans le bon sens. Rétablir la primauté du droit national va de soi ou devrait aller de soi. Mais il n’est qu’une conséquence de l’affirmation d’un principe premier : celui de l’inaliénabilité de la souveraineté nationale. L’Europe n’est pas les États-Unis dont les États sont une émanation d’un pouvoir central fondé sur treize colonies ; elle est faite d'États et de peuples à l’identité propre, plongeant ses racines dans la profondeur des siècles, ayant contribué à nourrir une civilisation commune. Si une coopération est indispensable et vitale, elle ne peut se faire par une abdication de la souveraineté quelle qu’elle soit.

      Par conséquent, se contenter de la réaffirmation de la primauté du droit national est insuffisant. Supprimer le regroupement familial est certes nécessaire mais c’est une mesure minimale et il semble que le Club de l’Horloge reste très modéré face à un phénomène gravissime. En fait outre la suppression de l’automaticité d’une protection sociale accordée à tous ces arrivants, il est vital de mettre en place une politique drastique de lutte contre l’immigration illégale : nous sommes objectivement en état de guerre pour la survie de notre civilisation et les mesures à prendre sont celles que tout État digne de ce nom adopte en période de guerre. Conjointement, c’est le renvoi des immigrés inassimilables et inassimilés dans leurs pays d’origine qui doit être organisé. Que l’on ne dise pas que c’est impossible : dix millions d’Allemands installés en Europe centrale et orientale depuis plus de cinq siècles, sinon plus en ont été expulsés dans des conditions abominables en quelques semaines en 1945. Plusieurs centaines de milliers d’Européens installés depuis plus d’un siècle en Algérie, pays qu’ils avaient construit, en ont été chassés en quelques semaines en 1962. Autant agir calmement, avec humanité, de manière concertée avec les pays concernés, plutôt que de se trouver dans des situations critiques. Si la situation actuelle ne permet évidemment pas sa mise en œuvre immédiate, il faut la maintenir comme principe politique fondamental car l’histoire présente toujours des situations que l’on n’imagine pas lorsque l’on a le nez collé à l’actualité quotidienne : qui, en 1906, aurait imaginé que moins de quinze ans plus tard, l’Autriche-Hongrie serait rayée de la carte, que la Russie tsariste laisserait place au sanglant régime bolchevique ?

      Abolir le Pacs est aussi une mesure de bon sens, à condition qu’elle soit accompagnée d’un changement du climat médiatique qui ne cesse de propager l’inversion de toutes les valeurs. Il en est de même pour le chèque éducation, mais il reste à savoir comment il sera mis en œuvre. Par ailleurs, s’il faut « libérer » le marché du travail, cela ne peut s’envisager que dans le cadre d’un État nationaliste dans lequel la dimension sociale est prise en compte : or nous savons par expérience que la pensée libérale, sous-jacente dans ce Club est porteuse de bien des désastres et, en tout état de cause, il est hors de question de laisser des « libéraux » se charger d’une telle réforme. La remarque vaut tout autant pour la Sécurité sociale : si le système français actuel est failli, il ne faut pas pour autant tomber dans une situation à l’américaine où nombre de gens se trouvent de fait exclus du système de santé. Ajoutons que, si l’on parle de protection sociale, une mesure « de rupture », pour reprendre le langage horlogiste, consisterait à limiter fortement le droit d’accession à la propriété des étrangers en France, afin de mettre fin au processus de dépossession des Français de leur patrimoine qui se produit actuellement, ne serait-ce que par la hausse vertigineuse des prix de l’immobilier en province sous l’effet des acquisitions faites par les étrangers, fussent-ils européens. Mais, pour des libéraux, cela est peut-être contraire à l’idéologie !

      En somme, dans cette liste de « ruptures », nous ne trouvons que des mesures d’ordre technique, des mesures partielles, sinon secondaires. Il y a tout d’abord une grande absente : la politique monétaire et financière nationale. Certes, de la part de gens ayant attrapé le virus libéral, ce n’est pas étonnant. Pourtant, c’est l’un des éléments fondamentaux de toute souveraineté nationale et si, dans le cadre actuel, dans une hypothèse d’application immédiate, il faudrait nécessairement tenir compte de l’environnement international dominé par une finance apatride et spéculative, une politique financière fondée sur la monnaie permanente serait largement réalisable.

      Plus encore, n’apparaît pas la véritable rupture qui consiste à affirmer la souveraineté d’une France à fondements européen et chrétien, incarnée et dirigée par un État à la fois national et social, autrement dit une souveraineté fidèle à la nature et à l’identité de la France. Or tout le reste découle de ce principe qui n’est ni de droite ni de gauche mais qui est le principe même de la France, comme il l’est plus généralement pour tout peuple et nation existant en ce bas monde.

 

 

La seule voie possible : le nationalisme

 

      Aussi, lorsque H. de Lesquen propose comme huitième rupture de « réformer la droite », pouvons-nous lui indiquer la seule voie possible de réforme : celle de la conversion de la droite à la doctrine nationaliste, au nationalisme qui n’est, répétons-le, ni de gauche ni de droite mais tout simplement la doctrine, le parti de la France sans lequel celle-ci ne peut que connaître de graves déboires comme elle en fait l’expérience, elle qui ne cesse tendanciellement de se déclasser dans le concert de nations depuis 1789. Le nationalisme est en effet la compréhension des règles qui ont permis à une nation de se constituer et de durer et dont l’oubli ou la négation entraînent la décadence et la désagrégation. Si la « droite » ne se convertit pas en quelque sorte au nationalisme, elle se condamne à disparaître en tant que force de redressement de la nation si ce n’est en tant que force politique, tout simplement, les événements en faisant une force définitivement périmée. On ne peut préconiser et conduire une politique de régénération nationale en développant une pensée hémiplégique.

 

 

André Gandillon

 


(1) Rappelons que le gouvernement de Villepin au printemps 2006, avait fait voter un contrat d’embauche réservé aux jeunes et que, devant les manifestations de rues organisées par les partis et syndicats de gauche, il avait reculé en mettant son texte à la poubelle par une pirouette juridique.

Publié dans : Doctrines politiques - Communauté : Vu de droite - Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 18 janvier 2011 2 18 /01 /Jan /2011 14:14
- Par Alexandre Janois

       Dans les discours tenus par des membres de mouvements regroupés génériquement sous l’appellation large de « nationaliste » ou bien « d’extrême droite » par le pouvoir médiatique, il en ressort bien souvent une pensée philo-libérale, autrement dit des idées qui, d’une manière ou d’une autre sont marquées – ou contaminées – par la pensée libérale. Le Front National et autres mouvements souverainistes ou clubs de pensée comme le Club de l’horloge en sont ainsi victimes à des degrés divers. Il convient d’en traiter une nouvelle fois afin de clarifier un aspect capital du débat.

 

 

Le fourre-tout du mot libéral

 

       Une acception traditionnelle du mot « libéral » désigne une personne qui aime à répandre ses bienfaits, à soulager ses semblables, ou même seulement à leur être utile ou agréable, selon la définition du dictionnaire Bescherelle de 1863. Ce n’est bien entendu pas de cette qualité, de cette inclinaison de la personnalité de quelqu’un qu’il s’agit dans notre présent propos.

       L’acception du terme « libéral » qui nous intéresse se rapporte évidemment au courant de pensée né de la philosophie des Lumières et qui est passé dans le langage politique au cours de la décennie 1790 pour désigner des hommes modérés, dévoués aux doctrines libérales – et non pas terroristes – de la Révolution française. Il désigne généralement des hommes affichant des idées généreuses, professant une certaine bienveillance envers toutes les classes de la société dont on souhaite améliorer le sort. Ainsi, le terme fut, après 1815, appliqué aux adversaires de la Restauration tels le député Manuel et le général Foy qui étaient censés réagir contre l’obscurantisme de la monarchie bourbonienne restaurée dont, il faut malheureusement le reconnaître, nombre de ses partisans ont manqué d’intelligence et d’à propos comme avec la loi dite du « Milliard des émigrés » et la loi sur le Sacrilège. Il y eut aussi la République libérale qui se confond avec la IIIe République, dont l’investissement par les radicaux de tous poils après 1901 ne changea pas fondamentalement l’esprit, la République, en France, signifiant un régime anti-chrétien plus encore qu’anti-clérical.

       Le mot « libéral » a connu des connotations diverses au point qu’aux États-Unis, un libéral reste considéré comme étant de gauche, autrement dit l’équivalent de la mouvance socialo-communiste en Europe, alors qu’en Europe se dire « libéral » désigne une personne comme étant « de droite ». Toutefois, le mythe démocratique qui lui est pourtant lié étant devenu un lieu commun pour tous ceux qui, peu ou prou se sont ralliés au modèle dit « occidental » à savoir la sacro-sainte économie de marché et le droit de l’hommisme (à des doses variables), le mot « libéral » se rapporte de nos jours essentiellement à la doctrine économique et à une conception de l’ordre social. Il désigne une pensée qui repose 1) sur la volonté de dégager l’individu de tout lien social, la notion de bien commun disparaissant 2) sur l’affirmation d’un ordre naturel qui tend à s’établir spontanément de manière équilibrée, notamment dans le domaine économique, en laissant l’homme, conçu comme un agent économique rationnel (homo oeconomicus), agir librement, sans contrainte.

 

 

Une idéologie matérialiste

 

       Ces deux points appellent quelques remarques. Dans la pensée libérale, issue de ce courant de pensée « moderne » reposant sur le postulat galiléen que le monde est écrit en langage mathématique et peut donc être expliqué à partir des chiffres et des nombres, l’être humain est considéré et traité comme un individu et non comme une personne. Cela signifie que l’être humain est dépouillé de ses qualités sensibles, pensé comme détaché de toute appartenance culturelle, nationale, professionnelle, comme n’ayant aucune relation avec la société dont il est membre autre qu’économique : c’est un être construit artificiellement selon une rationalité matérialiste, faisant fi de la réalité. De l’homme concret de chair et d’os, qui a un métier, un milieu, une personnalité, une spécificité ethnique, raciale et culturelle, l’utopie libérale et démocrate en a fait un être irréel, théorique, un personnage allégorique en dehors du temps et de l’espace et identique à tous les étages de la société et en tous lieux de la planète. De ce fait, la pensée libérale n’est qu’un matérialisme, dont le pendant à la fois antithétique et complémentaire est le socialisme théorisé par les marxistes qui pense recomposer l’indispensable lien social a priori, à partir des individus. Naturellement, il découle de cette rationalité matérialiste, nourrie de l’addition et de l’agrégation de nombres, la notion de démocratie dite « représentative », fondée sur des élections périodiques au cours desquelles on additionne arithmétiquement les voix d’individus, autrement dit de numéros matricules considérés en eux-mêmes.

       Ce matérialisme se trouve synthétisé dans la mystique du marché, selon laquelle toute relation économique et par suite sociale dépend de la loi du marché, ou plus exactement des multiples marchés qui s’établissent autant qu’il y a de matières et de sujets pouvant servir de prétexte à l’établissement d’un marché, cela allant du marché de la pomme de terre au marché d’objets immatériels comme les marchés à terme sur les taux d’intérêt et autres « trucs » financiers de nature spéculative.

       Tel est, succinctement résumé, le corpus idéologique du libéralisme qui infiltre à des degrés divers la réflexion de nombre de personnes sincèrement attachées à leur nation, à leur civilisation. Or, de ce qui précède, il ressort clairement qu’une telle idéologie va à l’encontre de l’objectif recherché, à savoir la défense et la promotion des intérêts nationaux, les seuls par lesquels l’authentique personnalité de chaque être humain peut être affirmée, développée et défendue.

       Une nation, en effet, n’est pas une addition d’individus, de « clones » : c’est une communauté de destin, faite certes des hommes qui l’incarnent dans le présent mais aussi de la terre qui lui a permis et lui permet de subsister, des générations antérieures qui l’ont édifiée dans l’effort et dans les sacrifices de toutes sortes nourries d’une pensée, d’une culture ancrée dans une histoire souvent plus que millénaire qui en nourrit une tradition vivante dont l’âme et la pensée de chacun de ses membres est nourrie et vivifiée. Une nation ne se réduit pas à son PNB. Une nation n’est pas un agrégat économique ni un ensemble de marchés. Elle n’est pas quantifiable, ni mesurable : elle se réfère à l’Etre et donc à son Etre propre marqué par une identité spécifique, une âme unique et inimitable. Un peuple n’est pas une somme d’individus assemblés dans un corps électoral mais un tissu de corps intermédiaires tissant entre eux de multiples liens intellectuels, sociaux et économiques.
Vouloir défendre la nation et le peuple dont on est membre tout en professant des idées libérales revient à se priver des moyens efficaces de son combat. Cela consiste à couper les griffes d’un félin ou le bec d’un oiseau.

 

 

Le mirage libéral

 

       Cette dérive de la pensée chez ceux qui se disent – accordons-leur ce sentiment – sincèrement attachés à leur patrie, vient de ce que leur sentiment patriotique, leur sentiment nationaliste n’est pas étayé, structuré par une doctrine. Et la seule doctrine qui permette d’y voir clair, d’agir efficacement pour le salut de la nation est la doctrine nationaliste, autrement dit la manière de penser les événements en fonction du seul intérêt de la nation considérée objectivement dans sa réalité pleine et entière, faite à la fois d’âme et de matière. Aucune action politique ne peut être valable si elle ne relève pas d’une conception spiritualiste.

       Il est facile d’expliquer l’attrait de la pensée libérale trop souvent réduite à son seul aspect économique sur ces personnes par le succès économique mondial des États-Unis présentés et perçus comme étant le modèle d’un État appliquant le libéralisme, étant entendu que les puissances dominantes ont toujours tendance à rayonner et servir d’exemple à imiter. Il est pourtant aisé de montrer que ce qu’on appelle le libéralisme nord-américain repose largement sur un protectionnisme économique, notamment dans le domaine agricole, et sur de multiples interventions de l’Etat. Cette réalité est d’ailleurs dénoncée par des libéraux que l’on peut qualifier conventionnellement d’ultra libéraux, tels les disciples d’Hayek et le mouvement libertarien dont le principal théoricien fut Murray Rothbard. Il est aussi aisé de montrer comment les attaques contre ce protectionnisme américain menées ces dernières années fragilisent, sans que cela apparaisse encore clairement, les structures de l’économie américaine dont le déficit extérieur va croissant et dont l’économie, victime du libre-échangisme mondialiste, se vide peu à peu de sa substance, notamment sa substance industrielle : en témoigne la déconfiture actuelle des trois grosses entreprises automobiles que son Ford, Chrysler et General Motors. Dans les années 1950, les États-Unis produisaient 95 pour cent de ce qu’ils consommaient. Aujourd’hui, ils importent le quart de leur acier, les trois quarts de leurs vêtements, la moitié de leurs machines outil et 40 pour cent de leurs voitures.

       Le mirage libéral doit donc être dénoncé et dissipé. Pourtant – et c’est ici qu’interviennent confusion et quiproquo – la critique que font les libéraux du fonctionnement de notre société est loin d’être infondée. Or il ne s’agit pas ici de libéralisme mais d’organisation de la société et plus précisément de celle des pouvoirs publics, à savoir celle de l'État et de ses démembrements. La seule question qui se pose est celle de l’efficacité de lÉtat relativement à la défense et à la promotion de l’intérêt national.

