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19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 16:16

Chapitre consacré à celui qui est le véritable fondateur du nationalisme moderne dans Doctrines du nationalisme de Jacques Ploncard d'Assac. Nous retrouvons dans son oeuvre les raisons qui expliquent la nécessité de défendre son identité, la dénonciation du système financier et ouvrait la voie à un nationalisme déjà social et qui n'avait pas attendu pour être radical.





 

La formule nationaliste est née presque entière de lui ; et Daudet, Barrès, nous tous, avons commencé noter ouvrage sur sa lumière.

 

Charles Maurras; L’Action française, 6 février 1937.

 

 



      Sur la fin du XXe siècle, les institutions démocratiques commen­cèrent, un peu partout en Europe, à entrer en décadence. En trente ans, les souverains de la Sainte Alliance avaient abandonné le pou­voir aux Assemblées, en trente autres années les puissances occultes et financières s'emparèrent des Assemblées.

      En France les idées de 1789 avaient déroulé leurs conséquences néfastes plus vite que dans le reste de l'Europe. Il était donc dans l’ordre des choses que la réaction s'y manifestât plus tôt qu'ailleurs.

      Mais il fallait d'abord que le pays prît conscience des périls qui le menaçaient dans l'ordre intellectuel, dans l'ordre économique et dans l'ordre politique.

 

« Quelquefois, les peuples s'éteignent dans une agonie insensible, qu'ils aiment comme un repos doux et agréable; quelquefois ils périssent au milieu des fêtes, en chantant des hymnes de victoire et en s'appelant immortels. »

 

dit Lacordaire.

      Or, la France au lieu « de rentrer en elle-même, d'essayer de guérir puisque Dieu, dit l'Écriture, a fait les nations guérissables », semblait pouvoir « finir dans l'apothéose théâtrale ».

      Tel était le jugement d'Édouard Drumont (1) qui, en cinq gros volumes intitulés Études psychologiques et sociales (2) bourrés de faits et de passion, allait dresser le bilan de la IIIe République à la fin du XIXesiècle et susciter un puissant courant d'opinion d'où sortirait le Nationalisme.

      L'intensité du mouvement provoqué par Édouard Drumont fut considérable. Tout entière axée sur un sursaut passionnel devant ce qu'il a appelé lui-même « la fin d'un monde », son action devait affecter en partie, pour des raisons historiques qui n'entrent pas dans le cadre de cette étude, la forme d'un mouvement antisémite, spontané et populaire. Mais derrière sa façade antisémite, la réaction que provoque l'auteur de la France Juive, en 1886, visait plus loin que la dénonciation de quelques banquiers internationaux juifs, et non juifs aussi d'ailleurs. En réalité, ce que Drumont avait observé, c'étaient les premiers symptômes de la malfaisance du libéralisme économique dans le sein d'une démocratie libérale.

      Dans une société politique inorganique, une économie inorganique engendrait tous les excès du capitalisme de spéculation et boule­versait profondément la société traditionnelle.

 

 

      Édouard Drumont se fit l'historien de cette « fin d'un monde ».

      Il le fit sans grand espoir, avec un pessimisme foncier, mais en apportant une méthode juste qui, à travers Barrès, Bourget et Maurras prendra sa forme définitive sous le nom d’« empirisme organisateur ».

      Drumont avait fait observer que « la Mort est un aussi grand débat que la Vie. L'Agonie est un combat comme la Naissance. La décomposition de l'être est aussi compliquée que sa formation et il faut envisager la terminaison de l’existence comme un tableau aussi coloré, aussi complexe, aussi varié, aussi mouvementé que l'existence elle­-même ».

      Et il en tirait cette conclusion :

 

« Pour savoir bien quelles conditions sont nécessaires pour que vive une Patrie, il faut regarder attentivement comment meurt un monde qui a formé peu à peu dans cette Patrie comme une agglomération de bacilles. Pour bien connaître les nécessités primordiales de l'être, il faut apprendre comment on arrive au non-être et demander à ce qui expire "ce secret de la vie" que saint Antoine, selon l'expression de Flaubert, "tâchait de surprendre, à la lueur des flambeaux sur la face des morts" ».

 

Plus tard, Barrès, Bourget surtout et Maurras mettront en termes, scientifiques cette analogie du corps social et du corps humain. Ils en tireront cette notion essentielle de la doctrine nationaliste : que la société est soumise non à la fantaisie de ses volontés, mais à des lois qu'il ne s'agit pas d'inventer, mais de découvrir.

