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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 11:11

Nous proposons à nos lecteurs cet article de Bruno Larebière publié par Minute dans son édition du 8 décembre. Il s’agit d’un surprenant revirement de la part de celui qui, en France, soutient des groupuscules clairement inféodés aux intérêts d’Israël – comme la présence dans le même numéro d’articles sur des agitations du Bloch "identitaire" le rappelle.

Nous regrettons que l’auteur de l’article ne précise pas clairement que les anti-valeurs que défendent ces partis sionistes libéraux, qui ont conduit à la ruine de l’Europe et dont ils se prétendent les derniers défenseurs ne sont ni celles du nationalisme, ni celles de l’Europe. Ces gens là ne sont ni des identitaires, ni des nationalistes, mais des imposteurs qui manipulent la légitime révolte des Européens contre un système républicain qui s'effondre.

Regrettons par ailleurs qu'aucun journaliste d'investigation n'enquête sur les financements dont disposent à travers l’Europe tous ces groupuscules et les processus qui ont conduit, de la France de Marine Le Pen et du Bloc "Identitaire" à l’Autriche de Heinz-Christian Strache, de la Hollande de Geert Wilders à l’Allemagne des pro-NRW et de Die Freiheit, les médiats à favoriser des oppositions croupions totalement acquises aux impératifs du système.

 

 

 

Europe-Israël, même combat ?

 

 

      Le voyage en Israël est devenu du dernier chic... nationaliste [sic] ! Le Néerlandais Geert Wilders, le Flamand Filip Dewinter, l’Autrichien Heinz-Christian Strache et bien d’autres, tous y sont ou en reviennent.

      Comme si la lutte des Européens contre l’islam passait forcément par Tel Aviv. Une stratégie dangereuse.

 

 

 

      Le bal a été ouvert samedi dernier 4 décembre par le Néerlandais Geert Wilders. Le fondateur du Parti pour la liberté (PW), troisième parti des Pays-Bas et qui soutient, sans y participer, la coalition gouvernementale, est un habitué de l’État hébreu. Cela fait une bonne quarantaine de fois qu’il s’y rend. Il a même failli s’y établir. Mais cette fois, il a franchi un nouveau palier. D’abord en donnant de la publicité à sa rencontre avec Avigdor Lieberman, le ministre des Affaires étrangères israélien, qui, entre autres coins enfoncés dans le « processus de paix », veut relancer la colonisation en Cisjordanie. Ensuite, accompagné de deux députés du PW, Wun Kortenoeven et Raymond de Roon, en apportant son soutien inconditionnel, au cours d’un long discours prononcé à Tel Aviv, à la politique menée par l’État hébreu, au point de lancer :

 

« Levons-nous avec Israël parce que les Juifs n’ont pas d’autre Etat, tandis que les Palestiniens en ont déjà un : la Jordanie [ ...] Nous devons dire la vérité. La vérité est que la Jordanie est la Palestine, la vérité est que la Samarie et la Judée font partie d’Israël, la vérité est que Jérusalem ne peut pas tomber, la vérité est qu’Israël est la seule démocratie dans une région sombre et tyrannique, la vérité est qu’Israël est la clé de voûte de l’Occident. »

 

Et de conclure son discours par ces mots :

 

« C’est ici qu’Israël a allumé la lumière de la liberté et que les Européens et les Américains doivent aider les Israéliens à faire briller la lumière sur les ténèbres. »

 

 

Une réception à la Knesset comme apothéose

 