 

 

Libertés économiques et nationalisme

 

       Ainsi, la question qui se pose relativement à l’économie n’est pas de démembrer l’Etat parce que l’idéologie le commande mais de savoir comment permettre aux nationaux d’exercer leurs talents créatifs, autrement dit de traiter de la question des libertés économiques relativement à l’intérêt de la nation, c’est-à-dire dans le cadre d’une économie nationale orientée en fonction de l’intérêt et du bien commun de la nation. Il ne faut pas confondre les libertés économiques indispensables à la vie d’une nation dans la mesure où elles permettent aux différentes énergies créatrices de s’épanouir et le discours libéral, idéologique, qui se situe de par sa nature hors du cadre national et des préoccupations nationales.

       Il est clair que, dans le cas de la France, se pose la question du rôle de l’Etat et singulièrement des dérives parasitaires qui caractérisent son évolution depuis quelques décennies, notamment l’emprise tentaculaire qu’il déploie sur la société française au point de l’asphyxier par l’intermédiaire de corps de fonctionnaires en pleine prolifération et qui se traduit par les insupportables racket et inquisition fiscaux. Une refonte de l’organisation des pouvoirs publics, avec notamment une remise en ordre de l’organisation administrative de la France supposant la suppression des nombreux doublons, est indispensable ; ce qui implique au préalable un changement de régime mettant la ploutocratie politicienne parasitaire hors circuit ; ce qui nécessite aussi la sortie de l’U.E., structure à dérive soviétoïde qui renforce encore l’emprise sclérosante de la bureaucratie et de la technocratie, détruit notre souveraineté et vend notre pays aux puissances financières transnationales et nécessairement apatrides.

       Par conséquent, s’il est entendu que le carcan de la bureaucratie étatique doit être supprimé, il n’en demeure pas moins que l’Etat doit jouer un rôle directeur dans l’orientation de l’activité économique. Celle-ci doit être soumise à l’intérêt national, au bien commun et non pas à l’intérêt de puissances privées comme c’est le cas actuellement, avec des institutions financières aux capitaux anonymes et divers groupes de pression idéologiques tels les clubs issus du fabianisme et autres officines plus ou moins occultes.

 

 

Les idiots-utiles du mondialisme

 

       Plus largement, aucun redressement de la France, aucun redressement des autres États d’Europe n’est envisageable s’il ne s’inscrit pas dans une optique de prise en compte première des intérêts nationaux, autrement dit dans une optique nationaliste. En l’état actuel de la situation, cela signifie qu’il ne s’agit pas de réaménager le système actuel, ni de le réformer, car il n’est pas réformable : il s’agit de rétablir les nations européennes dans la continuité de leur histoire, celle qui a été interrompue par la mise en place, progressive depuis 1789 et généralisée après 1918, de régimes fondés sur la rationalité des Lumières, qui est une mutilation de la raison et de notre civilisation et qui est fondamentalement un universalisme négateur des nations et par suite de l’ordre voulu par le Créateur.
       A cette aune, les gens qui se disent « de droite » et se considèrent comme des patriotes, ne peuvent être que les « idiots utiles » du système mis en place lentement mais sûrement depuis la fin du XVIIIe siècle. Ces gens, choqués par les dérives du système, passent leur temps à les dénoncer et à proposer des remèdes sans pour autant remettre en cause ce système et à en analyser les tares. En se disant « de droite », ils ne font que s’opposer à « la gauche » qui, de par la nature même du système, en est le moteur diabolique. L’histoire le montre : la « droite » a passé son temps, depuis deux siècles, à jouer le rôle de frein qui, au mieux, avec plus ou moins d’effets, réussit à ralentir le char du modernisme sans pour autant l’arrêter. Plus encore, avec le temps et s’y accoutumant par manque de vigilance, elle fait siennes les « idées avancées » d’hier, celles-là même qu’elle critiquait alors. Progressivement mais sûrement, elle se gauchit elle-même, au point qu’au fil des ans, on assiste à l’émergence de ce que l’on peut désigner comme étant le spectre idéologique de la droite, allant des plus modérés – ceux qui s’accommodent le mieux du système – aux plus réticents - ceux n’acceptent pas la majeure partie des dérives tout en étant convaincu de l’irremplaçable valeur de la démocratie. C’est ce qu’en France on peut, grosso modo, désigner sous les appellations de pseudo droite – la droite régimiste – ou encore de droite nationale qui se réfère à ce qui était la pensée commune de la droite française républicaine dans les années 1950.

Publié dans : Doctrines politiques - Communauté : Vu de droite - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 3 janvier 2011 1 03 /01 /Jan /2011 14:14
- Par Brice Duqueyroux

 

« Dans l'harmonie du monde, nous devons continuer notre espèce »

 

 

 

 

 

 

Alain Daniélou :

 

-C'est la question : si l'on croit que l'on a un certain destin, et par exemple, nous appartenons à une certaines espèce, comme tous les animaux. Dans l'harmonie du monde, nous devons continuer cette espèce. Nous ne devons pas faire des hybrides de chiens et de chats, de lapins et d'éléphants, etc. C'est la même chose pour les hommes.

 

 

[Bernard Pivot]

 

-Mais c'est du racisme ça ?

 

 

Alain Daniélou :

 

-Mais bien sûr. C'est le (vrai) racisme conçu comme le respect des races. C'est un racisme qui est beaucoup moins pernicieux que l'autre racisme, qui celui d'assimilation, celui qui dit : "à condition que vous perdiez votre personnalité, que vous perdiez votre langue, que vous perdiez votre culture, que vous perdiez tout ce que vous avez reçu par des générations et générations et de générations, à ce moment là tout va très bien". Or on a tout de même certains devoir. Et le devoir de constituer son espèce, fait parti de l'ordre naturel auquel on doit tout de même se conformer.

[...] Tout ce qu'on vous demande c'est de ne pas procréer des bâtards. A part cela vous avez une liberté qui est considérable : Vous avez le droit de faire l'amour comme vous voulez. On vous demande seulement de respecter vos enfants. Or dans le monde d'ici, les enfants, on s'en fout. On baise avec n'importe qui et tant pis si les gosses sont mal foutus.

Dans l'Inde on fait très attention. On pense qu'on ne doit sacraliser une union qu'en vue de la procréation. Et à ce moment là on prend un responsabilité ; le mariage qui est un permis de divertissement parait aux hindous une chose très peu justifiable.

 

 

George Steiner :

 

-Ce qui nous menace c'est une monotonie atroce, un mélange d'ennui. Tuer une langue, tuer une culture, tuer une tribu, tuer une ethnie, c'est vraiment détruire une des possibilités de l'avenir. [...] Il y a encore des peuples qui luttent pour être eux-mêmes, pour se maintenir ; toute cette question dont on débat tellement au nom du libéralisme, du mariage mixte entre religions, et beaucoup plus simple entre races, entre traditions, entre cultures locales, elle est très complexe. Ça peut marcher. Ça marche souvent ça marche très très mal.

La vraie menace n'est pas le racisme, c'est au contraire une standarisation vers le plus bas niveau.

 

 

http://img89.imageshack.us/img89/7505/metissagevicedebourgeoi.jpg

Publié dans : Doctrines politiques - Communauté : Vu de droite - Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 27 décembre 2010 1 27 /12 /Déc /2010 15:15
- Par Alexandre Janois

      La résistance sans chef (leaderless resistance) est une stratégie de résistance politique fondée sur de petits groupes, très limités en terme de membres (qui peuvent utilement se réduire à un membre). Les cellules agissent en totale indépendance, sans liens verticaux ni horizontaux, sans hiérarchie de commandement, ni diffusion de l’information tactique.

 

      Le concept a été repris au colonel Amoss par Louis Beam qui l’a popularisé, dans son célèbre essai portant le titre Leaderless Resistance(1). Nationaliste blanc américain, ancien membre du Ku Klux Klan (KKK), il a repris le concept d’une résistance patriotique contre une éventuelle prise de pouvoir par les communistes pour l’appliquer à une résistance nationaliste contre l’État fédéral tyrannique destructeurs des libertés individuelles. Beam considère cette forme de résistance comme la plus viable au vu de l’énorme déséquilibre de pouvoir et de ressources entre les deux belligérants.

 

      L’avantage essentiel du système est l’extrême difficulté des autorités à s’organiser contre la menace, contrairement à un système pyramidal ordinaire. Il n’y aucun transfert d’argent, de matériel de propagande, de fichiers, d’entrainement. La menace d’un agent infiltré ou de la trahison est quasiment inexistante. Le cas échéant, la découverte d’une cellule n’entrainera aucune conséquence sur le reste de la résistance. Certains se dotent d’un chef existant (ou non) qui ne fait qu’exprimer des orientations, mais sans aucune considération tactique, qui revient aux membres qui s’en revendiquent. Les groupes utilisent alors les médiats officiels (Al Jeezera ou CNN diffusant les messages d’Oussama Ben Laden) ou libres (internet) comme vecteur d’information et de propagande.

 

      La résistance sans chef englobe toutes les actions possibles, depuis la non-violence jusqu’aux assassinats ou aux actes terroristes. Les actions terroristes sont les plus connues, mais de nombreux groupes/ individus agissent ainsi : publication de livres, revues, brochures, sites, etc.

      Si le concept a été mis au point par le penseur nationaliste blanc Louis Beam en 1983 pour les nationalistes blancs, il s’est depuis diffusé largement et a été repris et utilisé par de nombreux groupes, depuis les écologistes radicaux (libération d’animaux, attaques contre les tortionnaires, lettres piégées contre les politiques, etc.) jusqu’aux islamistes (2), mais aussi les mouvements anti-avortement ou luttant contre les trusts, etc. Et bien entendu l’extrême droite américaine.

 

 

 

 

 

http://img607.imageshack.us/img607/4062/hitearyanresistancewar.jpg

     Au sein de la résistance nationaliste, citons l’attentat d’Oklaoma City commis par Timothy McVeigh : il a agit seul (ou avec un complice), mais en partageant un ensemble de conceptions politiques avec de nombreux groupes et individus à travers le pays principalement axées contre le gouvernement (3), particulièrement après après les massacres de Ruby Ridge et de Waco (4). L'histoire du groupe The Order se comprend largement à travers ce concept. Des membres de la Résistance aryenne blanche (WAR, White Aryan Resistance - signe à gauche) (5) ou se réclamant de Combat 18 (6) ont adopté cette tactique qui serait également celle prônée désormais par le KKK. De nombreux groupes ou sites étasuniens appellent plus ou moins ouvertement à agir selon cette théorie (ou celle connexe du « loup solitaire »).

 

      Cela explique en partie les lois liberticides mises en place partout dans le monde et singulièrement en France, lois de surveillance d’Interne contrôle des téléphones portables, etc. bien qu’il reste difficile de discerner dans un délai raisonnable et avec pertinence qui est une menace réelle au vu des sites fréquentés. C’est cependant un bon avertissement.

 

 

      Cette forme de résistance entraine de nombreux problèmes. Aucune stratégie globale n’est possible avec tout ce que cela implique (visibilité, motivation, coordination, etc.) ; l'existence même du concept maintient ceux qui s'en servent dans l'état du très faible face à un géant vu comme inébranlable. En cas de problème, le combattant pourrait avoir à faire face seul à ce qui lui arrive (7).

      Idéalement, elle exige de l’individu une abnégation totale, et, au final, une discipline encore plus grande, un détournement de son milieu social difficilement applicable selon les milieux (et en tout cas très éloigné de la pratique politique en France) que dans les mouvements politiques radicaux traditionnels.

 

 

 

      Parallèlement au concept de leaderless resistance existe celui de « loup solitaire » (lone wolf ou lone-wolf fighter) désignant un individu qui commet des actions (violentes ou non-violentes) à l’appui d’un groupe, d’un mouvement, ou d’une idéologie, mais qui agit seul, en dehors de toute structure de commandement. Ce terme a également été créé et popularisé par les milieux nationalistes, en l'occurrence Alex Curtis et Tom Metzger à la fin des années 1990.

      Pour Curtis il s’agit d’inciter les racialistes à agir seuls pour commettre des crimes violents, afin, en cas d’arrestation, de ne pas incriminer les autres. Son but étant réalisation d’un territoire homogène blanc, il prône tous les moyens possibles contre les non-blancs : y compris si nécessaire, les plus extrêmes (assassinats, diffusion de drogues, armes biologiques). Il a également popularisé les « 5 mots » « I have nothing to say » (je n’ai rien à dire), pour faire obstacle aux poursuites face à la police en cas d’arrestation.

 

      Un des aspects les plus influents de l’activisme de Tom Metzger est la promotion des théories du « loup solitaire » et de la « résistance sans chef », qui favorisent l’action d’individus seuls ou de petites cellules souterraines, en opposition aux actions visibles des organisations de masses.

 

      Le terme de « loup solitaire » a été adopté ensuite par les organismes policiers et judiciaires américains et par les médiats pour désigner des personnes suivant cette stratégie (le FBI et la police de San Diego baptisèrent l’opération lancée contre Curtis « Lone wolf »), mais sans considération idéologique.

 

      Le loup partage une identité idéologique ou philosophique avec un groupe, mais il ne communique pas avec le groupe avec lequel il s’identifie.

      Alors que ses actions ont pour but de faire progresser l’objectif du groupe, les tactiques et les méthodes sont conçues et dirigées uniquement par le loup solitaire, en dehors de tout ordre hiérarchique. Dans de nombreux cas, conformément à la tactique élaborée par Curtis, le loup solitaire n’a même jamais de contact personnel avec un groupe plus important, rendant difficile la traque menée par les autorités contre lui le cas échéant, à cause des difficultés accrue dans le domaine du renseignement, comparés aux terroristes conventionnels.

 

      Il s’agit de la menace la plus importante aujourd’hui contre les Etats démocratiques pacifiés : « à l’exception des attaques sur le World trade center, la majorité des attaques terroristes aux Etats-Unis ont été perpétrés par des individus dérangés qui étaient sympathisants d’une cause – depuis Oklahoma City et l’attaque à la bombe de Timothy McVeigh au sniper John Allen Muhammad dans la région de Washington » rappelait le Christian Science Monitor.

 


http://img145.imageshack.us/img145/7182/timothymcveigh.jpg
Timothy McVeigh, exécuté le 11 juin 2001.


      Outre Timothy McVeigh déjà vu, Theodore "Unabomber" Kaczynski est considéré comme un « loup solitaire » (18 ans d’envois de colis piégés – 3 morts et 23 blessés).

      Autres exemples : entre 1996 et 1998, le militant chrétien Eric Robert Rudolph, a commis plusieurs attaques contre des ennemis dans le sud des États-Unis, tuant 3 personnes et en blessant au moins 150 autres. Il visait des cliniques d’avortement, des boîtes de nuit pour pédérastes, et les Jeux olympiques de 1996 à Atlanta.

      Le 23 février 1997, Ali Hassan Abu Kamal a ouvert le feu sur la terrasse d’observation de l’Empire State Building. Il va tuer une personne et en blesser 6 autres avant de se suicider.

      Le 10 août 1999 , Buford O. Furrow, Jr., membre d’Aryan Nations, attaque une centre juif à Los Angeles, blessant cinq personnes avant d’être abattu.

      Le 28 juillet 2006, Naveed Afzal Haq, en proclamant « Je suis un musulman américain, en colère contre Israël » attaque la Fédération de tir juive de Seattle, tuant une personne et en blessant cinq autres.

 

 

      Plusieurs actions ont été menées en Europe : entre 1993 et 1997, Franz Fuchs, présenté comme un xénophobe autrichien tua 4 xénophiles (et 15 blessés) en 5 vagues de 25 colis piégés.

      En avril 1999, David "London nail bomber" Copeland attaque en quelques jours les pédérastes, les immigrés africains et asiatiques ; ses attaques font trois morts et 129 sont blessés (6).

