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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 17:17

      Dans le monde moderne, il est deux facteurs qui empêchent de comprendre le sens qu’avait la spiritualité dans notre tradition la plus ancienne : le premier est le caractère abstrait de notre culture ; le second est l’exaltation d’une force dénuée de lumière.

 

      D’un côté, il est des gens qui identifient l’esprit à la simple érudition de bibliothèque ou d’amphithéâtre universitaire, aux jeux intellectuels de la philosophie, à l’esthétisme littéraire ou vaguement mystique. De l’autre, les jeunes générations ont fait du sport une véritable religion et ne voient rien d’autre que l’ivresse d’une séance d’entraînement, d’une compétition et d’un exploit physique : elles ont donc fait du sport un but et une idole au lieu d’en faire un moyen.

 

      Cette opposition apparaît même à certains comme une sorte de dilemme. En fait, de même que, chez « l’homme cultivé », il y a souvent une répugnance innée pour toute espèce de discipline physique, ainsi, chez les sportifs, la sensation de la force physique alimente souvent un mépris pour ceux qui, dans les « tours d’ivoire », s’en tiennent aux livres et à d’inoffensives batailles de mots.

 

      En réalité, ce sont là deux erreurs, toutes deux fruits de la décadence moderne, toutes deux étrangères à la vision héroïque de l’esprit qu a constitué l’axe de notre meilleure tradition classique .

 

      On oublie trop souvent que la spiritualité est essentiellement un mode de vie et qu’elle n’est pas déterminée par ce qu’on a emmagasiné de notions, d’idées, de théories, mais par ce qu’on a réussi à faire vibrer dans les courants de son sang, et qui se traduit ainsi par une supériorité par une profonde noblesse de l’âme et du corps lui-même.

 

C’est à ce point de vue qu’il est possible de comprendre une discipline qui, même si elle concerne les énergies corporelles, ne commence et ne finit pas avec elles, mais est un moyen de réveiller une spiritualité vivante, organique, dans le cadre d’une discipline de caractère supérieur ou intérieur.

 

      Chez l’ascète, cette discipline est présente de façon pour ainsi dire négative. Chez le héros, en revanche, elle apparaît d’une façon positive, affirmative, qui est propre à l’Occident. La victoire intérieure sur les forces les plus profondes qui font surface dans la conscience dans les moments de tension ou de danger mortel est la condition du triomphe dans un sens extérieur, mais c’est aussi le signe d’une victoire de l’esprit sur l’esprit et d’une transfiguration intérieure. De là vient que, dans l’antiquité, le héros et l’initié furent pareillement auréolés de sacré et que des figures de héros furent considérées comme des symboles d’immortalisation.

 

      Mais dans la civilisation moderne, tout vise à étouffer le sens héroïque de la vie. Tout tend à la mécanisation, à l’embourgeoisement, à la grégarisation méthodique et prudente d’être insatiables et dont aucun ne se suffit lui-même. La communication avec les forces profondes et libres de l’homme et avec celles des choses et de la nature est rompue, le démon des métropoles pétrifie toute vie, syncope toute respiration, contamine toute source. Qui plus est, des idéologies pacifistes attisent le mépris des valeurs qui, à d’autres époques, servaient de base à une organisation sociale plus rationnelle et plus éclairée ; car, dans les anciennes communautés, le sommet de la hiérarchie était occupé par la caste de l’aristocratie guerrière, tandis qu’aujourd’hui, dans les utopies pacifistes et humanitaires, on cherche à faire du guerrier une sorte d’anachronisme, un être dangereux et nuisible, qui, dans l’avenir, sera éliminé par une prophylaxie opportune, au nom du « progrès ».

 

      Étouffée, la volonté héroïque cherche d’autres voies, d’autres issues, à travers le filet des intérêts pratiques, des passions et des convoitises, qui se resserre chaque jour davantage. L’excitation que provoque le sport chez les modernes en est une expression. Mais la volonté héroïque doit être ravivée, reprendre de nouveau conscience d’elle-même et s’élever au-delà des limites de la matérialité.

 

      Dans le combat contre les sommets et les vertiges des hauteurs, l’action est en effet libre de tout ce qui est machine, de tout ce qui affaiblit le rapport direct de l’homme avec les choses. Et, à l’approche du ciel et de l’abîme – dans la grandeur silencieuse et immobile des cimes, dans la violence implacable des vents et de la tourmente, dans la clarté désincarnée des glaciers ou dans la redoutable verticalité des parois -, il est possible de réveiller, par ce qui peut sembler d’abord un simple exercice physique, le symbole d’un dépassement, une lumière virilement spirituelle, et de communiquer avec les forces primordiales enfermées dans les membres du corps : l’effort physique du grimpeur est plus que physique et l’ascension victorieuse peut représenter quelque chose qui n’est plus simplement humain. Dans les anciennes mythologies, les sommets montagneux étaient considérés comme la demeure symbolique des « dieux », et c’est là un mythe, mais c’est aussi l’expression allégorique de quelque chose de réel, et dont on peut toujours faire de nouveau l’expérience en soi-même.