      Le même jour, c’est une délégation au grand complet qui arrivait sur le sol israélien, pour y tenir, avec les Néerlandais, une réunion d’une « Alliance des partis européens pour la Liberté et les droits civils », jusque-là inconnue. Parmi les participants, liste non exhaustive, les Autrichiens Heinz-Christian Strache et Andreas Molzer, respectivement président et député européen du FPO, le parti propulsé dans les années 1980 par Jorg Haider et qui pèse aujourd’hui autour de 20% des voix et jusqu’à 27% dans la capitale, Vienne ; Filip Dewinter et Franck Creyelmans, du Vlaams Belang (VB) flamand, le premier étant jusqu’alors tenu pour le chef de file de la ligne radicale du VB, le second étant président de la commission des Affaires étrangères du parlement flamand ; les Allemands Patrick Brinkmann, du mouvement pro-NRW, et René Stadtkewitz, de Die Freiheit, parti fondé en septembre dernier après que Stadtkewitz a été exclu de la CDU d’Angela Merkel ; le Suédois Kent Ekeroth, député du Sverige demokratema (Démocrates suédois), qui a fait son entrée au Parlement en septembre dernier avec 5,7 % et vingt élus, etc.

      Si tout n’a pas encore filtré du programme de ce voyage, on savait, lundi, qu’outre la réunion européenne symboliquement délocalisée en Israël, Filip Dewinter, et bon nombre des autres protagonistes, avaient un agenda bien rempli. Avec participation à un colloque intitulé « La plénitude de la loi des actes militaires appliqués par un État souverain contre les attaques terroristes des islamistes fondamentalistes », en présence du maire d’Ashkelon, à une portée de roquettes de la bande de Gaza, avec déplacement « sur la frontière entre Israël et la bande de Gaza, rencontre des militaires israéliens » et explication de « la situation par un officier de haut rang de l’armée israélienne », avec aussi, au moins pour Filip Dewinter, réception à la Knesset, le Parlement israélien.

 

      Dès le premier jour de sa visite, Filip Dewinter avait lancé qu’« Israël mène en partie notre lutte contre les fondamentalistes islamistes et contre le terrorisme » : « Nous devons unir nos forces pour combattre l’islamisme ici et chez nous. » Et Heinz-Christian Strache, dans un entretien au journal autrichien Krone Zeitung, avait assuré avoir « beaucoup de choses communes » avec le théoricien du sionisme Theodor Herzl, auteur de L’État juif (1896). En Israël, le patron du FPO a ajouté :

 

« Nous portons une responsabilité particulière vis-à-vis de ce pays prospère. Il a été édifié par des gens qui viennent d’Europe, certains volontairement, mais la plupart suite aux persécutions des nazis. »

 

 

Une Déclaration de Jérusalem qui va faire parler

 

      Et ce mardi 7 décembre, Heinz-Christian Strache et les autres dirigeants européens devaient lancer (2), depuis Jérusalem, la « Déclaration de Jérusalem ». Un texte, qui, après de nombreux amendements des différents signataires, proclame leur indéfectible attachement aux droits de l’homme et en l’humanisme... et voit en Israël un « partenaire privilégié » face au terrorisme – islamique, bien sûr, mais en est-il d’autres ? –, à l’islamisme, à l’extrémisme, etc.

 

« Nous avons vaincu les systèmes totalitaires comme le fascisme, le national-socialisme et le communisme, y lit-on. Maintenant, nous nous trouvons devant une nouvelle menace, celle du fondamentalisme islamique, et nous prendrons part au combat mondial des défenseurs de la démocratie et des droits de l’homme. »

 

      Au nombre desquels, on l’a compris, il faut compter les Israéliens. Et les Palestiniens dans tout ça ? il était envisagé de mentionner la « question palestinienne » par une formule consensuelle, mais sans qu’il soit fait allusion à un possible État palestinien. Pas question de fâcher les hôtes.

      Ce voyage, et cette Déclaration de Jérusalem, constituent un événement considérable dans le paysage politique européen, qui peut faire croire, en première analyse, qu’il peut être profitable aux protagonistes, comme avait pu l’être la visite de l’ita1ien Gianfranco Fini, en 2003, à Yad Vashem, le mémorial aux victimes de l’holocauste. Gianfranco Fini, ayant rompu avec le fascisme dont, en sa qualité de président du MSI, il était l’héritier, s’est « normalisé » jusqu’à se placer à l’aile... gauche de la coalition gouvernementale de Silvio Berluscani (qu’il est en train de faire exploser).