 

 

      En France, le meilleur exemple est sans aucun doute Frédéric Rabiller, qui a fait sauter 8 radars à l’appui de revendications politique diverses (au nom du FNAR Front national ou Fraction nationaliste armée révolutionnaire ou anti-radar). En l’absence de procès, il faut être prudent. Cependant, les demandes politiques ont été portées au premier plan grâce à une médiatisation nationale ; lui-même n’avait aucun lien avec aucun groupe et son action n’a nui politiquement a personne (le cas exactement inverse étant ici Maxime Brunerie dont l’acte manqué a conduit à la liquidation d’Unité radicale).

 

http://img407.imageshack.us/img407/5018/fnarfrontnationalisteac.jpg
Le logo de la FNAR

 



Sites évoqués dans l'article :

Louis Beam : <http://www.louisbeam.com/leaderless.htm>

Blood and Honour <http://www.bloodandhonour.com/>

White aryan resistance : <http://www.resist.com/>


(Ecrit à partir d'un article du Forum nationaliste)





1. En anglais, sur le site de Louis Beaum : <http://www.louisbeam.com/leaderless.htm>.


2. C’est idéalement un très bon exemple : les membres ont une conception du monde et des buts très convergents, mais des individus totalement isolés peuvent agir en tout point du globe indépendamment de toute structure. Il est cependant difficile de s’y retrouver : ces cellules co-existent avec des réseaux plus complexes dans le cas de l’islamisme radical).


3. Gouvernement habituellement dénommé ZOG, Gouvernement d’occupation sioniste, Zionist occupation governement.


4. A Ruby Ridge, Randy Weaver a perdu son fils Samuel Weaver (14 ans), abattu dans le dos, sa femme assassinée, désarmée, portant avec elle son bébé. Randy Weaver sera blessé, également dans le dos ; un ami de Samuel, Kevin Harris, est également blessé. L’affaire avait été montée de toute pièce par le FBI notamment ; l’État américain sera condamné. A Waco, le FBI organisa durant plusieurs semaines en 1993 siège d’une secte qui vivait en marge de la société puis l’assaut meurtrier. Au total, 86 personnes ont péri.


5. La WAR a été fondée dans les années 1980 par Tom Metzger. Le mouvement a connu une certaine notoriété, notamment en se servant de divers médiats (câble, télévisions régionales, participation à des débats télévisés). Le système a tenté de stopper ce combat après l’exécution d’un nigérian par des hommes se réclamant de l’East Side White Pride (Fierté Blanche de la Côte Est) : bien qu’il n’existait aucun lien formel entre les tueurs et l’organisation de Tom Metzger, lui, son fils et son mouvement furent condamnés à de très lourdes amendes (près de 100 millions de francs). Autre cas : en 1994, Richard Campos a été condamné pour une attaque à la bombe au nom d’un Front de libération aryenne ; il a écopé de 17 ans de prison.


6. Combat 18 (C18) est un groupe se revendiquant du national-socialisme (1=A pour Adolf et 8=H pour Hitler) ; il se présentait au départ comme la branche armée de la section britannique du mouvement Sang et Honneur (BH, Blood & Honour) puis divers groupes ou individus se revendiquèrent de C18 à travers le monde. Fondé en 1989 il serait responsable d’attaques contre les extrémistes de gauche ou les envahisseurs de la Grande-Bretagne. C’est moins le C18 original que les activistes isolés qui en est sont issus qui se rapprochent des concepts de résistance sans chef et loup solitaire. C’est surtout le cas du groupe Loups blancs (Whites Wolves), à qui est attribué un Guide pratique de la Révolution aryenne (Practical Guide to Aryan Revolution) qui aurait été écrit par David Myatt, qui a été responsable de trois attentats à la fin du XXe siècle. Ils visèrent : le 17 avril 1999 une colonie africaine (39 blessés), le 24 avril une colonie asiatique (6 blessés) et le 30 avril un lieu de dépravation pédérastique (3 morts, 74 blessés). Un homme a été arrêté pour ces attentats. David Copeland a affirmé avoir agi seul et c’est cette version qui a été retenue pour les enquêteurs. Il a été condamné par six fois à la prison à vie, bien que l’attentat eut été revendiqué par plusieurs groupes.


7. Ce n’est pas forcément le cas : les "éco-terroristes" de l’ELF (Earth Liberation Front – Front de libération de la terre) et de l’ALF (Animal Liberation Front – Front de libération des animaux) organisent ainsi un actif soutien aux prisonniers.

Publié dans : Doctrines politiques - Communauté : Vu de droite - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 24 novembre 2010 3 24 /11 /Nov /2010 14:14
- Par Alexandre Janois

      Le romantisme était imbu de « naturalisme ». Le « retour à la Nature » fut sa consigne. Il en vint à confondre la. nation avec ce qui est « natif ». Ce qui déterminait une nation, c'étaient les caractères ethniques, linguistiques, typographiques, climatologiques; à la limite, la communauté d'usages, de coutumes, de tradition, mais celle-ci étant comprise, à peu de chose prés, comme la somme des usages dans le temps, et non comme l'élan d'un processus historique, d'une position de départ vers un but sans doute inaccessible.

 

      Les nationalismes les plus dangereux par leur puissance de désintégration sont ceux qui ont compris la nation de cette manière. Si l'on accepte que la nation soit déterminée par le spontané, les nationalismes régionaux y gagnent une position inexpugnable. Il n'y a aucun doute que le spontané leur donne raison... Il est facile de ressentir le patriotisme local. Il y a dans tout cela comme un appel sensuel qui se perçoit jusque dans l'odeur du sol; un courant physique, primitif et éblouissant; quelque chose de semblable à l'ivresse et à la plénitude des plantes à l'époque de la fécondation. C'est à ce climat rustique et primaire que les nationalismes du type romantique doivent leur extrême fragilité.

 

      Rien n'irrite plus les hommes et les peuples que de se sentir entravés dans leurs impulsions élémentaires.

 

      Quand on blesse un de ces sentiments primaires installés au plus profond de la spontanéité d'un peuple, la réaction antagonique est inévitable, même de la part de ceux qui sont le moins envahis par l'esprit nationaliste. Il s'agit quasiment d'un phénomène biologique. Mais l'attitude de ceux qui se sont efforcés d'éveiller directement en face du sentiment patriotique, local, un simple sentiment patriotique unitaire, n'est pas beaucoup plus avisée. Sentiment pour sentiment, le plus simple est toujours le plus puissant. Si l'on descend sur le terrain des émotions perceptibles par une sensibilité presque végétale, ce sont les sensations les plus primitives qui sont le plus intenses. Comment faire revivre, alors, le patriotisme des grandes unités hétérogènes ? Rien moins qu'en révisant le concept de nation pour le reconstruire sur d'autres bases.

 

      Et là, ce que nous avons dit de la différence entre « individu » et « personne » peut nous servir de directive. De même que la personne est l'individu considéré en fonction de la société, la nation est le peuple considéré en fonction de l'universalité. Un peuple n'est pas une nation en vertu de couleurs ou de saveurs locales ou de particularités physiques quelles qu'elles soient, mais par le fait qu'il est « autre dans l'universel » c'est-à-dire, parce qu'il accepte un destin qui n'est pas celui des autres nations. Tout peuple ou tout groupement de peuples n'est donc pas une nation. Seuls le sont ceux qui accomplissent un destin historique différencié dans l'universel.

 

      De là vient qu'il est superflu de préciser si une nation possède les caractères d'unité géographique, de race ou de langue ; l'important est de déterminer si elle possède, dans l'universel, l'unité de destin historique.

 

      Les époques classiques ont compris cela avec leur clarté habituelle. C'est pour cela qu'elles n'ont jamais employé les mots « patrie » et « nation » dans le sens romantique, ni ancré leur patriotisme dans l'obscur amour de la terre. Elles préféraient, au contraire, les expressions comme « Empire » ou « service du Roi » c'est à dire, les expressions qui se référent à l'instrument historique. Le mot « Espagne », qui est, en lui-même, l'énoncé d'un dessein, aura toujours beaucoup plus de sens que l'expression « nation espagnole ». Et en Angleterre qui est probablement le pays du patriotisme le plus classique, non seulement le mot patrie n'existe pas, mais peu de gens peuvent séparer le mot « king » (roi), symbole de l'unité d'action dans l'Histoire, du mot « country » (pays), base territoriale de l'unité.

 

      Nous voici au terme de notre voyage. Seul le nationalisme de la nation ainsi comprise peut dominer l'effet de désagrégation des nationalismes locaux. Il faut reconnaitre tout ce que ceux-ci ont d'authentique, mais il faut susciter en face d'eux un mouvement énergique ayant comme aspiration le nationalisme missionnaire qui conçoit la Patrie comme une unité historique de destin.

 

 

José-Antonio Primo de Rivera, Essai sur le nationalisme, avril 1934.

Publié dans : Doctrines politiques - Communauté : Vu de droite - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 20 novembre 2010 6 20 /11 /Nov /2010 14:14
- Par Alexandre Janois

      Il y a 74 ans, José Antonio Primo de Rivera était exécuté à Alicante, après un procès expéditif durant lequel il avait émis le souhait que « que tous les peuples d'Espagne, aussi divers soient-ils, se sentent en harmonie dans une irrévocable union de destin » .

      José Antonio, l'une des plus grande figure du nationalisme, avait 33 ans.


      Nous reproduisons la suite du chapitre consacré à José Antonio dans le livre de Jacques Ploncard d'Assac, Doctrines du nationalisme. La première partie se trouve ici.




 

5

 

      Cette nécessaire et difficile révolution, qui donc la fera ? et com­ment ? Et qui la justifiera ?

      Le « qui » et le « comment » sont étroitement liés. José Antonio ne raisonne pas dans le vide, mais dans la situation concrète de l'Espagne de 1934.

      Il n'est pas partisan systématique de la violence. Il constate même qu'il est faux, historiquement, de considérer que la violence est « l'unique moyen » de faire triompher la révolution et il donne l'exemple de l'Allemagne où le national-socialisme s'est emparé légalement du pouvoir, par les élections, mais il ajoute aussitôt : « S’il n' y avait pas d'autre moyen que la violence qu'est-ce que cela ferait ? » Le libéralisme ne s'est-il pas imposé par la guillotine de 1793 qui a fait plus de victimes que la Marche sur Rome ? Et il invoque saint Thomas qui admet la révolte contre le tyran. On peut donc admettre la violence « contre une secte triomphante » néga­trice de la continuité nationale et qui obéit à des consignes étran­gères: Internationale d'Amsterdam, franc-maçonnerie, etc... (31).

 

 

      Dès le début de son action politique, au cours du procès des mi­nistres de la Dictature, défendant Gallo Ponte, José Antonio avait soutenu que l'unité de l'ordre juridique exige que l'on accepte comme fond originaire d'un nouveau droit l'événement qui a mis fin à l'ordre antérieur.

      Il est vain, disait-il, de rechercher « les antécédents généalogiques d'un système politique triomphant ; les systèmes politiques, comme les grands hommes, sont leurs propres ancêtres » (32).

      Plus tard, devant les Cortès, revenant sur cette idée, il disait :

 

« Ni la Dictature, ni la République. ni aucun fait révolutionnaire ne se justifient, ni ne se sont jamais justifiés par rapport à l'ordre juridique antérieur. Tout système politique qui existe dans le monde, sans aucune exception, est né d'une lutte ouverte avec l'ordre politique préexistant parce qu'une des choses qui ne sont pas inclues dans les facultés des ordres politiques est celle de tester » (33).

 

      Le triomphe de la Révolution est-il donc à lui-même sa propre justification morale ? Non, répond José Antonio, mais sa justification ne relève pas de l'ordre juridique :

 

« Le problème de la justice n'est pas un problème juridique, mais métaphysique. Les fondements absolus qui justifient le contenu d'une législation s'expliquent par des raisons éthiques, sociologiques, etc... situées hors du Droit ; Le Droit ne fait qu'étudier, avec une méthode logique, les normes » (34).

 

      C'est sur sa finalité qu'on devra donc juger la Révolution et les institutions qui en naîtront, et non par référence à l'ancien système qui est mort sans tester.



http://img513.imageshack.us/img513/5457/falange1alasarmasoo8.jpg

 

      Et maintenant, quel sera l'instrument de la révolution ? L'armée, répond José Antonio qui raisonne par rapport à l'Es­pagne, dans la conjoncture de 1934. Mais l'armée a-t-elle le droit de faire la révolution ? N'est-elle pas au-dessus de la politique, au service de l'État ?

      La dialectique de José Antonio est extrêmement serrée. Il recon­naît que l'armée, « sauvegardedu permanent », n'a pas à se mêler aux « luttes accidentelles ». Mais :

 

« quand c'est le permanent lui-même qui est en péril, quand est en danger la permanence même de la patrie – qui peut jusqu'à perdre son unité –, l'armée n'a pas d'autre solu­tion que délibérer et choisir. Si elle s'abstient par une interprétation purement externe de son devoir, elle s'expose à se trouver,du jour au lendemain, sans plus rien à servir. Devant les effondrements décisifs, l'armée ne peut servir le permanent que d'une manière : en le recouvrant de ses propres armes. Et il en a toujours été ainsi depuis que le monde est monde ; comme l'a dit Spengler, c'est toujours un peloton de soldats qui, à la dernière heure, a finalement sauvé la civilisation » (30).

 

      On retrouve les accents de Barrès : L'Appel au soldat, seule incarnation de la patrie lorsque tout s'effondre. Mais José Antonio voit au-delà de l'intervention militaire, ce qui se passera le lendemain de la victoire. Il fait ressortir qu'en cas de prise du pou Voir par l'armée, il y a deux périls : l'un provenant d'un excès d'humilité, l'autre d'un excès d'ambition.

      Humilité excessive serait celle d'une armée qui s'empresserait de déposer le pouvoir dans d'autres mains ce qui conduirait à deux erreurs possibles :

 

      1) « Le gouvernement des notables », c'est-à-dire de personnalités choisies en raison de leur éminence ou de leur réputation « sans tenir compte des principes politiques qu'elles professent ». Ce qui constituerait une erreur grave car « un État est davantage qu'un ensemble de techniques ou qu'une bonne gérance, c'est l'instrument historique d'exécution du destin d'un peuple. On ne peut conduire un peuple sans la claire conscience de ce destin ». Or, justement, ce qui constitue la politique, c'est « l'interprétation de ce destin » et les chemins qu'il doit prendre sont « les positions politiques ». L'équipe des notables (los ilustres senores) non animés d'une même foi poli­tique conduirait à une simple gérance, meilleure ou pire, appelée à languir, sans appui populaire autour d'elle.

      2) La seconde erreur serait celle d'un gouvernement de concen­tration, c'est-à-dire l'union de différents partis. Ce serait, en fait, revenir à la politique des partis.

 

      A ces deux erreurs possibles nées d'un excès d'humilité de l'armée s'oppose un autre danger né d'un possible excès d'ambition, « non d'ambition personnelle, mais d'ambition historique. »

      Il manque à l'armée la formation politique voulue et, là, José Antonio a l'exemple de son père. Il a porté sur lui un jugement politique affectueux, mais impartial : « N'oublions pas le cas du général Primo de Rivera, dit-il. Plein de patriotisme, de valeur et d'intelligence naturelle, il n'arriva pas à susciter des enthousiasmes durables faute d'une vision suggestive de l' Histoire. L'Union Patrio­tique manqua de substance doctrinale et tourna en généralités candides et bien intentionnées » (36).

      Au fond, ce que José Antonio demande à l'armée, c'est d'employer ses armes contre l'ennemi intérieur, comme elle le ferait contre l'ennemi extérieur, mais de laisser à la révolution le soin de pour­suivre son chemin politique. L'esprit de la révolution est dans la Falange, il demande l’appui du bras de l’armée pour résoudre une situation de force, mais l’esprit reste supérieur au bras dans l’ordre des finalités politiques.