 

      Dans la vie – comme l’a fait remarquer Simmel après Nietzsche – il y a ce pouvoir étrange et presque contradictoire de s’élever jusqu’à ces sommets où le « surcroît de vie », la plus haute intensité de la vie, se transforme en un « plus-que-vivre ». Sur ces sommets, telle une chaleur transfigurée en lumière, la vie, pour ainsi dire, se libère d’elle-même, non pas dans le sens d’une suppression de l’individualité et d’une sorte de naufrage mystique, mais dans le sens d’une affirmation transcendante de l’individualité, dans laquelle l’angoisse, le désir, la soif et l’agitation incessants, la recherche de croyances, d’appuis et de buts humains font place à un état de calme dominateur. Dans la vie, et non en dehors d’elle, il y a quelque chose de plus grand que la vie. Et cette expérience – car il ne s’agit pas là de telle ou telle croyance ou théorie, toujours vaine et relative, mais bien d’une expérience qui est tout aussi réelle et indubitable que, par exemple, celle du plaisir ou de la douleur – cette expérience, disions-nous, a pour caractéristique d’être une valeur, elle-même, un bien en elle-même, alors que la vie ordinaire n’obéit qu’aux intérêts, aux choses extérieures ou aux conventions.

 

      Cette nature profonde de l’esprit qui se sent infini, toujours au-delà de lui-même, toujours au-delà de toute forme et de toute grandeur qu’il trouve en lui ou en dehors de lui, s’éveille et resplendit – dans la « folie » de ceux qui, sans but matériel, sans raison spécifique, sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à défier les sommets, portés par une volonté qui triomphe de la fatigue, de la peur, de la voix de l’instinct animal de prudence et de conservation.

 

[…]

 

      Grimper de rocher en rocher, de prise en prise, de crête en crête, inexorablement, pendant des heures – conscient de l’altitude et du danger imminent, enivrant – et enfin, après la dure épreuve de l’autodiscipline, la sensation d’une indicible libération, d’une solitude solaire et du silence, lorsque la cime est atteinte, la lutte couronnée de succès, l’angoisse maîtrisée, et que s’ouvrent des horizons vertigineux qui s’étendent sur des centaines de kilomètres, alors que tout le reste est plus bas – en tout cela on trouve vraiment la possibilité effective d’une catharsis, d’un éveil, d’une renaissance de quelque chose de transcendant.

 



Julius Evola, Méditations du haut des Cimes.



http://img690.imageshack.us/img690/5002/adolfwampergeniusdessie.jpg
Adolf Wamper - Genius des Sieges (1940)

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Published by Alexandre Janois - dans Ethique
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commentaires

AHAE 17/01/2011 16:56



Commentaire à l'emporte-pièce sans aucun fondement, visiblement un manque chronique de réflexion bref commentaire d'une indigence, débilité et même stérilité intellectuelles consternantes et qui
augure de beaux jours pour notre avenir. Un triste plagiat du sketch de Thierry le Lurron /Georges Marchais.



jean 17/01/2011 15:43



Les paîens et athées sont totalement ignares en matière de religion, je ne dis pas de christianisme, je dis de religion, ils n'ont même pas le B.A BA 


Pourtant ils savent tout



AHAE 17/01/2011 11:42



Il ne faut pas esquiver comme à chaque fois le fond de mon commentaire et ne parler que de détails de l'Histoire, et qui plus est, souvent de façon erronée.


Honte à vous nationalistes, descendants de peuples européens de vous acoquiner avec une religion sémitique qui n'est pas de votre civilisation. Voilà Vérus un point que vous n'abordez jamais.


Pour ce dont vous parlez et qui n'a en fait rien à voir avec avec mon propos initial,


Je vous ferais remarquer  que la chute de l'empire romain est de peu postérieur à l'implantation de la chrétienté.  C'est cela l'essor dû au christianisme dont vous parlez ? Je me
gausse ! L'empire romain n'a jamais été aussi faible que depuis l'implantation du christianisme. Julien l'Apostat, j'espère que vous connaissez, a été un empereur bien plus brillant que nombre
d'empereurs chrétiens, chrétiens d'ailleurs parfois par opportunité politique.


