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23 juin 2009 2 23 /06 /juin /2009 09:55

[Pol Vandromme s'est éteint le 28 mai 2009 à l'âge de 82. Voici un hommage publié par Valeurs Actuelles.]



Cher Pol, comme ces hussards dont vous fûtes le compagnon de route et le meilleur exégète, vous n’étiez guère porté sur les épanchements du coeur, mais cela ne vous empêchait pas de pratiquer l’amitié comme personne, avec une pudeur de gentilhomme et une audace de timide.


Vous qui portiez à Maurras une admiration sans complaisance (puisque la vraie admiration est critique), vous étiez un démenti vivant à son adage selon lequel la littérature accroît la férocité naturelle de l’homme. Au terme d’une vie consacrée à son illustration, la littérature était restée pour vous, au contraire, un refuge sacré où, à l’écart d’une époque confuse et souvent peu ragoûtante, il était loisible, enfin, d’admirer, où l’on pouvait sans forfaiture s’enthousiasmer sans mesure. Une école buissonnière où les détours solitaires d’un plaisir d’esthète débouchaient toujours sur des clairières de fraternité irrévérencieuse.

Lorsqu’il y a peu de mois, nous vînmes vous visiter en votre tanière de Loverval, avec votre plus fidèle éditeur, Pierre-Guillaume de Roux, et l’ami Philippe Barthelet, vous et votre épouse Andrée nous reçûtes en famille, ayant tout naturellement convoqué pour l’occasion votre fille Florence et votre petite-fille Pauline (Thomas était absent) : car, pour vous, la littérature était avant tout une famille, le foyer d’une complicité charnelle où les noms d’écrivain servent de mots de passe pour pénétrer un cercle intime où les querelles ne manquent pas, certes, mais finissent toujours par être étouffées par les liens indissolubles de la fidélité et de l’amour du verbe.

Au début des années 1990, nous étions quelques jouvenceaux pour qui votre nom faisait partie de ces mots de passe, au milieu de ces écrivains de droite auxquels vous aviez consacré des essais d’une empathie chaleureuse, les Drieu, Nimier, Aymé, Céline, Brasillach, Anouilh, Marceau, Mohrt, inventant au passage une manière de politique littéraire qui ne pouvait qu’enchanter des jeunes gens aux dégoûts communs, en quête de hauteur.

Hussard d’honneur ayant refusé de délaisser votre Charleroi natal comme vous y invitait Roger Nimier pour vous joindre à une escouade qui vous impressionnait, préférant observer la littérature française de loin,avec le recul purement géographique que vous donnait votre fidélité à une Belgique improbable, vous étiez devenu si intimement lié à notre histoire littéraire que nous vous intégrions spontanément à nos refrains mélancoliques de partisans du “gentil dauphin” : «Orléans, Beaugency,Notre-Dame de Cléry, Vandromme,Vandromme…»

Plus tard, vous nous avez confié que l’enthousiasme de quelques jeunes gens dans notre genre vous avait conforté en un moment où,un peu oublié de Paris, vous doutiez de votre travail. Votre modeste maison de Loverval, encombrée de livres comme il se doit, n’était pas celle d’un de ces connétables des lettres pour qui la critique, de comité de lecture en jury de prix influents, était la voie royale vers les honneurs et les prébendes.

Vous avez préféré les sentiers de traverse, affichant votre admiration pour les réprouvés, refusant de traiter la littérature en mère maquerelle de la gloire quand elle était pour vous la plus gratuite, la plus pure des quêtes amoureuses.Vos fidélités, vos amitiés, vos dégoûts, votre refus de sacrifier au culte des vaches sacrées de l’imposture sentencieuse et moralisatrice, votre style de haute tenue, d’une poésie volontiers elliptique, aux allures de cavalcade songeuse, qui prouvait encore et toujours que la critique, c’est encore de la littérature : tout cela conspirait à faire de vous un irrégulier, et de vos livres des signes de reconnaissance pour ceux qui ne confessaient pas le catéchisme matriculaire d’une époque sans panache ni noblesse.

Vous, vous en teniez pour cette civilisation des particularismes, cette France de la douceur de vivre et des vertus provinciales, cette religion des bannières et des carillons, ce que vous appeliez dans un de vos plus beaux textes, qui conclut vos Bivouacs d’un hussard (La Table ronde), « le côté giralducien de la vie ».Vous y esquissiez cet autoportrait qui me permet, avec un bonheur douloureux, de vous laisser le dernier mot :



 

« Pessimiste rageur à la lisière de la forêt, pessimiste amer dans sa tour d’ivoire, pessimiste heureux sur sa terre à moissonner, voilà mon itinéraire. Moins fou sans être devenu sage, moins bête sans m’être corrigé par l’intelligence sociale, hypnotisé par la grâce humaine et offusqué par la disgrâce du monde, avec peu de certitudes mais si robustes que rien ne les entamera désormais, et cette foi des sceptiques, leur repos aussi, les doutes qui ne bloquent pas les chemins qu’ils obstruent. Il me semble que je n’ai pas à rougir, non plus du reste à me vanter, de ce que je suis : belge de passage, provincial de Paris, français à titre étranger, citoyen de la littérature française, indépendant apparenté au groupe antiparlementaire La France du bonheur. »

 

 

 


 

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