 

 

6

 

      Mort sans tester, l'ancien régime fait place à un ordre nouveau. Un ordre, c'est toujours une définition des rapports de l'individu et de l'État. C'est la définition de ces rapports qui détermine la classification des régimes politiques.

      Pour José Antonio, l'individu est « une unité fondamentale » (87), il reconnaît que « la dignité humaine, l'intégrité de l'homme et sa liberté sont des valeurs éternelles et intangibles », mais, ajoute-t-il, « il n'existe de liberté que dans un ordre » (88).

      Cet ordre, peut-il être l'ordre libéral ? Non, car l'État libéral est « une manière de se moquer du destin » (89). Pour le libéral, « la loi – le droit –ne se justifie pas par sa fin, mais par son origine... le juste pour le libéralisme n'est pas une catégorie de la raison, mais un produit de la volonté... Il n'y a rien de juste en soi. » Aussi le libé­ralisme n'apporte-t-il pas la liberté, car « lorsque les principes changent avec les fluctuations de l'opinion, il n'y a de liberté que pour ceux qui sont d'accord avec la majorité. Les minorités sont des­tinées à souffrir et à se taire (40) ».

      On aboutit, en fait, à l'absolutisme démocratique. Et, comble de paradoxe, un État « pour lequel rien n'est vrai », érigeant comme seule vérité indiscutab1e cette « position de doute », crée « le dogme de l'antidogme », en vertu duquel les libéraux « sont prêts à se faire tuer pour soutenir qu'aucune idée ne vaut la peine que les hommes se fassent tuer pour elle » (41).

      Les rapports de l'individu et de l'État ne peuvent donc s'articuler raisonnablement dans le non-ordre libéral.

      L'erreur fondamentale du libéralisme. est d'avoir estimé qu'il existait une opposition obligatoire entre l'individu et l'État, déten­teurs de deux « souverainetés »antagoniques,·et qu'il importait de donner la prédominance à celle de l'individu sur celle de l’État, mieux : d'identifier l'État avec la volonté de l'individu.

 

      José-Antonio aborde le problème autrement. Il faut considérer, dit-il, le problème de l'individu en face de l’État :

 

« non comme une compétition de pouvoirs et de droits, mais comme un accomplissement de fins, de destins. La Patrie est une unité de destin dans l'universel et l'individu le porteur d'une mission particulière dans l'harmonie de l'État... L'idée de destin, justification de l'existence d'une cons­truction (État ou système) remplit l'époque la plus haute qu'ait connue l'Europe : le XIIIe siècle, le siècle de saint Thomas. Elle naquit dans l'esprit des moines. Les moines affrontèrent le pouvoir des rois et leur nièrent ce pouvoir tant qu'il n'était pas justifié par l'accomplissement d'une grande fin : le bien de tous les sujets. Une fois acceptée cette définition de l'être – porteur d'une mission, unité chargée d'un destin – fleurit la noble, grande et robuste conception de « service ». Si personne n'existe sinon comme exécuteur d'une tâche, on atteint précisé­ment la personnalité, l'unité et la liberté propre servant dans l'harmonie totale. Une ère d'infinie fécondité s'ouvre dès qu'on arrive à l'harmonie et à l'unité des êtres ! Personne ne se sent plus double, dispersé, contradictoire entre ce qu'il est réellement et ce qu'il représente dans la vie publique. L'individu intervient alors dans l'État comme celui qui accomplit une fonction et non par le moyen des partis poli­tiques, non comme le représentant d'une fausse souveraineté, mais comme possesseur d'un métier, comme chef de famille, comme membre d'une municipalité. Il est ainsi à la fois ouvrier laborieux et déposi­taire du pouvoir »(42).

 


      José Antonio dépasse donc l'antagonisme individu-État en introduisant les notions de service et de mission. L'État n'est plus qu'un « système de hiérarchies »(Mussolini) au service d'une mission.

      L'antagonisme a bien disparu : chaque individu a sa place dans le système des hiérarchies et y exerce sa part de souveraineté, dans sa fonction réelle, selon son destin.

      Le peuple et son Chef forment alors une Communauté, et Chateau­briand ne pourrait plus écrire : « Que faisait à l'esclave présent à la bataille d'Arbelles, la chute de Darius (43) ? » parce que la communauté tout entière se trouve engagée dans la réalisation de sa mission qui est le bien commun.

      C'est par le même raisonnement dialectique que José Antonio va résoudre le faux antagonisme des classes :

 

« La lutte des classes ignore l'unité de la patrie parce qu'elle rompt l'idée de la production nationale comme un tout ( ... ) Ni les ouvriers, ni les patrons ne se rendent compte de cette vérité : les uns et les autres sont coopérateurs dans l'œuvre d'ensemble de la production nationale. En ne pensant point dans la production nationale, mais dans l'intérêt ou l'ambition de chaque classe, patrons et ouvriers finissent par se détruire et se ruiner. »

 

      La critique joséantonienne s'adresse aussi bien au capitalisme qu'au marxisme. José Antonio a parlé de la nécessité de « démonter le capitalisme » (45). Démonter ne veut pas dire détruire. Il s'agit seule­ment de remettre, après, les pièces dans un « ordre nouveau ».

 

« Nous devons commencer par l'homme, et passer par ses unités organiques et ainsi nous monterons de l'homme à la famille, de la famille à la municipalité et au syndicat et nous terminerons dans l’État qui sera l'harmonie du tout. De telle manière que dans cette conception politico·historico-morale avec laquelle nous envisageons le monde, nous avons implicitement la solution écono­mique : nous démonterons l'appareil économique de la propriété capitaliste qui absorbe tous les bénéfices pour le remplacer par la propriété individuelle, familiale, communale et syndicale (46). »

 

 

7

 

      José ne croyait pas aux programmes détaillés, préétablis. Ce qu'il cherchait à définir, ce qu'il exigeait des phalangistes, c'est ce qu'il appelait« un sentiment permanent devant l'Histoire et la vie ». C'est ce sentiment, disait-il, qui nous donne les solutions devant les cas concrets, « comme l'amour nous dit quand nous devons bouder ou embrasser, sans qu'un véritable amour ait jamais établi le moindre programme de bouderies ou de baisers (47). »


http://img391.imageshack.us/img391/6393/falange3symboleokhb3.jpg


      L'idée fondamentale de la Falange, c'est l'unité essentielle de la nation rassemblant en un faisceau toutes ses énergies, à quelque classe de la société qu'elles appartiennent, pour réaliser le bien commun.

      Si l'on fixe bien cette idée de « faisceau », on a la synthèse même de la doctrine de José Antonio.

      Est-ce donc du fascisme ? A cette question il faut répondre par une autre question. Comment José Antonio a-t-il vu le fascisme ? Voici sa réponse :

 

« Le fascisme n'est pas une tactique – la violence –. C'est une idée, – l'unité – (48). »

 

      Voilà ce qu'il retient du fascisme : l'idée d'unité. Mais là s’arrête la coïncidence.

 

« La Falange possède avec le fascisme quelques coïncidences sur des points essentiels de valeur universelle ; mais elle se développe chaque jour. Avec des caractères particuliers et est ·sûre, précisément, de rencontrer dans cette direction ses possibilités les plus fécondes (49) »

 

      Si l'Allemagne et l'Italie se sont cherchées elles-mêmes dans leurs mouvements national-socialiste et fasciste, peut-on dire que l'Es­pagne les imite si elle se cherche elle-même à travers le phalangisme ?

      Non, car :

 

« ces pays ont fait retour à leur propre authenticité et en le faisant nous-mêmes, l' authenticité que nous rencontrerons sera la nôtre, et non celle de l' Allemagne ou de l’Italie. Ainsi, à faire ce qu'ont fait les Italiens. et les Allemands nous serons plus Espagnols que nous ne l'avons jamais été. (50) ».


      « Être plus Espagnols que nous ne l'avons jamais été. » Telle est bien la phrase qui convient pour résumer la doctrine de José Antonio et la vision qu'il a de l'Espagne future, et c'est très exactement du nationalisme au sens barrésien du mot.

 

      Si la rigueur doctrinale de José Antonio se prête à l'analyse, le sens poétique de sa conception de la Révolution est plus difficile à rendre. Nous avons déjà cité l'incantation, pourrait-on dire, à la garde phalangiste sous les étoiles, l'arme au bras. Il est dans l'œuvre de José Antonio d'autres images puissamment évocatrices, sortes de mythes poétiques qui ont certainement eu sur la jeunesse espa­gnole une prise plus directe que la rigueur du raisonnement.

      Ce sont d'abord les images du chant de la Falange, ce Cara al sol qui est né comme les chansons de geste médiévales sans qu'on en connaisse exactement l'auteur, sorte de création spontanée à laquelle on sait seulement que participèrent Augustin de Foxa, José Maria Alfaro et José Antonio lui-même :

 

Face au soleil, avec la chemise neuve

Que tu brodas de rouge hier,

La mort me trouvera si elle m'emporte,

Et que je ne te revois plus.

 

      José Antonio avait voulu un « chant de guerre et d'amour ». Il en avait défini les strophes qui devaient le composer. On y évoquerait la fiancée, le héros tombé,la foi en la victoire.

      La chemise brodée de rouge, c'est la chemise bleue des phalan­gistes, brodée des flèches rouges d'Isabelle de Castille, et la main qui a tenu l'aiguille, c'est celle de la fiancée.

 

      Et le chant poursuit :

 

Je serai à côté des camarades

Qui montent la garde sous les étoiles,

L'attitude impassible,

Et qui sont présents dans notre effort.

Si on te dit que je suis tombé,

C'est que je m'en serai allé

Au poste qui m'attend dans l'au-delà.

 

      On retrouve ici l'inspiration de la péroraison du discours de la Comédie qui évoquait déjà la « garde sous les étoiles ».

      Et maintenant le chant s'achève sur le salut à la victoire :

 

Ils reviendront victorieux, les drapeaux,

Au pas allègre de la paix,

Et cinq roses seront attachées

Aux flèches de mon faisceau.

Il rira de nouveau, le printemps

Que les cieux, la terre, la mer espèrent.

Debout légions, courez à la victoire.

Une aube nouvelle se lève sur l'Espagne.

 

      Mais la page la plus belle de José Antonio, celle qui porte le plus de profondeur, dans laquelle il y a comme une sorte de mystérieuse consigne et une prémonition aussi, fut prononcée en mai 1935 et si là grandiose simplicité de ces deux noms : José Antonio n'avait suffi sur la dalle de l'Escorial, c'est cette page qui devrait y figurer :

 

 

« Nous autres, sans ressources, avec notre pauvreté et nos difficultés, nous allons, recueillant ce qu'il y a de fécond et d'utilisable dans notre Espagne. Et nous voulons que perdure cette difficulté jusqu'à la fin et après la fin ; que la vie nous soit difficile avant le triomphe et après le triomphe. Il y a quelques jours j'évoquais dans un petit cercle un vers romantique qui dit : « Je ne veux pas le Paradis, mais le repos. » C'est un vers romantique plein de sensualité; c'est un blasphème, mais un blasphème qui repose sur une antithèse juste ; c'est certain ; le Paradis n'est pas le repos. Le Paradis est contre le repos. Au Paradis on ne peut pas être couché. On est debout comme les anges. Nous qui avons déjà conduit sur le chemin du Paradis les vies de nos meilleurs, nous voulons un Paradis difficile, dressé, implacable; un Paradis où l'on ne se repose jamais et qui ait dans l’embrasure des portes des anges avec des épées (51). »

 



http://img233.imageshack.us/img233/6412/copiedealegoriadelafalaqi7.jpg



31. José Antonio, Textos de Doctrina politica, p. 50.
32. Ibid., p. 19.
33.
Ibid., p. 240.
34.
Ibid., p. 697.
35.  Ibid., p. 317.
36. 
Ibid., p. 319.
37. Ibid., p. 336.
38. Ibid., p. 421.
39. Ibid., p. 37.
40. Ibid., p. 38.
41. Ibid., p. 44.
42. Ibid., p. 471.
43. Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe,  t. IV, p. 2
44. José Antonio, Textos de Doctrina politica, p. 87.
45. Ibid., p. 870.
46. Ibid., p. 559.
47. Ibid., p. 66.
48. Ibid., p. 43.
49. Ibid., p. 391.
50. Ibid., p. 194.
51. Ibid., p. 566.

 

Publié dans : Doctrines politiques - Communauté : Vu de droite - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 19 novembre 2010 5 19 /11 /Nov /2010 16:16
- Par Alexandre Janois

Chapitre consacré à celui qui est le véritable fondateur du nationalisme moderne dans Doctrines du nationalisme de Jacques Ploncard d'Assac. Nous retrouvons dans son oeuvre les raisons qui expliquent la nécessité de défendre son identité, la dénonciation du système financier et ouvrait la voie à un nationalisme déjà social et qui n'avait pas attendu pour être radical.





 

La formule nationaliste est née presque entière de lui ; et Daudet, Barrès, nous tous, avons commencé noter ouvrage sur sa lumière.

 

Charles Maurras; L’Action française, 6 février 1937.

 

 



      Sur la fin du XXe siècle, les institutions démocratiques commen­cèrent, un peu partout en Europe, à entrer en décadence. En trente ans, les souverains de la Sainte Alliance avaient abandonné le pou­voir aux Assemblées, en trente autres années les puissances occultes et financières s'emparèrent des Assemblées.

      En France les idées de 1789 avaient déroulé leurs conséquences néfastes plus vite que dans le reste de l'Europe. Il était donc dans l’ordre des choses que la réaction s'y manifestât plus tôt qu'ailleurs.

      Mais il fallait d'abord que le pays prît conscience des périls qui le menaçaient dans l'ordre intellectuel, dans l'ordre économique et dans l'ordre politique.

 

« Quelquefois, les peuples s'éteignent dans une agonie insensible, qu'ils aiment comme un repos doux et agréable; quelquefois ils périssent au milieu des fêtes, en chantant des hymnes de victoire et en s'appelant immortels. »

 

dit Lacordaire.

      Or, la France au lieu « de rentrer en elle-même, d'essayer de guérir puisque Dieu, dit l'Écriture, a fait les nations guérissables », semblait pouvoir « finir dans l'apothéose théâtrale ».

      Tel était le jugement d'Édouard Drumont (1) qui, en cinq gros volumes intitulés Études psychologiques et sociales (2) bourrés de faits et de passion, allait dresser le bilan de la IIIe République à la fin du XIXesiècle et susciter un puissant courant d'opinion d'où sortirait le Nationalisme.

      L'intensité du mouvement provoqué par Édouard Drumont fut considérable. Tout entière axée sur un sursaut passionnel devant ce qu'il a appelé lui-même « la fin d'un monde », son action devait affecter en partie, pour des raisons historiques qui n'entrent pas dans le cadre de cette étude, la forme d'un mouvement antisémite, spontané et populaire. Mais derrière sa façade antisémite, la réaction que provoque l'auteur de la France Juive, en 1886, visait plus loin que la dénonciation de quelques banquiers internationaux juifs, et non juifs aussi d'ailleurs. En réalité, ce que Drumont avait observé, c'étaient les premiers symptômes de la malfaisance du libéralisme économique dans le sein d'une démocratie libérale.

      Dans une société politique inorganique, une économie inorganique engendrait tous les excès du capitalisme de spéculation et boule­versait profondément la société traditionnelle.

 

 

      Édouard Drumont se fit l'historien de cette « fin d'un monde ».

      Il le fit sans grand espoir, avec un pessimisme foncier, mais en apportant une méthode juste qui, à travers Barrès, Bourget et Maurras prendra sa forme définitive sous le nom d’« empirisme organisateur ».

