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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 14:35

Extraits d'une lettre de Vincent Reynouard, emprisonné pour cause de révisionnisme à la Maison d'arrêt de Valenciennes en France. Vincent Reynouard sera emprisonné demain depuis 2 mois.




          1er septembre 2010


          (...)

          Ici la vie se déroule tranquillement. Hier, j'ai vu une représentation d'Antigone. Non, je rigole. Hier j'ai été convoqué par le directeur.

          (...). Le directeur a été franc, loyal et courtois. Il m'a bien fait comprendre qu'il ne voulait pas que son établissement devienne l'objet d'un scoop d'un journaliste qui viendrait avec "équipe de télévision et tout et tout". Il m'a bien dit que je n'étais pas un "détenu ordinaire" et qu'on me surveillait. Encore une fois, il ne s'agit pas d'acharnement mais d'une réaction normale. Ici, on me traite comme tous les prisonniers - même mieux puisque, pour l'heure, à cause de mon profil, je suis seul en cellule. Mais le directeur souhaite - et, de son point de vue, je le comprends – éviter tout dérapage. Aussi pour moi, d'ailleurs: "Si les détenus apprennent qui vous êtes, m'a-t-on dit, on sera obligé de vous mettre à l'isolement" pour ne pas que je subisse des violences peut-être très graves. Le directeur m'a en outre précisé qu'on ne me mettrait pas de bâtons dans les roues et qu'on ne chercherait pas à allonger ma peine : "C'est comme tout le monde, m'a-t-il dit, plus vite vous serez dehors et mieux ce sera."

              J'écris tout cela, (...), car vous savez la propension qui existe dans nos milieux à tout noircir. Nous réclamons l'objectivité sur les camps allemands, commençons donc par être objectifs sur la prison de Valenciennes. J'ignore ce qui circule sur le Net, mais je ne veux pas d'images de moi retouchées pour me mettre des chaînes aux pieds, etc. Oui, on nous bâillonne; mais, en cellule, la vie reste supportable malgré la stupidité de certains règlements appliqués sans discernement et malgré la mentalité d'adjudant de CERTAINS surveillants (je pense que dans les camps on devait trouver une bonne quantité de kapos bornés et insupportables).


    Pourquoi ai-je parlé d'Antigone ? Tout simplement parce qu'à la fin de l'entretien le directeur m'a demandé : "Mais enfin, qu'avez-vous contre la loi Gayssot ?" Poser cette question à un homme enfermé en vertu de cette loi m'a paru si cocasse que j'ai dû réprimer un éclat de rire. J'ai répondu que je n'entrerais pas en discussion et que cette loi était inique parce qu'elle interdisait de dire la vérité. M. le directeur a alors rétorqué: "Mais cette loi... elle a été votée..." C'est à cet instant que j'ai pensé à Antigone. Dans le bureau de cette maison d'arrêt provinciale, deux mondes étaient en présence (ils ne s'affrontaient pas, c'était un entretien, pas un débat).

          D'un côté, le pur respect de la loi, quelle qu'elle soit (bonne ou mauvaise, générale ou d'exception...) du moment qu'elle a été publiée au Journal officiel. De l'autre, le viol délibéré de la loi lorsque, au nom de principes supérieurs (exigence de vérité, combat contre la calomnie...), elle doit être reconnue mauvaise, ce qui lui ôte toute force de loi.

          Comment ces deux mondes pourraient-ils se rencontrer ? C'est rigoureusement impossible. J'ajoute que ces deux mondes sont nécessaires l'un et l'autre. Leur valeur dépend de la nature de la société. Dans une société en ordre, ceux qui obéissent inconditionnellement aux lois sont une bénédiction alors que les contestataires sont des fléaux. Mais, dans une société d'inversion, les rôles, naturellement, changent, du moins lorsque les représentants de l'ordre - factice - sont utilisés pour réprimer les contestataires – légitimes.

          "Mais cette loi... elle a été votée..."  Phrase merveilleuse dans certains moments, terrible dans d'autres. Mais phrase qui, répétée dans mille bouches de fonctionnaires, permet aux maîtres de l'heure de garder leur pouvoir.

          Jusqu'à ce que la contestation devienne trop forte pour pouvoir être endiguée. Ce jour-là, les lois tombent et sont remplacées par d'autres, parfois contraires (voir le cas de l'avortement en France entre 1973 et 1975). Et nous retrouvons nos mille fonctionnaires pour dire : "Mais cette loi... elle a été votée...". Je ne les juge pas car, je le répète, le monde a finalement besoin d'eux. Une société peuplée de V. Reynouard ne tiendrait pas dix jours. Mais leur monde n'est pas le mien. Je préfère la figure de Danton ou de P. Laval à celle de Talleyrand.

(...)

V.R.


Monsieur Vincent Reynouard
N° 33034
Maison d'arrêt de Valenciennes
BP 80 455
59322 VALENCIENNES Cedex



[Source : Comité de Soutien à Vincent Reynouard. Vous trouverez sur le site du Comité les éléments nécessaires pour soutenir et aider Vincent Reynouard et sa famille]

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Published by Marie Mansard - dans Dissidence
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AHAE 08/09/2010 18:24



De retour de lieux très ruraux comme les aimait Henri Vincenot, mon premier clic sur internet me procure l'agréable surprise de voir (enfin)  "Club Acacia" de nouveau actif. Bonne
continuation !



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