J'aime bien aussi : "Le peu que je sache, certaines rivalités régnaient entre les états catholique...""" Ouais Vérus. Pendant 1500 ans des guerres incessantes entre les états, des guerres
incessantes avec les Grands à l'intérieur des royaumes, des guerres de religion (qui n'existaient pas dans les pays païens), des guerres fratricides car tous les monarques et les Grands étaient
apparentés, sans parler du peuple.


Et vous ajoutez "..et elles disparaîtront ou presque devant l'expansion ottomane"Heureusement que votre début de phrase commence par "Le peu que je sache" Sage précaution. Révisez votre histoire,
les rivalités européennes n 'ont jamais pris fin avec la tentative d'expansion ottomane, même François 1er s'est allié à eux contre Charles Quint ! Quand les Ottomans ont été défaits devant
Vienne en 1683, il n'y a plus eu de guerres européennes hein ? Si peu !


J'aime aussi : "Avec la Foi tout est possible" C'est cela même ! Allez user vos genoux sur les marches des églises et votre dieu chassera les infidèles. Il est si fort qu'il a besoin du bras armé
des humain qui doivent se substituer à lui . """C'est fou le nombre de psychopathes à qui dieu délègue ses pouvoirs... on dit toujours que parler avec dieu s'appelle prier, mais de croire que
dieu vous parle c'est de la schizophrénie"""


Poursuivez donc cette œuvre schizophrène. Pauvres humains !


Je la fais à la Caton : Les religions sont des abominations humaines.


(je concède cependant que l'on puisse être agnostique. Nous vivons dans un monde de principe de précaution)


Fin pour moi.


 



verus 16/01/2011 22:44



Le peu que je sache, les nations auraient été anéanties si notre religion était « l’ennemi du nationalisme ». Pourtant, c’est à l’époque où la religion Catholique fut la seule religion
officielle que les états modernes verront leur essor. L'État central se renforce d’abord en Espagne par les rois catholiques Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille vers la fin de la
Reconquista. Leur union marque une nouvelle géographie politique de l'Europe moderne. Ils furent des Catholiques. La naissance d'un État centralisé, que ce soit en Angleterre, en France ou dans
les royaumes ibériques. Pourquoi centralisé ? Avec leur orientation vers la paix et souvent le commerce dans certains cas, il fallait trouver d’autres moyens favorables à la levée de
l'impôt. Peut-être, il nous faut la décentralisation pour revenir à la Foi ! Quand même, Portugal savait conserver son indépendance malgré sa tendance à l’unification et à la centralisation. Le
peu que je sache, certaines rivalités régnaient entre les États catholiques aussi, mais elles disparaîtront ou presque devant l'expansion ottoman. La détérioration de la menace est plus compliqué
aujourd’hui avec les dites « libertés religieuses » et avec les rivaux tellement obstinés parmi nos rangs. Mais avec la Foi, tout est possible, c’est peut-être ça qui nous manque.


 


« La victoire intérieure sur les forces les plus profondes qui font surface dans la conscience dans les moments de tension ou de danger mortel est la condition du triomphe dans un sens
extérieur, mais c’est aussi le signe d’une victoire de l’esprit sur l’esprit et d’une transfiguration intérieure. » (Evola)


 


C’est exprimé beaucoup mieux et d’une manière bien plus réelle par St. Ignace et son « combat intérieur » - le peu que je sache. 



AHAE 16/01/2011 18:48



Affligeant  !  Le père Noël c'est seulement dans 11 mois.


Les religions, principalement les trois religions du désert, toutes trois d'origine sémitiques, sont les ennemis du nationalisme et de l'humanité. L'occident européen doit se défaire de ce lien
sémitique qui n'est pas de sa civilisation et de son sang. 


Le paganisme (dont je ne suis pas) et qui était la vraie religion de l'occident avant le règne, imposé par la violence,  du christianisme sémitique, est beaucoup plus  "réaliste" car il
s'identifie principalement aux forces naturelles de la Terre et de l'Univers dont nous sommes tous dépendants. Seul l'homme par la force contrôle les 3 religions du désert. Le paganisme de ce
fait a à mon sens un côté écologiste que n'ont pas les 3 religions sémitiques. D'ailleurs l'abattage hallal ou kascher ne semble pas gêner le catholicisme, pas plus d'ailleurs que l'absorption de
cette viande ! 


Le peu que je sache à travers quelques articles, est qu'Evola, dont on parle régulièrement sur ce site était païen et anti chétien.  Quelqu'un qui m'est déjà sympathique de par cette
lucidité de l'esprit. On ne peut pas avoir deux maîtres.



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