      Drumont avait fait observer que « la Mort est un aussi grand débat que la Vie. L'Agonie est un combat comme la Naissance. La décomposition de l'être est aussi compliquée que sa formation et il faut envisager la terminaison de l’existence comme un tableau aussi coloré, aussi complexe, aussi varié, aussi mouvementé que l'existence elle­-même ».

      Et il en tirait cette conclusion :

 

« Pour savoir bien quelles conditions sont nécessaires pour que vive une Patrie, il faut regarder attentivement comment meurt un monde qui a formé peu à peu dans cette Patrie comme une agglomération de bacilles. Pour bien connaître les nécessités primordiales de l'être, il faut apprendre comment on arrive au non-être et demander à ce qui expire "ce secret de la vie" que saint Antoine, selon l'expression de Flaubert, "tâchait de surprendre, à la lueur des flambeaux sur la face des morts" ».

 

Plus tard, Barrès, Bourget surtout et Maurras mettront en termes, scientifiques cette analogie du corps social et du corps humain. Ils en tireront cette notion essentielle de la doctrine nationaliste : que la société est soumise non à la fantaisie de ses volontés, mais à des lois qu'il ne s'agit pas d'inventer, mais de découvrir.

L'essentiel de cette théorie est déjà tout entier dans Drumont :

 

« Rien n'est instructif comme de rechercher l'origine pre­mière des maladies qui lentement, mais sûrement, usent, dégradent et ruinent peu à peu l'organisme. Le terme de mort subite, en 'effet, ne peut rien dire et l'on ignore trop les élaborations énormes qu'il faut pour faire ce qu'on appelle une catastrophe soudaine. La désagrégation s'opère progressivement, mais sans hâte et dans la société, confédé­ration de tissus, les débuts du mal sont toujours lointains, Ignorés et obscurs. On tombe par où l'on penche, voilà la loi ; c'est un rien d'abord, une perturbation presque insensible, un grain de sable dans l'engre­nage puis le désordre partiel, puis les ressorts brisés et l'arrêt définitif...

« Lecadavre social est naturellement plus récalcitrant et moins aisé à enterrer que le cadavre humain. Le cadavre humain va pourrir seul au ventre du cercueil, image régressive de la gestation ; le cadavre social continue à marcher sans qu'on s'aperçoive qu'il est cadavre, jusqu'au jour où le plus léger heurt brise cette survivance factice et montre la cendre au lieu du sang. L'union des hommes crée le men­songe et l'entretient : une société peut cacher longtemps ses lésions mortelles, masquer son agonie, faire croire qu'elle est vivante encore alors qu'elle est morte déjà et qu'il ne reste plus qu'à l'inhumer ». (3)

 

      Chercher ce qui fait « pencher » la société française en ces der­nières années du XIXesiècle, tel fut l'objet de la recherche de Dru­mont. Il en trouvera la raison dans ce qu'il appellera « le faux chemin pris en 1789, un chemin au bout duquel on croyait trouver Salente et dans lequel on s'est obstiné, après n'y avoir rencontré que des désillusions, des catastrophes et des doutes » (4).

      Au « moi », à l'individualisme, il oppose les lois de l'hérédité :

 

« Un être n'est pas si simple qu'on le croirait : c'est un ensemble ; il se compose de traditions qui le rattachent à ceux qui ont vécu avant lui, de sentiments qui l'attachent aux gens qui sont du même pays que lui. Dès qu'il est dépouillé de tout cela, qu'il s'est mis hors de sa religion, hors de sa race, hors de sa patrie, il n'a plus de rapports, plus de racines, plus de place à lui dans l'organisation sociale » (5).

 

      Ce sont à peu près les termes dont se servira Barrès : « les déra­cinés », « la Terre et les Morts », Édouard Drumont mourut le 5 février 1917, en pleine guerre, à demi oublié, à demi aveugle, pauvre, probablement plus misan­thrope que jamais...

      Il avait publié six gros volumes d'études sociales et psychologiques et dirigé un quotidien: La Libre Parole. Il avait été député, exilé, emprisonné. Il avait été la figure centrale de l'Affaire Dreyfus. Il avait agité tout le petit peuple d'ouvriers, de curés de village, de petits actionnaires ruinés, d'officiers, de nobles de province restés fidèles à la terre. Il avait aidé à exprimer la révolte spontanée de ce petit peuple qui constitue le fond même des nations et où le nationalisme, dans tous les pays, ira recruter le meilleur de ses militants. C'est lui encore qui employa le premier dans son journal La Libre Parole, en 1892, l' expression national-socialisme et dans son œuvre se dessine déjà cette synthèse du national et du social qui va être la grande caractéristique des révolutions nationales du XXe siècle. Il avait fort bien distingué que la Bourgeoisie jacobine de 1793 en détruisant les Corporations avait « mis ceux qui n'allaient rien à la merci de ceux qui allaient quelque chose ».

      Il fut le photographe de la « fin d'un monde ». Il vint avec son appareil se placer au bon endroit sans souci de déranger les gens. Il choisit bien son éclairage, ne se trompa jamais sur le personnage à qui donner le gros plan.

      Il avait d'ailleurs une tête de photographe avec ses longs cheveux et ses petits yeux de myope derrière ses lunettes.

 

http://img163.imageshack.us/img163/5504/edouarddrumont2.jpg


1. La Fin d'un Monde, p. 111.
2. La France juive, La Fin d'un Monde, La Dernière Bataille, Le Testament d'un Antisémite, Sur le Chemin de la Vie, etc.
3. La Fin d'un Monde, p. 11.
4. Ibid. p. 259.
5. La Dernière Bataille, p. 142.

Publié dans : Doctrines politiques - Communauté : Vu de droite - Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Samedi 6 novembre 2010 6 06 /11 /Nov /2010 08:14
- Par Alexandre Janois

Voici la première partie du chapitre consacré à José Antonio Primo de Rivera dans le livre de référence de Jacques Ploncard d'Assac, Doctrines du nationalisme.




 

Nous voulons un Paradis difficile, dressé, implacable. Un Paradis où l'on ne se repose jamais, et qui ait dans l'embrasure des portes des anges avec des épées.

 

José Antonio, 19 mai 1935.



 

 

 

1

 

      José Antonio Primo de Rivera a dominé de très haut le groupe des novateurs de la Révolution nationale espagnole. La Providence lui a fait la grâce de mourir jeune, martyr de ses idées. Il n'est pas un de ceux qui ont connu le fondateur de la Falange qui puisse l'imaginer grisonnant et une ardeur éteinte dans le regard. José Antonio, c'est d'abord une idée incarnée dans une jeunesse . Il s'est en quelque sorte dépersonnalisé. Il est resté de lui « ce nom d'empe­reur romain » gravé sur la dalle nue de sa tombe à l'Escorial et un millier de pages de doctrine et de combat.

      C'est assez pour enflammer les imaginations, émouvoir les cœurs et conquérir les esprits, indéfiniment.

 

      Vers 1920, fils aîné d'un officier général, Grand d'Espagne, étu­diant en droit, doué d'une prestance personnelle incontestable, possédant une tête « extrêmement ordonnée, dans laquelle toute chose tombait couverte ou incluse dans un système » (1), il doit normalement devenir un grand magistrat ou un maître du barreau. Sa vie paraît admirablement tracée et pourtant l'aventure est à deux pas qui entraînera le père et le fils dans une même tourmente en deux phases.

      On connaît l'histoire : le général appelé le 13 septembre 1923 par le roi Alphonse XIII qui lui confie la dictature, comme venait de le faire Victor-Emmanuel III d'Italie avec Mussolini. Ainsi les dynasties fatiguées cherchent des tribuns ou des soldats pour étayer les trônes menacés. Mais bientôt elles s'effraient de leur audace, écartent le bras qui les soutenait et s'effondrent sans gloire.

      Le 13 septembre 1923, au soir, José Antonio, soldat aux dragons de Santiago, à Barcelone, fait cadeau à ses camarades d'une guitare pour qu'ils puissent chanter allégrement « les espérances de la Patrie renaissante » (2).

      Le 22 janvier 1930, abandonné par le Roi, le général-dictateur part pour l'exil, victime de son libéralisme, sans avoir jamais songé à s'attaquer aux causes profondes du mal espagnol. Deux mois après, il meurt à Paris, rue du Bac, dans un modeste hôtel.


« Cet homme qui, s'il était fort comme un grand soldat, était sensible comme un enfant... un matin, à Paris, avec les journaux d'Espagne à la main, inclina la tête... et nous quitta pour toujours. » (3)

 

 

      C'est une des caractéristiques de la mentalité démocratique que de chercher à salir et à rabaisser ses adversaires. On dirait qu'elle a profondément assimilé l'horrible conseil de Voltaire : « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. »

      Et la calomnie s'abat sur la mémoire du général, sur son œuvre, sur ses anciens collaborateurs.

      Sans le savoir, par sa haine imbécile, la démocratie marquait le point exact de sa chute. Si José Antonio n'avait pas eu à défendre la mémoire de son père, il ne se fût point certainement lancé dans la politique et le cours des choses eût été autre.

      Ses frères et lui commencèrent par distribuer des paires de gifles aux calomniateurs qu'il leur arrivait de rencontrer ; ce n'est qu'en 1931, après la chute d'Alphonse XIII que José Antonio décide de poser sa candidature aux Cortès (A). Encore limite-t-il son ambition à relever les attaques de la République triomphante contre l'œuvre de son père.


« Je ne me présente pas aux élections, dira-t-il dans l'A.B.C. (B), par goût de la politique qui m'attire de moins en moins. Parce qu'elle ne m'attirai pas, j'ai passé les six ans de la dictature sans me montrer dans un ministère, sans agir en public d'aucune façon. Dieu sait que ma vocation est au milieu de mes livres ; me séparer d'eux pour me lancer dans le vertige violent de la politique me cause une véritable douleur. Mais je serais lâche et insensible si je dormais tranquille tandis qu'aux Cortès, devant le peuple, on continue à lancer des accu­sations contre la mémoire sacrée de mon père. »


      C'est le même homme qui, quatre ans plus tard, me dira dans son salon de la calle Serrano : « Monsieur, la Falange, c'est une Révo­lution ! » (4)

      Que s'est-il donc passé ?

      José Antonio, telle qu'il la conçoit, avec l'application qu'il mettait en tout, a reconnu que la politique était une chose sérieuse. L'amour filial peut arracher de beaux cris d'indignation, mais l'Espagne n'a pas besoin de discours, l'Espagne a besoin de quelqu'un qui vienne lui dire la cause de ses maux et lui indique le remède.

      L'Europe vit d'ailleurs un prodigieux moment d'activité poli­tique. Voilà dix ans que Mussolini forge dans la réalité quotidienne la doctrine fasciste, et ses œuvres, qu'on réunit en volume, cons­tituent le premier livre doctrinal du fascisme. Le Mein Kampf d'Hitler commence à courir le monde. Rosenberg, Farinacci, Mala­parte et, à gauche, Lénine, Trotsky apportent de nouvelles théories de l'État et une commune critique de la démocratie libérale.

      Tous ces ouvrages sont sur la table de travail de José Antonio comme, à la même époque, ils furent sur la table de bien des jeunes gens un peu partout. José Antonio lit aussi les traditionalistes espagnols. Balmès, Donoso Cortès, Meneildez y Pelayo et Vasquez Molla.

      II étudie les théories politiques comme il étudierait un dossier.

      Parce qu'il a l'esprit prodigieusement clair, il écarte le sophisme d'instinct et, au fond, toute l'orientation politique de José Antonio va provenir de sa rencontre avec le grand sophiste du XVIIIe siècle; Jean-Jacques Rousseau. La racine, l'élément vital, essentiel, du falangismo, c'est,la critique « joséantonienne » de Rousseau. Enlevez tout le reste, laissez seulement cela. A partir de cette critique, vous reconstruirez tout l'édifice falangiste tel que José Antonio, en quatre ans, l'a construit.

 

 

      C'est le 29 octobre 1933 qu'il prononce le discours de fondation de la Falange au théâtre de la Comédie à Madrid et ses premières paroles sont celles-ci :


« Quand en mars 1762 un homme néfaste appelé Jean-Jacques Rousseau publia le Contrat social, la vérité politique cessa d'être une entité permanente. Auparavant, en d'autres époques plus profondes, les États qui étaient exécuteurs de missions historiques, avaient inscrit sur leurs fronts et aussi sur les astres, la justice et la vérité. Jean-­Jacques Rousseau vint nous dire que la justice et la vérité n'étaient pas des catégories permanentes de la raison, mais, à, chaque instant, des décisions de la volonté.

Jean-Jacques Rousseau supposait que l'ensemble des êtres vivants en un peuple ont une âme supérieure, d'une hiérarchie différente de chacune de nos âmes et que ce moi supérieur était doté d'une volonté infaillible, capable de définir, à chaque instant, le juste et l'injuste, le bien et le mal. Et comme cette volonté collective, cette volonté souveraine, s'exprime seulement par le moyen du suffrage – conception de la majorité qui triomphe sur celle de la minorité en devinant la volonté supérieure – il en résultait que le suffrage, cette farce de petits papiers jetés dans une urne de verre, avait la vertu de nous dire à chaque instant si Dieu existait ou non, si la vérité était la vérité ou n'était pas la vérité, si la Patrie devait demeurer ou s'il était préférable, à un moment donné, qu'elle se suicide. »



http://img125.imageshack.us/img125/8509/josantonio01zw4.jpg

     
L'État libéral a été le serviteur de·cette doctrine. Pour lui la seule chose qui importait c'était que les élections « aient commencé à huit heures et fini à quatre ». Il n'y avait plus qu'à respecter ce qui était sorti des urnes « comme si rien ne l'intéressait ».

      Ce système « est le plus ruineux système de destruction d'énergies ».

      Il entraîne « la perte de l'unité spirituelle des peuples » et engendre « l'esclavage économique ». Il promit la liberté aux travailleurs, mais laissa les riches libres d'offrir les conditions qui leur plaisaient et c'est ainsi, de la nécessité d'autodéfense de la classe ouvrière que naquit le socialisme et sa naissance « fut justifiée », car il fut une « réaction légitime contre l'esclavage libéral ». Il dérailla cependant pour trois raisons : parce qu'il adopta « l'interprétation matérialiste de la vie et de l' Histoire » ; parce qu'il agit dans un sentiment de « représailles » ; parce qu'il proclama le « dogme de la lutte des classes ». Né comme « une critique juste du libéralisme économique, il nous amena, par un autre chemin, les mêmes résultats que le libéralisme économique : la désagrégation, la haine, la séparation, l'oubli de tout lien de fraternité et de solidarité entre les hommes » (5).

      Tel est l'essentiel de la critique joséantonienne. Nous verrons comment il la développa, sans jamais s'écarter de sa répudiation essentielle du rousseauisme.

 

 

2

 

      Dans son discours du théâtre de la Comédie, José Antonio tire déjà les premières conclusions de sa répudiation du sophiste de Genève :


« Les Partis doivent disparaître. Personne n’est jamais né membred'un parti politique ; par contre, nous sommes nés membres d'une famille; nous sommes tous voisins dans une municipalité ; nous pei­nons tous dans l'exercice d'un travail. Or, si ce sont là nos unités naturelles, si la famille, la municipalité et la. corporation sont les cadres dans lesquels nous vivons, pourquoi aurions-nous besoin de l'instrument intermédiaire et pernicieux des partis qui, pour nous unir en des groupements artificiels, commencent par nous désunir dans nos réalités authentiques ? » (6)


      La Falange ne sera pas seulement « une manière de penser », mais « une manière d'être ». Elle aura conscience du « sens ascétique et militaire de la vie ». Elle marchera « allégrement, poétiquement » parce que « seuls les poètes ont entraîné les peuples ». Mais les falan­gistas seront des poètes rudes, ils utiliseront la dialectique « comme premier instrument de communication », mais ils auront toujours présent à l'esprit qu'il n'y a « pas d'autre dialectique possible que celle des poings et des pistolets quand on s'attaque à la justice ou à la Patrie ».

