Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 14:14

 

Un anniversaire oublié : l'expulsion des Juifs de France en 1394.

 

        L'expulsion des "Roms" aujourd'hui nous rappelle qu'au-delà des diversités sociales, identitaires, politiques, les États et les Nations ont toujours été menacés par la présence d'étrangers sur leurs sols. Communautés inassimilables, défense d'objectifs contraires et opposés à l'intérêt commun, déstabilisation des gouvernements, puissance ou influence néfaste : les motifs n'ont pas manqué, depuis que la France est la France pour conduire à l'expulsion d'étrangers reconnus comme une menace pour le peuple comme pour le gouvernement.

 

        Le Moyen Age a vu l'expulsion des Juifs à de nombreuses reprises. S'ils prétendent aujourd'hui avoir été particulièrement maltraités, il faut noter qu'ils revinrent toujours. Charles VI le Bien Aimé (1) promulgua une loi irrévocable, le 17 septembre 1394. Elle faisait suite à une nouvelle affaire mettant en cause cette communauté, présente déjà à l'époque depuis longtemps, mais jamais intégrée et toujours perçue comme étrangère.

 

Doresnavant, nul Juif ou Juive ne habitent, demeurent, ou conversent en nostre dit royaume, ne en aucune partie d'icelluy tant en Languedoyl comme en Languedoc.

 

 

        Nous publions ci-dessous un extrait de l'enquête historique sur le sujet, réalisée par Arthur Beugnot (2) :


 

    Examinons les choses sous leur aspect véritable. A la fin du XVe siècle, la France était heureusement en état de se passer des Juifs. Ce peuple avait cessé d'être nécessaire. Dès lors son avidité, son endurcissement devenaient moins faciles à tolérer. Les Juifs, sous Charles VI, étaient les usuriers de la Couronne ; les seuls services qu'ils rendaient à la France consistaient à prêter au souverain des sommes propres à lui faire entreprendre des choses contraires aux intérêts communs, et à le mettre en état de se jouer de la fermeté des états généraux. Il faut convenir qu'on ne peut reprocher au peuple l'ingratitude qu'il montra pour de tels bienfaits ; aussi remarquons que ce ne fut pas du sein de la cour que s'élevèrent les cris de proscription contre les Juifs, ils furent proférés par le peuple et par la magistrature, son organe véritable en cette occasion.

    Long-temps, la Cour résista : et lasse enfin de voir une multitude furieuse se faire justice elle-même, elle accorda l'exil en 1393 ; elle eut l'adresse d'empêcher l'exécution de ce qu'elle avait accordé, et les Juifs ne furent réellement proscrits que quand la Cour vit le parlement se préparer à donner de son propre mouvement l'exécution aux premières lettres d'exil. Soyons assurés que ce ne fut pas l'intolérance religieuse seule qui fit chasser les Juifs de France ; on proscrivit en eux ces audacieux usuriers qui, par leurs complaisances financières, mettaient le désordre dans les deniers publics, rendaient vaines les garanties accordées aux peuples par les rois, et ruinaient l'état en le désorganisant.

 

 

        Rappelons que les Juifs avaient notamment le droit de posséder des terres à cette époque. L'expulsion intervint après une histoire de fausse conversion, d'intimidation et de disparition ; c'est moins le problème de la conversion - puisque les Juifs étaient tolérés - que celui d'un nouveau mensonge qui fut très mal perçu et les pressions exercées par la Communauté. Il n’était pas admissible qu’un Juif converti soit l’objet de pression alors que les lois royales, comme celles émanant de l'Église catholique interdisaient d'user de la force pour convertir au catholicisme. Malgré les lourdes accusations, les Juifs responsables ne furent condamnés qu'à recevoir des coups de verges en place publique.

 

http://img821.imageshack.us/img821/2130/judensaucolmar2.jpg

Gargouille sculptée pour la collégiale Saint-Martin de Colmar (Alsace) :

un étranger Juif est présenté en train de se nourrir au pie d'un animal fabuleux.

 

 

        Ce n'est pas par intérêt financier que Charles VI prit cette décision : il permit aux Juifs de vendre leurs biens et ils obtinrent plusieurs années pour récupérer leurs créances auprès de leurs débiteurs avant qu'ils ne quittent notre terre.

        Ils commenceront à quitter la France durant l'hiver 1395. Signe encore de la mansuétude française, ils furent protégés pendant leur voyage de retour par les armées du roi.

 

 


 

(1) Charles VI de France (1368-1422) dit le Bien Aimé ou encore le Fol fut sacré roi du vivant de son père, en 1380.

(2) Beugnot Arthur, Les Juifs d'Occident. Recherches sur l'état civil, le commerce et la littérature des Juifs, en France, en Espagne et en Italie, pendant la durée du Moyen Age, Paris, Imprimerie de Lachevardière fils, 1824. Arthur Beugnot était membre de l'Académie des Sciences, Belles-lettres et Arts de Rouen. Après 3 ans d'études, il publia ce livre en réponse à une enquête de l'Académie royale des inscriptions de l'Institut sur l'état des Juifs en France, en Espagne et en Italie, sous les divers rapports du droit civil du commerce et de la littérature au Moyen Age. Ce livre obtint une mention honorable de la part de l'Institut.

Partager cet article

Repost 0
Published by Alexis Daulny - dans Histoire
commenter cet article

commentaires

Club Acacia

Rédacteur en chef :
  -Eric Adelofz

Secrétaire de la rédaction :
  -Marie Mansard

Rédaction :
  -Brice Duqueyroux
  -Jérôme Deseille
  -Alexandre Janois

Chroniqueurs :
  -Philippe Régniez
  -Pieter Kierstens


Nous contacter, rejoindre la rédaction, proposer un article, participer aux relectures, faire part de vos idées, de vos suggestions :
  -clubacacia[at]gmail.com.

 

Nos articles sont librement reproductibles, sans possibilité de modification, avec mention de la source (voir la licence complète).

 

Syndication :

  -Flux RSS

  Free counter and web stats

(Droits : Club Acacia 2006-2010)