L'essentiel de cette théorie est déjà tout entier dans Drumont :

 

« Rien n'est instructif comme de rechercher l'origine pre­mière des maladies qui lentement, mais sûrement, usent, dégradent et ruinent peu à peu l'organisme. Le terme de mort subite, en 'effet, ne peut rien dire et l'on ignore trop les élaborations énormes qu'il faut pour faire ce qu'on appelle une catastrophe soudaine. La désagrégation s'opère progressivement, mais sans hâte et dans la société, confédé­ration de tissus, les débuts du mal sont toujours lointains, Ignorés et obscurs. On tombe par où l'on penche, voilà la loi ; c'est un rien d'abord, une perturbation presque insensible, un grain de sable dans l'engre­nage puis le désordre partiel, puis les ressorts brisés et l'arrêt définitif...

« Lecadavre social est naturellement plus récalcitrant et moins aisé à enterrer que le cadavre humain. Le cadavre humain va pourrir seul au ventre du cercueil, image régressive de la gestation ; le cadavre social continue à marcher sans qu'on s'aperçoive qu'il est cadavre, jusqu'au jour où le plus léger heurt brise cette survivance factice et montre la cendre au lieu du sang. L'union des hommes crée le men­songe et l'entretient : une société peut cacher longtemps ses lésions mortelles, masquer son agonie, faire croire qu'elle est vivante encore alors qu'elle est morte déjà et qu'il ne reste plus qu'à l'inhumer ». (3)

 

      Chercher ce qui fait « pencher » la société française en ces der­nières années du XIXesiècle, tel fut l'objet de la recherche de Dru­mont. Il en trouvera la raison dans ce qu'il appellera « le faux chemin pris en 1789, un chemin au bout duquel on croyait trouver Salente et dans lequel on s'est obstiné, après n'y avoir rencontré que des désillusions, des catastrophes et des doutes » (4).

      Au « moi », à l'individualisme, il oppose les lois de l'hérédité :

 

« Un être n'est pas si simple qu'on le croirait : c'est un ensemble ; il se compose de traditions qui le rattachent à ceux qui ont vécu avant lui, de sentiments qui l'attachent aux gens qui sont du même pays que lui. Dès qu'il est dépouillé de tout cela, qu'il s'est mis hors de sa religion, hors de sa race, hors de sa patrie, il n'a plus de rapports, plus de racines, plus de place à lui dans l'organisation sociale » (5).

 

      Ce sont à peu près les termes dont se servira Barrès : « les déra­cinés », « la Terre et les Morts », Édouard Drumont mourut le 5 février 1917, en pleine guerre, à demi oublié, à demi aveugle, pauvre, probablement plus misan­thrope que jamais...

      Il avait publié six gros volumes d'études sociales et psychologiques et dirigé un quotidien: La Libre Parole. Il avait été député, exilé, emprisonné. Il avait été la figure centrale de l'Affaire Dreyfus. Il avait agité tout le petit peuple d'ouvriers, de curés de village, de petits actionnaires ruinés, d'officiers, de nobles de province restés fidèles à la terre. Il avait aidé à exprimer la révolte spontanée de ce petit peuple qui constitue le fond même des nations et où le nationalisme, dans tous les pays, ira recruter le meilleur de ses militants. C'est lui encore qui employa le premier dans son journal La Libre Parole, en 1892, l' expression national-socialisme et dans son œuvre se dessine déjà cette synthèse du national et du social qui va être la grande caractéristique des révolutions nationales du XXe siècle. Il avait fort bien distingué que la Bourgeoisie jacobine de 1793 en détruisant les Corporations avait « mis ceux qui n'allaient rien à la merci de ceux qui allaient quelque chose ».

      Il fut le photographe de la « fin d'un monde ». Il vint avec son appareil se placer au bon endroit sans souci de déranger les gens. Il choisit bien son éclairage, ne se trompa jamais sur le personnage à qui donner le gros plan.

      Il avait d'ailleurs une tête de photographe avec ses longs cheveux et ses petits yeux de myope derrière ses lunettes.

 

http://img163.imageshack.us/img163/5504/edouarddrumont2.jpg


1. La Fin d'un Monde, p. 111.
2. La France juive, La Fin d'un Monde, La Dernière Bataille, Le Testament d'un Antisémite, Sur le Chemin de la Vie, etc.
3. La Fin d'un Monde, p. 11.
4. Ibid. p. 259.
5. La Dernière Bataille, p. 142.

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Published by Alexandre Janois - dans Doctrines politiques
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jules 27/02/2011 21:26



Pour info:


http://www.youtube.com/watch?v=eOsZkndTJAs



Hammer 19/11/2010 20:32



Les livres en ligne de l'Auteur :


http://www.the-savoisien.com/wawa-conspi/viewtopic.php?id=100


et la revue de La Libre Parole (rare) d'Henry Coston


http://www.the-savoisien.com/wawa-conspi/viewtopic.php?id=286


En préparation De l'or de la boue, du sang (si rare que personne ne le connaissez plus)


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