      Et ce discours qui était un discours de candidature aux Cortès finit par cette phrase ironique : « Je crois que je suis candidat, oui, mais je le suis sans foi ni respect. » C'est que la place des falangistas est « à l'air libre, dans la nuit claire, l'arme au bras, avec au-dessus d'eux les étoiles », en train d'attendre l'aube nouvelle.

 

      La plus grande partie de l'œuvre de José Antonio Primo de Rivera est composée de discours. Ce qui caractérise son style, c'est un mé­lange d'extrême rigueur, de raisonnement et de poésie. On part en pleine dialectique et on monte dans les étoiles, on rencontre des archanges. L'imagination reçoit autant que la raison. Il n'y a aucun apprêt dans cette manière de s'exprimer. En Espagne, la poésie est un moyen d'expression presque aussi habituel que la prose et – oserai-je le dire ? – peut-être plus accessible que le raisonnement.

      Donc, le 29 octobre 1933, José Antonio Primo de Rivera s'est adressé à l'Espagne. Mais qu'est-ce que l'Espagne ?

 

      Un des apports, peut-être le plus important, de José Antonio au grand mouvement d'idées de cette première moitié du XXe siècle, c'est sa définition de l'idée de Patrie.

      Qu'est-ce donc que la Nation pour José Antonio ?

      Ce n'est pas seulement « l'attraction de la terre où nous sommes nés », ni « l'émotion directe et sentimentale que nous sentons à l'ap­proche de notre terroir », mais, dit-il une première fois aux Cortès, en 1934, « une unité dans l'universel » (7). Il complètera plus tard sa pensée sous cette forme définitive : « Une unité de destin dans l'uni­versel » (8).

 

      Si José Antonio a tellement insisté sur la définition de la Nation, c'est que c'était, en Espagne, à ce moment-là, une notion contro­versée.


« Aucun air ne nous paraît si pur que celui de notre terre, écrit-il dans une très belle page, aucune motte de gazon plus tendre que la sienne ; aucune musique comparable à celle de ses ruisseaux... Mais ... n'y a-t-il pas dans cette succion de ta terre, une sensualité empoisonnée ? »

« Elle a quelque chose d'un fluide physique, quasi de qualité végé­tale, comme si de subtiles racines nous prenaient à la terre. C'est la sorte d'amour qui invite à se dissoudre, à s'amollir, à pleurer. Celui qui se dissout en mélancolie quand pleure la gaita (le hautbois).

« Amour qui s'abrite et se replie chaque fois jusqu'à la plus secrète intimité de la région à la vallée natale ; de la vallée à l'étang où se reflète la maison ancestrale ; de l'étang à la maison ; de la maison au recoin des souvenirs...

« Tout cela est très doux, comme un vin doux. Mais il s'y cache, comme dans le vin, douce ivresse et indolence. Pouvons-nous appeler patriotisme une telle manière d'aimer ? Si le patriotisme était cette tendance affective, il ne serait pas le meilleur des amours humains. Les hommes le céderaient en patriotisme aux plantes qui le dépassent en attachement à la terre. »

Le Patriotisme doit se fixer « non dans le sensible, mais dans l'in­tellectuel », car « ce qui est sensuel dure peu ». « Ainsi, nous ne voyons pas dans la patrie le ruisseau et le gazon, la chanson et la gaita ; nous y voyons un destin, une entreprise. La patrie est ce qui, dans le monde, configure une entreprise collective. Sans entreprise, il n'y a pas de patrie ; sans la présence de la foi en un destin commun, tout se dissout en provinces natales, en saveurs et couleurs locales ». (9)

 

      Aucun doute ne reste permis. Le nationalisme que José Antonio condamne, c'est le régionalisme à tendances séparatistes, le « coin aux souvenirs » qui s'hypertrophie au détriment de la nation vraie qui est la terre et les hommes qui ont eu et ont un destin commun.

      C'est qu'il faut les trois éléments pour constituer une nation.

      Elle n’est pas « une réalité géographique, ni ethnique, ni linguis­tique ; elle est essentiellement une unité historique. Un agrégat d'hommes sur un morceau de terre n'est une nation que si elle l'est en fonction de l'universalité, si elle accomplit un destin propre dans l'Histoire ; un destin qui n'est pas celui des autres. Ce sont toujours les autres qui nous disent que nous sommes un. Dans la coexistence des hommes, je suis celui qui n'est aucun des autres. Dans la coexistence universelle, chaque nation est ce que ne sont pas les autres. C'est pourquoi les nations se déterminent de l'extérieur, on les reconnaît par les contours dans lesquels elles accomplissent un destin universel, personnel, différent ». (10)

      Et José Antonio avertit les séparatistes que s'ils se détachent de l'entité Espagne, ils ne seront pas des nations pour autant, mais « des peuples sans destin dans l'Histoire » (11).

      Il croit profondément que « la vie de tous les peuples est une lutte tragique entre le spontané et l'historique ». Vienne l'époque de la déca­dence du « sens de la mission universelle », et voilà les séparatismes qui refleurissent ; « les gens reviennent à leur sol, à leur terre, à leur musique, à leur patois », et c'en est fini de l’« Espagne des grandes époques » (12).

      L'unité de l'Espagne allait peut-être se rompre à l'époque de José Antonio. Et cette menace remettait en cause la notion même de l'Espagne. Était-elle une association de provinces, répudiable avec ou sans préavis ? Ou constituait-elle un fait historique irrévocable ?

      « L'Espagne est irrévocable », répond José Antonio. On pourra discuter au sujet de choses secondaires, mais « sur l'essence même de l'Espagne il n'y a rien à décider ». Pourquoi ? Mais « parce que l'Espagne n'est pas à nous ». « Les nations ne sont pas des contrats répudiables par la volonté de ceux qui les ont conclus : elles sont des fondations avec une substantialité. propre et ne dépendent ni de la volonté de quelques-uns, ni de beaucoup ». (13).

 

 

3

 

      José-Antonio Primo de Rivera n’a pas écrit de livre. Il a parlé, il a plaidé, mais le seul essai qu’il ait composé, c’est précisément un Essai sur le nationalisme. C’est dire l’importance qu’il attachait à la définition de l'idée nationale. Or, dès les premières pages, avec qui le trouvons-nous aux prises ? Avec Jean-Jacques Rousseau. Il montre comment « la thèse romantique des nationalités » est née de « la foi en la bonté naturelle de l'homme » prêchée par Rousseau : « De même que la société était une chaîne d'individus libres et bons, les architectures historiques étaient l'oppression des peuples spontanés et libres. Il importait donc de libérer les peuples comme les individus. »

      Or, le danger de cette thèse romantique était de conduire à la « déqualification », c'est-à-dire « à la suppression de tout ce qui avait été ajouté par l'effort (Droit et Histoire) aux entités primaires, indi­vidu et peuple. Le Droit avait transformé l'individu en personne ; l’Histoire avait transformé le peuple en polis, en régime d’État ».

      De même que « la véritable unité juridique est la personne, c'est-­à-dire l'individu considéré non dans sa qualité vitale, mais comme porteur actif ou passif des relations sociales que le Droit règle », de même « le peuple dans sa forme spontanée n'est rien d'autre que le substratum de la société politique. Il convient déjà d'user pour se comprendre du mot nation qui veut dire justement : la société politique capable de trouver dans l'État sa machine opérante. » Et l'Essai rejette les nationalismes qui ont conçu la nation « sans référence à un pro­cessus historique » comme déterminée par le seul «« spontané » et José Antonio revient à son image de la « sensualité » d’une telle concep­tion. Il y voit « un appel sensuel, qui se perçoit jusque dans l'odeur du sol : un courant physique, primitif, et éblouissant, semblable à l'ivresse et à la plénitude des plantes à l'époque de la fécondation ».

      Il s'interroge alors : « Comment donc revivifier le patriotisme dans les grandes unités hétérogènes ? »

      Il revient à la différence qu'il a soulignée entre individu et per­sonne. De même, écrit-il, que la personne est l'individu considéré en fonction de société, la nation est le peuple considéré en fonction d'universalité.

« La personne – et nous arrivons au centre même de la conception joséantonienne de la Nation – n’existe pas en tant que blonde ou brune, grande ou petite, parlant cette langue ou telle autre, mais en tant que porteuse de telles ou telles relations sociales déterminées. On n'est personne que dans la mesure où l'on est autre ; c'est-à-dire : un en face des autres, possible créancier du débiteur vis-à-vis des autres, titulaire de positions qui ne sont pas celles des autres. La per­sonnalité ne se détermine donc pas du dedans, mais du dehors comme porteuse de relations. De la même manière, un peuple n'est pas une nation par aucune sorte de justifications physiques, couleurs ou particularités locales, mais pour être autre dans l'universel ; c'est-à-dire pour posséder un destin qui n'est pas celui des autres nations. Ainsi, tout peuple, ou tout agrégat de peuples, n'est pas une nation, mais seulement ceux qui accomplissent un destin historique différencié dans l'universel. Il est donc superflu de savoir si une nation correspond à une unité géographique, raciale ou linguistique ; l'important est d'établir s'il existe pour elle, dans l'universel, une unité de destin historique. »

      Et il se réfère à l'Histoire : les « temps classiques » ont parfaitement eu conscience de cela, c'est pourquoi ils emploient, de préférence à « patrie » ou « nation », les expressions « Empire » ou « service du roi », « c'est-à-dire des expressions allusives à l'instrument historique ». Le mot « Espagne » est « par lui-même l'énoncé d'une entreprise ».

 

 

      L'Essai arrive maintenant à sa conclusion. C'est l'exposé de la lutte entre « le spontané et le difficile », et il conseille de « donner pour support au patriotisme non l'affectif, mais l'intellectuel » et de faire du patriotisme « une vérité aussi indiscutable que les vérités mathématiques ». L’Essai s'achève sur ces mots : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas, mais l'intelligence a aussi sa manière d'aimer comme parfois ne sait pas le faire le cœur » (14).

      José Antonio d'ailleurs ne voit pas d'objection à la « diversité législative » suivant les provinces, mais il exige qu'elle soit « bien assise sur la base sans équivoque de la conscience de l'unité de destin » (15).

 

 

      De cette conception de la nation comme un peuple et un destin vont sortir des conséquences importantes pour la conception de l’État. Structure de la Nation, il ne saurait être considéré comme « l'exécuteur de la simple volonté populaire », mais comme celui du « destin du peuple » (16).

      Ce « destin du peuple », c'est « l'idéal héréditaire » dont parlait Barrès (17). Une nation qui en a perdu le sens, cesse de persévérer dans son « existence propre ». Ce destin, cet idéal sont donc au-dessus de la volonté des individus composant la nation à un moment déterminé de son histoire et c'est en référence à ce destin et à cet idéal que doit s'ordonner l'État.

      Cette notion, il se peut que la nation l'ait perdue ou qu'elle se soit plus ou moins obscurcie. L'important, c'est qu'elle ait « subsisté dans un certain nombre de cerveaux » (18). Ce sont eux, alors, qui représentent vraiment la nation à ces moments d'éclipse du sens national.

      C'est que l'homme a reçu sa nation – donc sa tâche, sa mission – dès l'instant de sa naissance. Il l'a reçue comme « un héritage et une grâce de la nature et de Dieu » (19). « Dieu nous a fait fils d'un certain peuple » (20) comme il nous a donné des grâces en plus ou moins grandi nombre que nous devons utiliser pour l'accomplissement de notre destin éternel et dans l'économie générale de ce monde.

      D'où l'extrême importance de l'État, car c'est lui qui, agissant dans l'Histoire, est le réalisateur du destin du peuple. On pourrait dire avec Gentile ( 21) que c'est lui qui fait la nationalité dans le sens où la vie étant lutte, le simple maintien de la nation consiste à la « faire » chaque jour contre tout ce qui tend à la défaire.

      C’est, en définitive, une longue nécessité historique réalisée par l'État qui crée la nation et détermine sa mission. Il s'agit d'un grand dessein conçu par une dynastie rassembleuse de peuples qui ont fini par former une nation. C'est-à-dire une pensée et une réali­sation historique en action. Aussi les nations ne se maintiennent-­elles que tant qu'elles maintiennent les principes qui les ont fait naître.

      Quant au substratum racial de la Nation, il se produit généralement ceci : que le rassemblement de peuples opéré par une dynastie aboutit à créer une ethnie et qu'ainsi l'ethnos qui n'était pas la raison de l'existence de la nation, devient un puissant argument pour sa conservation. Mais la conception raciste de la nation aboutit en fait à une congélation de l'Histoire à un moment donné de l'évolution politico-historique des États.

 

 

4

 

      Ainsi envisagée, la Nation ne saurait se contenter d'un État représentatif. Il lui faut un État-guide.

      L'opposition Peuple-État est d'ailleurs fictive selon la conception phalangiste : « Un peuple complet est toujours un peuple et son chef » (22). Et selon la très belle image de Luis de Arrese, « quand dans l'Histoire coïncident un peuple et un héros capable de le comprendre et de le féconder, ils se cherchent – parfois, comme en Espagne, à travers le sang – et finissent toujours par se rencontrer et s'étreindre » (23).

      Le peuple est un merveilleux instrument de sa propre grandeur, mais José Antonio estime que « l'idée ne peut surgir du peuple », car « le système, c'est l'homme ». C'est là, estime-t-il, « une des pro­fondes vérités humaines que le Fascisme a remis en valeur : Le XIXe siècle a passé son temps à imaginer des machines à bien gou­verner. Autant se proposer de fabriquer des machines à penser ou à aimer. Rien d'authentique, d'éternel, de difficile comme gouverner, n'a pu se faire à la machine ; toujours il a fallu avoir recours en der­nière analyse à celui qui, depuis l'origine du monde, est l'unique appareil capable de diriger les hommes : l'homme. C'est-à-dire le Chef. Le Héros. » (24).

 

 

      La notion de chef est essentielle dans la doctrine de José Antonio.

      Un peuple ne saurait s'en passer. « Le Chef ne doit pas obéir au peuple, il doit le servir, ce qui est différent ; le servir, c'est ordonner l'exercice du commandement pour le bien du peuple... même si le peuple méconnaissait quel est son bien, c'est-à-dire se sentir d'accord avec le destin historique du peuple, même s'il diffère de ce que la masse désire » (26).

      José Antonio a achevé la courbe de son raisonnement antirous­seauiste. L'addition – d'ailleurs truquée – des volontés indivi­duelles ne constitue pas le destin d'un peuple. Il est au-delà de ces vues individuelles, fragmentaires, impressionnées par l'intérêt individuel immédiat ou l'image qu'elles s'en font. Le destin du peuple préexiste à l'individu et lui survit. Le Chef doit en être l'interprète et l'exécuteur. Il n'est pas plus indépendant d'ailleurs vis-à-vis du destin du peuple que l'individu lui-même, c'est pourquoi José Antonio se refuse à « diviniser l'État ». Au contraire, il lui assigne le rôle « d'instrument au service d'une mission historique d'unité » (28).


http://img237.imageshack.us/img237/8928/falangeokokokoky4.jpg

 

      Définie la Nation, défini l'État, reste à définir la révolution qui rétablira la Nation et l'État dans leurs normes traditionnelles.

