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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 17:17

      Alexandre Galdin a été entendu le 25 février par le juge Renaud van Ruymbeke, qui enquête sur l’affaire de corruption liée aux ventes d’armes au Pakistan dans laquelle sont mis en cause aussi bien Édouard Balladur que Sarközy. Interrogé il y a quelques semaines, René Galy-Dejean, le supérieur de Galdin à lAFICEB (Association de financement de la campagne d’Édouard Balladur), avait prétendu ne pas se souvenir d’un versement de 10 millions de francs (somme qui représentait 20% des recettes du compte de campagne de Balladur).

 

« Cela ne me dit rien. Une telle somme, tout de même, je ne l'aurais pas oubliée ».

 

      C’est exactement le contraire de ce qu’a affirmé son subordonné devant le juge : René Galy-Dejean l’a accompagné lors de ce versement qui était tellement extraordinaire, que personne n’a pu l’oublier. « Je savais que les explications officielles ne tenaient pas la route » précise Galdin ; le conseil constitutionnel a, en conscience, validé les comptes illégales d’une campagne présidentielle ; Galy-Dejean et Balladur mentent. La corruption et le mensonge, fondements intemporels de la démocratie....

 

      Alexandre Galdin, qui était membre de l’AFICEB, a raconté les dessous du financement de la démocratie.

 

« Tous les trois jours environ, j’allais déposer de l’argent en liquide, dans une mallette, au Crédit du Nord. [...] On me confiait une mallette. Je la portais à pied jusqu’à la banque, où j’en déposais le contenu. L’argent était compté. On me faisait signer un bordereau. Et je rentrais au siège de la campagne. En tout, entre le 13 mars et le 24 avril, j’ai dû procéder à vingt-deux dépôts. [...] Cela pouvait aller de 100 000 à 500 000 F maximum, car la mallette ne pouvait pas contenir plus. L’essentiel des coupures était constitué de billets de 500 F. Mais il y avait aussi, en proportion très faible, des coupures plus petites, de 10 F ou 50 F. Ce mélange répondait sûrement à une volonté de dissimulation. »

 

      Concernant la provenance des fonds, il pensait que cet argent était celui du contribuable français volé via les « fonds secrets » de Matignon, comme le pratiquaient l’ensemble des partis républicains, ce qui visiblement ne le choquait pas le moins du monde.

 

« En mon for intérieur, je pensais alors qu’il s’agissait de fonds secrets de Matignon. Tout le monde, au QG, le subodorait. »

 

      L’un de ces dépôts était particulièrement important, le dernier, le 26 avril. Il s’agit du versement des 10 millions de francs.

 

« Ce matin-là, quand je suis arrivé au siège de l’association à 9 heures, nos bureaux étaient recouverts de dizaines de hautes piles de billets de 500 F. Un spectacle incroyable.J’étais stupéfait. "Qu’est-ce que c’est ?", ai-je demandé. La réponse qu’on m’a faite, en substance, c’était : "Ne pose pas de questions." Et je n’en ai pas posé.

[...]

Cette fois, le volume d’argent était tel que ce n’est pas une mallette mais une valise en faux cuir marron, de très mauvais goût, que j’ai apportée à la banque. Sans doute pour la même raison, René Galy-Dejean m’accompagnait. A la banque, ils ont tout compté. Je me souviens de leurs regards effarés devant le volume qu’ils avaient en face d’eux. [Cela représentait] peut-être trois millions de francs (*), soit l’équivalent de six mallettes. »

 

      Si Alexandre Galdin est incapable de dire d’où provenaient ces millions, il est certain qu’Édouard Balladur ment quand il affirme qu’ils provenaient des dons des simples militants lors des réunions publiques : « Les explications d’Edouard Balladur, à cet égard, sont évidemment mensongères. » affirme-t-il.

 

      Tous les personnages importants de la campagne de Balladur fréquentaient les bureaux de l’association de financement : « on croisait Nicolas Sarkozy,Nicolas Bazire, Brice Hortefeux, Frédéric Lefebvre, Michel Barnier, François Fillon, François Léotard, Michel Giraud… » rapporte Alexandre Galdin. Tous dirigeants du RPR ou de ses satellites, qui ont pour la plupart rallié l’UMP, disposaient d’un représentant dans les lieux.

 

      Si l’affaire fait très peu de bruit, c’est pour une raison très simple, comme l’a rappelé à plusieurs reprises l’avocat des familles des victimes de l'attentat de Karachi, Me Olivier Morice :

 

« Le président de la République est directement concerné par ce scandale comme étant au cœur de la corruption ».

 

 



* Si Alexandre Galdin se souvient de « peut-être trois millions », il s’agit en réalité de 10 millions de francs.  C’est le montant qui figure sur le bordereau de versement du 26 avril - trois jours après la défaite de Balladur - que s’est procuré le journaliste Guilaume Dasquié, révélé dans un article de Libération en avril 2010 (Les commissions suspectes du réseau Balladur [pdf|3Mo]).

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Published by Eric Adelofz - dans Régime pourri
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