 

 

Un voyage qui pose au moins six problèmes

 

      La démarche des pèlerins de ce mois de décembre est bien sûr différente. Ils n’ont pas, a priori, la volonté de réussir en politique pour la simple vanité d’accéder aux responsabilités les plus hautes. Ce qui les rassemble est un combat commun : celui contre l’ « islamisation » de l’Europe. Indiquer, aussi ostensiblement, qu’il passe par un « axe occidental » (une alliance entre l’Europe, les États-Unis et Israël pour faire simple) est cependant très lourd de dangers, pour de nombreuses raisons :

 

* La question israélo-palestinienne est d’une complexité inouïe. Feindre de croire que l’impossibilité de la résoudre, depuis des décennies, est de la responsabilité des Palestiniens et d’eux seuls, est d’une hypocrisie qui ne pourra qu’être mise sur le compte d’un aveuglement diplomatique... et stratégique. De sorte que la sincérité de l’opération ne pourra qu’être mise en doute.

 

* Le but de ce voyage est limpide. Il s’agit, pour les visiteurs, de se faire reconnaître comme des interlocuteurs valables, c’est-à-dire d’obtenir, en Israël, l’adoubement qui leur est refusé... chez eux. Ou qu’ils estiment insuffisant. C’est donner un peu plus corps, encore, à la théorie selon laquelle quiconque prétend, en Europe, accéder au pouvoir doit passer sous les fourches caudines de l’État hébreu. Pour relancer l’antisémitisme, il n’y a pas mieux.

 

* Le discours à la Wilders, qui consiste à amalgamer les Palestiniens et ceux qui les dirigent aujourd’hui dans la bande de Gaza (le Hamas), est aussi pertinent que si l’on disait que tous les Américains étaient, hier, « bushistes ». La question palestinienne ne peut pas être réduite à l’islamisme. Si le Hamas est arrivé au pouvoir, c’est d’abord parce que la situation sociale était tragique et que le Hamas y apportait des réponses, et parce que le Fatah était particulièrement corrompu. Et aussi, un peu, parce que Israël a longtemps poussé le Hamas contre le Fatah... Si le Hamas disparaît, la revendication palestinienne de disposer d’un État sera toujours là.

 

* Le combat contre la poussée fulgurante de l’islam en Europe, tant par la progression du halal que par l’édification de mosquées, est aujourd’hui essentiel. La seule voie possible pour le remporter est celle choisie par l’Union démocratique du centre (UDC) en Suisse : la défense de notre civilisation et de nos valeurs. C’est ce que la plupart des partis représentés en Israël faisaient jusque-là. Désormais, ils risquent d’être perçus – à tort peut-être mais peu importe – comme de simples relais, ou agents, de la « propagande sioniste ».

 

* Curieusement, ces partis, qui refusaient l’importation du conflit israélo-palestinien sur le sol européen, vont participer de son renforcement. Comment, maintenant, dénoncer les prises de position anti-israéliennes de pans importants de l’immigration musulmanes alors qu’on a, soi-même, été choisir leur adversaire comme allié de l’extérieur face à eux ? Là aussi, gare à l’effet boomerang sur les communautés juives d’Europe. On n’ose croire à une stratégie du pire qui consisterait à attiser les tensions pour mobiliser les juifs d’Europe contre l’islam. A ce jeu-là, c’est rarement la démocratie et la liberté qui gagnent.

 

* Enfin, l’expérience (irakienne ou afghane) montre que d’aller combattre l’islamisme au bout du monde ne fait que le renforcer, là-bas et ici.

 

 

      Il n’y avait -toujours à notre connaissance lundi soir – aucun représentant de quelque parti français que ce soit en Israël.

 

Bruno Larebière (Minute, n°2490 du 8 décembre 2010).

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Published by Eric Adelofz - dans Ennemi de l'intérieur
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