      José Antonio est un révolutionnaire. J'entends : ce n'est pas un réformiste, il ne croit ni à la lente conquête du pays par la propa­gande électorale, ni aux alliances politiques. Quand les « démocrates-chrétiens » de Gil Roblès ont remporté la victoire électorale de 1933, José Antonio l'a appelée « la victoire sans ailes ». Elle fut, dit-il, « la fille de la peur ». Les partis ne se sont groupés que par peur de l'ennemi commun, « ils n'ont pas vu que face à une foi attaquante, il faut opposer une autre foi combattante et active et non un dessein inerte de résistance » (27).

      Les événements devait lui donner totalement raison et les exemples historiques sont nombreux de ces « victoires sans ailes ».

      Mais une difficulté se présente pour le révolutionnaire, c'est que « la masse d'un peuple qui a besoin d'une révolution, ne peut faire la révolution ». On ne peut éviter l'objection et José Antonio, loin de l'éluder, pose parfaitement le problème : « A la fin d'une période historique stérile, quand un peuple, par sa faute ou celle d'autrui, a laissé rouiller tous les grands ressorts, comment va-t-il mener par lui-même l'immense tâche de se régénérer ? »

 

« Pour être féconde, une révolution exige la conscience claire d'une règle nouvelle et une volonté résolue pour l'appliquer, mais cette capa­cité de voir et d'appliquer la règle est justement le signe de la per­fection. Un peuple effondré est incapable de percevoir et d'appliquer la règle : son désastre réside justement là. Avoir les ressorts nécessaires pour mener à bien une révolution féconde est le signe inéquivoque que la révolution n'est pas nécessaire. Et, au contraire, avoir besoin de la révolution, c'est manquer de la clarté et de l'élan nécessaires pour l'aimer et la réaliser. En un mot, les peuples ne peuvent se sauver en masse eux-mêmes parce que le fait d'être apte à réaliser le sauvetage est la preuve qu'on est sauf. Pascal imaginait que le Christ lui disait : « Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais déjà trouvé. » Le génie des révolutions pourrait dire la même chose aux peuples » (28).

 

      D'où il résulte que dans les moments prérévolutionnaires, jamais le peuple n'a paru si bas, si désespéré, si enclin au suicide comme s'il trouvait dans son propre effondrement une réponse apaisante à l'insoluble dilemme. Il est évident que dans un tel état moral, « la masse ne peut deviner sa forme future ni l'aimer d'avance ». « désespoir de la multitude » peut tout au plus renverser ce qui existe et ouvrir le chemin de l'état prérévolutionnaire au révolutionnaire. C'est-à-dire, offrir une occasion. « Si en cette occasion n'apparaît pas l’homme, la révolution est perdue » (29).

 

 

      Quand on étudie les grands mouvements révolutionnaires de l'Histoire, on mesure toute la profondeur de cette analyse de José Antonio. L'effondrement de l'empire russe ne· se produisit que le jour où se rencontrèrent l'occasion et l'homme. Vingt autres occasions s'étaient présentées depuis 1905. La rencontre ne s'était pas produite avec l'homme. César Borgia, le « Prince » de Machiavel, fut au contraire, lui, l'exemple de l'homme à la recherche des circonstances et qui les manqua toutes.

      Cette liaison entre la politique et lei facteur « temps » a très vive­ment frappé José Antonio. « La politique, dit-il, est une partie avec le temps dans laquelle il n'est pas permis de retarder le jeu. En poli­tique, il est obligatoire d'arriver à l'heure juste. Le binôme de Newton représenterait la même chose pour les mathématiques s'il avait été formulé dix siècles plus tôt ou un siècle plus tard. Par contre, les eaux du Rubicon devaient mouiller les sabots du cheval de César à une minute exacte de l'Histoire » (30).

 

 


 

 

1. Serrano Surrer in Felipe Ximenez de Sandoval, José Antonio, p. 36.
2. Op. cit. p. 51.
3. José Antonio Primo de Rivera, Textos de doctrina politica, p. 36.
(A) La chambre des Députés en Espagne.
(B) Quotidien espagnol de droite.
4. Sandoval, op. cit., p. 101.
5. José Antonio, op. cit., p. 61 à 66.

6. Ibid., p. 66.
7.  Ibid., p. 110.
8.  Ibid., p. 789.

9. Ibid., p. 111.
10. Ibid., p. 99.
11. Ibid., p. 100.
12. Ibid., p. 190.
13. Ibid., p. 282.
14. Revue J.O.N.S., 16 avril 1934.
15.José Antonio, op. cit.,  p. 380
16. José Luis de Arrese, Escritos y discursos, p. 221.
17. Maurice Barrès, L'Appel au soldat, t. II, p. 146.
18. Maurice Barrès, Scènes et doctrines du nationalisme, p. 120.
19. Pierre Boutang, Aspects de la France, 3 avril 1954.
20. Pierre Debray, Aspect de la France, 24 décembre 1954.

21. Giovani Gentile, Struittura delle Societa, p. 57.
22. Luis de Arrese, op. cit., p. 64.
23. Ibid.
24. José Antonio, préface à l'édition espagnole d'Il Fascismo de Benito Mussolini.
25. José Antonio, Textos de Doctrina politica, p. 659.
26. Ibid. p. 105.
27. Ibid. p. 840.

28. Ibid. p. 657.
29. Ibid. p. 666.
30. Ibid. p.743.

Publié dans : Doctrines politiques - Communauté : Vu de droite - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 19 octobre 2010 2 19 /10 /Oct /2010 14:14
- Par La rédaction

La pensée nationaliste transcende les idéologies

      Désigner le nationalisme comme une idéologie de droite, ou plus à droite que libéralisme réputé de droite parce que défendant la propriété par opposition au socialisme qui serait de gauche parce que collectiviste, est simplificateur et sans objet. Le nationalisme est d’abord une pensée droite, qui recherche la droiture, en ce sens que la pensée nationaliste s’efforce de s’ancrer sur le socle stable du réel, de le serrer au plus près, recherchant la roche dure au lieu de se contenter de quelque sol incertain mais porteur de mirages. D’ailleurs, dans nombre de métiers manuels, à commencer par la menuiserie, on recherche l’ordre, la droiture : le premier souci d’un menuisier n’est-il pas de dresser une planche, de la dégauchir, autrement dit de la rendre droite, utilisable?
      Certains éléments des idéologies de droite paraissent se retrouver dans le nationalisme, comme le respect de la liberté d’entreprendre, du droit de propriété ; mais d’autres éléments réputés de gauche, comme le souci de la solidarité, autre appellation de la nécessaire cohésion communautaire, sont aussi des éléments de la pensée nationaliste. A cela, rien d’étonnant : le nationalisme les transcende dans la recherche du bien commun national et du renforcement de la puissance de la nation ; il donne un contenu autrement plus riche que celui communément développé par les tenants de ces idéologies. Les notions de droite et de gauche n’ont en effet de sens qu’autant qu’elles sont issues de l’éclatement de la société droite, traditionnelle, informée par la Révélation chrétienne, à la suite de son incapacité, à partir de la Renaissance des XVe et XVIe siècles, à actualiser son principe au fil du développement de la société chrétienne d’Europe. La gauche est en effet l’expression dévoyée des carences de la pensée et de la société européennes traditionnelles à un moment de leur développement ( notamment aux XVIIe et XVIIIe siècles), la droite n’étant ensuite que la continuation toujours plus altérée de cette tradition dans la mesure où elle s’est construite défensivement en réaction à la pensée de gauche.

      Explicitons ce caractère partiel des idées dites de droite et dites de gauche. Par exemple, le droit de propriété libéral, tel qu’il fut dès le XIXe siècle théorisé entre autre par le juriste Daunou, n’est plus qu’un droit, celui de faire ce que l’on veut de son bien. La pensée nationaliste, soucieuse du tout national, reprenant en cela la pensée traditionnelle, telle que l’a énoncée Saint Thomas d’Aquin après Aristote, reconnaît le droit de propriété mais grevé des devoirs qui incombent au propriétaire. Comme le rappelait encore Quesnay, le physiocrate bien connu au XVIIIe siècle, un propriétaire foncier qui laisse en friche son bien, ne concourant donc pas à la richesse commune, n’est plus fondé à faire valoir son droit de propriété.
      Dans le domaine de la solidarité, de la prise en compte de la cohésion sociale, le nationalisme, là encore, dit tout autre chose que les intellectuels gauchistes : il se réfère à la notion de caritas, théorisée par St Thomas d’Aquin notamment, cette charité au contenu bien plus riche que la simple distribution d’aumônes à laquelle on l’a réduite. Il ne s’agit pas de dépouiller l’un d’une manière vengeresse pour habiller l’autre, d’ériger l’envie et la jalousie comme moteur d’action, mais d’avoir le souci de bienveillance envers son prochain, envers ses concitoyens. Il suit que la préoccupation sociale vise avant tout le bien commun lequel passe, outre le souci de cohésion sociale par la volonté de faire bénéficier chaque membre de la communauté nationale des fruits de l’effort et de l’enrichissement de la nation. Elle respecte la personnalité de chacun dans sa totalité. Se fondant sur l’observation expérimentale de l’ordre universel et non pas sur des postulats idéels intellectualisés, la pensée nationaliste prend en compte à ce titre le fait national mais aussi ce phénomène réel qu’est la lutte inévitable entre chaque nation, entre chaque peuple, lutte qui n’est pas nécessairement militaire mais qui s’exprime en termes de rapports de forces, constituant un équilibre dynamique, remis en cause à chaque instant, de manière imperceptible mais produisant de grands effets sur le long terme, faisant que, inévitablement celui qui s’affaiblit est dominé par plus fort que lui.

      Dans le contexte contemporain, le nationalisme vise à instruire les citoyens de leur histoire, à redonner la fierté d’être à chaque peuple, à lui faire refuser toute abdication de sa personnalité et de sa souveraineté qui mettrait son existence en péril. Pour cela il rejette et combat sous toutes leurs formes, les entreprises de subversion des fondements de sa personnalité et de son être : ainsi, à notre époque, il dénonce et combat la permissivité illimitée en matière de morale et de mœurs qui dégénère en une culture de mort avec pour emblème l’avortement, crime qui délégitime à lui seul tous les régimes qui le légalisent et même l’encouragent comme c’est le cas de l’État républicain français. Il prône et œuvre à la restauration des piliers sans lesquels aucune société saine ne peut être établie solidement et durablement.


L’intemporalité du nationalisme

      En fait, s’il revêt des formes propres à chaque époque de l’histoire, le nationalisme n’a pas d’âge. Il n’est pas une « troisième voie », expression typiquement fabienne et maçonnique : il est la voie du réalisme, la seule voie qui tienne en politique et plus généralement dans la conduite de la vie. Même s’il n’apparaissait pas en tant que tel, en tant que concept parfaitement identifié et dénommé, ce que nous appelons à la suite de Maurice Barrès le nationalisme a été le souci de tous les chefs d’Etat dignes de ce nom, à commencer par nos rois de France, même si les dernières décennies de l’Ancien régime ont souffert d’une ossification sociale terreau de la funeste Révolution française ; le souci d’assurer le bien commun, de veiller à la cohésion et à la bonne marche de la société et du peuple à la tête desquels ils se plaçaient et dont ils incarnaient l’être n’est ni libéral, ni socialiste : il est par essence nationaliste. Leur tâche était de maintenir en état de fonctionnement et améliorer si besoin était ce que nous pouvons désigner sous l’appellation de système immunitaire de la nation et de l’Etat, à savoir, assure l’ordre public, la sécurité des frontières par toute mesure appropriée, développer l’identité de la communauté nationale en encourageant les arts et la culture se développant à partir du tronc d’une tradition civilisationnelle immémoriale et unique qui en constitue la substance de la personnalité.
Pour ce faire, selon la terminologie usuelle, il fallait être conservateur dans certains domaines, être révolutionnaire ou réformateur dans d’autres. Ainsi, en économie, il fallait tantôt encourager ce que d’aucuns appelleraient le libéralisme en dissolvant les scléroses qui tendaient à paralyser la vie sociale et l’activité économique, tantôt prendre des mesures interventionnistes et sociales pour éviter que ne se déchire le tissu social. Tel est le souci des nationalistes que nous sommes pour les temps présents et futurs. Le nationalisme et la tradition Intemporel dans sa nature, le nationalisme se réfère à la tradition, plus encore s’inscrit dans la tradition ; il est d’essence traditionnelle.
      Toutefois, devant les différentes interprétations du concept de tradition, il paraît indispensable d’en préciser le sens.

      Bien souvent, les traditionalistes rapportent le présent au passé. Ce n’est pas sans raison : comment comprendre le présent et envisager l’avenir si l’on fait abstraction du passé ? Le nationaliste ne fait pas table rase du passé : il construit l’avenir en s‘appuyant sur le socle ainsi formé. Or la tradition n’est pas circonscrite au passé. Elle est bien plus que cela. La tradition est atemporelle ; elle ne s’identifie pas à ce qui est ancien mais à ce qui est permanent. Elle n’est pas le contraire de la nouveauté, de la modernité ; elle est le cadre dans lequel doivent se réaliser les « novations » pour être bénéfiques et constructives. La tradition n’est pas un état mais un processus créateur, une réalité vivante. Il ne s’agit pas de restaurer quelque état antérieur disparu corps et bien comme les hommes qui l’ont produit mais de donner une forme s’inscrivant dans l’époque qui est la nôtre, à ce qui est de toujours.
      Par exemple, ce n’est pas être traditionaliste mais passéiste que de vouloir conserver ou rétablir des usages, des modes de vie caractéristiques d’une époque donnée, telle celle du second empire, ou plus près de nous ce qu’on a appelé la Belle époque, au motif que cette époque était moins décadente que la nôtre et qu’on l’idéalise à l’aide de quelques cartes postales. Il ne faut pas confondre la tradition et la nostalgie d’un temps révolu et les principes éternels qui sous-tendent une société saine et insufflent l’âme caractéristique et unique d’un peuple au travers des âges.

      On peut comparer un peuple, une nation à un édifice corallien qui n’est grand que par la conjonction de la grandeur du travail accompli par les générations coralliennes disparues et du labeur de la couche supérieure, vivante qui continue à en édifier les structures selon des aspects qui leur sont propres mais en respectant la structure inhérente à leur construction sans laquelle le récif meurt, devient fossile.
      C’est de cette référence à ce qui a été accompli, aux règles éternelles sans lesquelles aucune société saine et durable ne peut exister que les esprits malveillants ou aveuglés usent pour discréditer les nationalistes, ceux qui veulent poursuivre la construction de l’édifice culturel et civilisationnel en dignes héritiers de leurs plus grands prédécesseurs. C’est s’appuyer sur les épaules des géants qui nous ont précédé pour s’élever plus haut encore. « Du passé faisons table rase » n’est pas un principe novateur et constructif ; c’est une maxime de néantification du réel, de régression, de refus du savoir accumulé expérimentalement au cours des âges ; c’est l’expression de l’orgueil de l’homme se prenant pour un Dieu alors qu’il n’est qu’un élément de l’ordre universel aux lois duquel il est soumis.


Rétablir l’ordre naturel de la vie

      Le nationalisme n’est pas, comme on le laisse accroire complaisamment, l’individualisme des peuples. Il est une conception privilégiée de l’homme à l’univers. Tout nationaliste sait que la nation dont il est membre est constitutive de l’ordre universel et notamment de l’humanité faite d’une pluralité de peuples et de nations. Chacun doit aimer la nation dont il est le fils et par l’intermédiaire de laquelle il atteint à l’universel. De même que naturellement on aime ses parents plus que ceux des autres sans pour autant les mépriser et les haïr, il est dans l’ordre du monde d’aimer sa nation plus que toute autre nation étrangère, sans pour autant la mépriser et la haïr. Aimer sa nation, l’aider à grandir ne signifie pas adopter une attitude arrogante envers les autres peuples, refuser a priori toute relation pacifique avec eux.
      Affirmer sa personnalité ne veut pas dire que l’on nie ou abaisse celle des autres. Mais cela implique que l’on sache la promouvoir légitimement ,la faire respecter par tout moyen approprié, sans oublier ses droits et ses devoirs vis à vis de l’ordre créé.

      Aujourd’hui, on fustige le nationalisme comme étant un extrémisme. Là encore, il s’agit d’un faux débat, d’une présentation erronée du nationalisme, volontaire ou involontaire. Le nationalisme n’est ni extrême ni modéré : parce qu’il est réaliste, il est rigoureux. De même qu’un travailleur ne peut réussir dans sa tâche qu’en étant respectueux ne serait-ce que des règles élémentaires sans lesquelles rien de bien n’est réalisable, une nation ne peut être forte et souveraine qu’autant que ses dirigeants et ses membres agissent avec droiture, rigueur et sérieux. Toute critique du nationalisme n’est rien d’autre que le refus de ces valeurs, de ces vertus, quand il ne s’agit pas de faire, par quelque côté que ce soit, si faiblement soit-il, l’éloge du laxisme rebaptisé libéralisme ou tolérance. Tout cela s’entend relativement aux faiblesses propres à la nature humaine et à l’imperfection de nos constructions humaines, car il ne s’agit pas non plus de verser dans le puritanisme pervers qui est le contraire du pragmatisme inséparable de toute attitude concernant le règne du vivant. Être nationaliste n’est rien d‘autre qu’agir de manière pragmatique et sans dogmatisme pour maintenir ou rétablir l’ordre des choses tel qu’il doit être.
      Aussi, les nationalistes se trouvent aujourd’hui à la pointe du combat pour la survie de la civilisation, à commencer par la civilisation européenne et chrétienne. Les nationalistes français, en œuvrant à la défense et à la renaissance de la France si gravement menacée, concourent à cette action salutaire.

André Gandillon.

Publié dans : Doctrines politiques - Communauté : Vu de droite - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 16 octobre 2010 6 16 /10 /Oct /2010 14:14
- Par La rédaction

       La seule manière d’appréhender et de comprendre le réel est de s’en tenir aux faits. Nous devons toujours nous efforcer de voir le monde tel qu’il est en évitant d’en déformer la perception à travers le prisme de nos rêves ou de nos fantasmes. C’est à partir de ce seul réalisme que nous serons en mesure d’établir une connaissance solide du monde qui nous entoure, des multiples et complexes phénomènes qui l’animent et en modifient sans cesse le visage et le contenu.


Le fait national, réalité incontournable

       Dans l’ordre du réel, relativement à l’être humain, il existe un fait incontournable, sans lequel aucune pensée sociologique et politique sérieuse ne peut être construite : le fait national, qui s’identifie sous différentes formes selon les âges et les lieux.
       Aussi loin que l’on remonte dans l’histoire, nous constatons l’existence de groupes humains, de sociétés humaines, ayant chacun et chacune une identité propre, distincte et unique, développant une culture et une civilisation inimitables. Dès la plus haute antiquité, on distingue les pôles civilisationnels sumérien en Mésopotamie, chinois avec la vallée de la Wei, égyptien, indien avec la civilisation de Mohendjo Daro, indo-européen, pour ne citer que les plus importants et les plus connus. Plus nous avançons dans le temps, plus nous observons une diversification des sociétés humaines affirmant une personnalité spécifique, phénomène qui n’est rien d’autre que la manifestation saine de la force vitale propre au monde animé. Il n’est que de considérer le nombre immense de peuples cités par les auteurs de l’Antiquité gréco-romaine, depuis les Hyperboréens au nord jusqu’aux « faces brûlées », les Aetiopes, au sud, ou encore des tribus celtes d’Irlande aux peuplades d’Asie centrale, Alains et autres Gépides ou Huns Hephtaliques.
      De cette multitude de peuplades et de peuples ont émergé et continuent d’émerger des entités plus solidement et durablement constituées. Elles alimentent au fil du temps et des événements une conscience de plus en plus développée et aiguë de leur spécificité identitaire, laquelle atteint son développement maximum et sa perfection lorsque le peuple ainsi formé, organisé en une société structurée et inévitablement hiérarchisée se constitue en Etat, autrement dit existe par elle-même, se suffit à elle-même, en toute indépendance par rapport aux peuples et populations qui le voisinent.


Qu’est-ce que la nation ?

      Ainsi se constitue une Nation ; elle unit des hommes sentant dans leur coeur qu’ils sont un même peuple parce qu’ils ont une communauté d’idées, d’intérêts, d’affections de souvenirs et d’expérience. Réalité historique, la nation est une unité historique différenciée dans l’universel par ses propres identité et unité de destin. Communauté de destin dans l’universel, selon la formule de José Antonio Primo de Rivera, la nation existe comme une entité organique dont la vie et la santé de chacune des parties complémentaires et indispensables les unes aux autres, dépend de la totalité, l’existence de cette dernière étant réciproquement tributaire de la vie de chacune de ces parties constitutives. Dans une nation, on se sauve ensemble ou on périt ensemble.
      Toute nation s’est animée dans le passé en sachant accomplir des missions universelles, dans la mesure où la culture qu’elle développe est une expression particulière réfléchie, pensée de l’ordre universel ; elle vivra dans l’avenir en en accomplissant d’autres, animée par la foi et la légitimité de son existence et de  ses actes. Détruire la mission d’une nation, affaiblir la foi en sa légitimité, vouloir n’en faire qu’un fait relatif et contingent, c’est-à-dire refuser le devoir qui naît aujourd’hui de l’oeuvre d’hier, revient à la détruire. Synthétisée dans le sentiment de patrie, la nation est une unité totale, organique où s’intègrent tous les individus et tous les corps intermédiaires, tant des générations présentes que passées, le patrimoine spirituel et culturel de ses membres. Elle ne peut être confondue avec cette idée de nation artificielle, constructiviste, nominaliste et individualiste issue des principes de 1789.
      Cette réalité nous l’éprouvons en nous-mêmes. Lorsque nous naissons, nous ne sommes pas seulement un être humain ; nous naissons comme Français, comme Allemand, comme Espagnol... selon l’origine de nos parents. Même âgés de quelques secondes, en poussant notre premier vagissement, nous sommes vieux de siècles de culture, de civilisation. Nous avons l’âge de la civilisation que nos aïeux ont édifié à force d’intelligence, d’efforts, de sueur et de sang. Au-delà de l’hérédité génétique qui est propre à chacun de nous, notre personnalité ne peut s’épanouir pleinement et harmonieusement qu’à l’intérieur de l’ensemble communautaire national dont nous sommes issus. Plus encore, nous ne pouvons atteindre à l’Universel que par la médiation de la nation, de notre culture nationale, incarnation particulière en quelques sorte de l’Universel.

      Face aux étrangers, face à ceux qui ne sont pas membres de notre communauté nationale, nous existons certes en tant que personne, mais nous existons aussi en tant que membre de notre communauté civilisationnelle.
      Nous constituons et représentons aux yeux des étrangers à la fois une parcelle et la totalité de la nation dont nous sommes membres. Notre sort, notre destin, la souveraineté de notre personne, autrement dit de notre liberté d’être et d’agir, sont liés au sort, au destin et à la souveraineté de la nation dont nous sommes les enfants : que cette nation soit asservie et notre personnalité sera brimée, privée de son total épanouissement en tant que telle. Et renierions-nous nos origines qu’il nous faudrait adopter aussitôt une autre culture, nous affilier à d’autres origines : nous ne pouvons échapper au fait identitaire, au fait national. Personne ne peut faire abstraction de son identité culturelle et civilisationnelle.
      De toutes les libertés humaines, la plus précieuse est l’indépendance de la patrie écrivait Maurras. En effet, c’est seulement à travers cette indépendance que peuvent être garanties : la sécurité des biens et des personnes, le développement et l’accomplissement total de la personnalité de chacun, la préservation du patrimoine moral et intellectuel qu’il nous appartient de faire fructifier.

      Que l’on détruise les nations, comme certaines organisations apatrides et mondialistes tentent de le faire, - l’Euroland maastrichien en étant objectivement le relais pour l’Europe : du magma informe qui en résulterait, surgiraient de ce chaos de nouvelles différenciations culturelles civilisationnelles, selon le lieu, l’histoire spécifique de chaque groupe humain vivant en un lieu et dans des conditions déterminées.
      Le fait national, même s’il n’a pas toujours revêtu la même forme et la même appellation qui sont les siennes depuis le XIXe siècle, est donc une réalité dont on ne peut faire abstraction, de même que l’on ne peut dans l’ordre des sciences physiques ignorer la réalité de la pesanteur ou de l’attraction universelle. Pour sa part, le christianisme considère les nations comme faisant partie de la condition de l’humanité et la Bible, dès le récit de la Genèse évoque l’histoire de la Tour de Babel, symbole d’une humanité mélangée, comme une malédiction pesant sur les hommes et dont un célèbre tableau de Breughel l’Ancien nous donne l’image.


Qu’est-ce que le nationalisme ?

      Dès lors, le nationalisme est une ligne de conduite s’efforçant en permanence de résoudre chaque question, chaque problème, par rapport à la nation.
      Cela consiste à traiter chaque sujet en fonction d‘un seul critère : assurer le bien commun de la nation sous tous les aspects que celui-ci peut revêtir. Le nationaliste est celui qui conduit sa réflexion en se demandant à chaque instant : est-ce que telle décision, telle attitude est bonne pour une nation ? Si d’un point de vue mystique et poétique, transcendantal, le nationalisme est l’amour de l’éternelle et inébranlable métaphysique d’une nation, de son être intime, sous une acception personnelle, le nationalisme se rapporte à la volonté de se donner les moyens de maintenir ou de créer les conditions permettant d’assurer la pleine souveraineté et l’entier développement de notre personne aux fins de la réalisation de ce en vue de quoi nous avons été créés, d’assurer la sécurité et l’épanouissement de notre famille et en premier lieu de nos enfants, de se soucier de leur devenir, en ayant conscience de n’être que l’usufruitier d’une richesse dont nous sommes les dépositaires et les continuateurs le temps de notre vie.

      Il est cette pensée, cette philosophie qui affirme l’intégrité de notre personne, physiquement et spirituellement, et par conséquent œuvre par tous les moyens appropriés à assurer la pérennité de la nation dont nous sommes membres, celle-ci étant le cadre, l’écrin sans lequel l’intégrité de notre personne est menacée. Autrement dit, le nationalisme apparaît comme une pensée prônant la volonté de défendre l’être de son pays, la volonté de lui donner les moyens de renforcer sa puissance et sa grandeur afin de transmettre à nos descendants l’héritage que nous avons reçu en usufruit, plus grand, plus beau, plus solide que nous l’avons reçu. Le nationalisme est l’expression même de la force vitale de chaque citoyen conscient de son identité et de toute nation désireuse de se propulser dans l’avenir en s’appuyant sur les fondements solides du passé qui l’ont amené à être ce qu’elle est présentement. Le nationalisme est l’ensemble des forces de vie qui s’opposent à celles qui visent à détruire la nation.
      Dès lors, être nationaliste c’est être réaliste. Et le nationalisme, la pensée nationaliste sont éminemment réalistes, ne peuvent être que réalistes, ne prenant en compte que les seuls faits et expériences avérés. Par conséquent, la vérité étant selon la définition traditionnelle l’adéquation de la pensée au réel, la pensée nationaliste est éminemment vraie, elle est la pensée de la vérité, relativement à la dimension immanente de la Création, mais tout autant dans sa dimension transcendante sans laquelle elle serait incomplète, désinformée.


Le nationalisme n’est pas qu’une idéologie

      Lorsque l’on qualifie le nationalisme d’idéologie, c’est l’amoindrir, le ravaler au rang des idéologies matérialistes, utilitaristes qui dominent le monde, et en particulier le monde européen depuis deux siècles.
      Prenons l’exemple du libéralisme et son opposé, le socialisme, comme de leur dernier avatar en date, le mondialisme. Ce sont des systèmes intellectuels construits à partir d’idées purement abstraites, à partir d’une certaine conceptualisation du réel, réalisé en projetant des idées préconçues et des fantasmes dans un contexte historique donné. Les communistes ont toujours parlé d’utopie sociale en voulant réaliser le paradis sur terre et les libéraux, par la voix de l’un de leurs porte-parole autorisé, Pascal Salin, a déclaré dans son ouvrage « Libéralisme » publié cette année, que le vrai libéralisme est une utopie. Quant au mondialisme, c’est l’utopie du marché mondialisé avec son corollaire, la prolétarisation généralisée de l’humanité.

      Le libéralisme, au contenu des plus flous, il s’est essentiellement soucié d’efficacité économique, au point de réduire la société à sa seule dimension économique et à aboutir à la penser en terme d’un ensemble de marchés, omettant la cohésion sociale. Oubliant, sinon refusant de considérer chaque société, chaque peuple autrement que sous forme d’une addition arithmétique d’individus mus par leur seul intérêt égoïste, ignorant la dimension relationnelle et humaine de la notion chrétienne de personne, évacuant la notion de bien commun (en tant que meilleur de chaque bien particulier) au profit de celle d’intérêt général, le libéralisme fait passer par pertes et profits le fait national, de même que le caractère organique des communautés humaines identitairement constituées qui forment l’humanité. Il ne connaît que la matière, ignore l’âme.

      A contrario, le socialisme, dans son acception dominante, voulant remédier à l’individualisme et à ses conséquences, envisage la cohésion sociale, sans pour autant considérer les liens organiques qui constituent précisément la substance de la société. Partant de l’individu isolé, considéré comme un objet arithmétique, il reconstitue une société sans personnalité et identité culturelle, une addition d’individus. Le contrat social qu’il propose n’a plus de spécificité ethno-culturelle : il occulte le caractère identitaire présent au sein de tout être humain et de toute communauté humaine. Ces deux idéologies ont pour point commun et tare congénitale d’être des constructions géométriques, idéalistes, sans rapport avec la réalité complexe de la vie. Tout au plus, ils en constituent une mauvaise modélisation. Niant ou occultant la réalité de l’être de chair, ils ont enfanté le mondialisme qui généralise leurs prémisses en envisageant une nation-monde, unifiée dans un marché mondialisé composé d’individus supposés interchangeables qu’ils soient Scandinaves ou Aborigènes. La pensée nationaliste, à leur différence, considère non pas l’individu, mais la personne dans son tissu relationnel communautaire, imprégné d’une identité unique et inassimilable à toute autre et créé en vue d’une fin, n’ignore en rien les corps intermédiaires qui constituent une société humaine et plus encore une nation. Il les prend en compte et les considère comme des éléments complémentaires et indispensables à la bonne marche de la nation et se préoccupe de leur assurer les meilleures conditions de fonctionnement et de développement. Le nationalisme est donc d’une autre nature que ces idéologies, filles de circonstances historiques fugitives.


[A suivre]

Publié dans : Doctrines politiques - Communauté : Vu de droite - Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Syndication

  • Flux RSS des articles

Club Acacia

Rédacteur en chef :
  -Eric Adelofz

Secrétaire de la rédaction :
  -Marie Mansard

Rédaction :
  -Brice Duqueyroux
  -Jérôme Deseille
  -Alexandre Janois

Chroniqueurs :
  -Philippe Régniez
  -Pieter Kierstens


Nous contacter, rejoindre la rédaction, proposer un article, participer aux relectures, faire part de vos idées, de vos suggestions :
  -clubacacia[at]gmail.com.

 

Nos articles sont librement reproductibles, sans possibilité de modification, avec mention de la source (voir la licence complète).

 

Syndication :

  -Flux RSS

  Free counter and web stats

(Droits : Club Acacia 2006-2010)

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés