Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 20:28


Deutsche Stimme (DS) : Cher Monsieur Le Pen, les élections législatives et présidentielles n’ont pas donné les résultats espérés pour le Front national. Cependant, tous les commentateurs sont d’accord pour dire que M. Sarkozy n’a eu du succès que « parce qu’il a parlé pendant la campagne électorale comme Le Pen ». Avez-vous, de manière paradoxale, plus changé que tous les autres le paysage politique en France sans pour autant avoir pu maintenant obtenir le succès mérité ?


Jean-Marie Le Pen : Les idées pour lesquelles le Front National se bat depuis 30 ans ont en effet constitué l'enjeu de l'élection présidentielle. Le patriotisme, le rétablissement de l'ordre, la maîtrise de l'immigration, la famille, la revalorisation du travail et du mérite, la baisse des impôts et des charges... Les deux finalistes du 6 mai se sont sentis obligés de reprendre dans leurs discours ces valeurs que jusqu'à cette année j'étais le seul dirigeant politique à défendre. Et madame Royal a été battue parce que les Français ont cru que la candidate socialiste était sur ce programme-là moins crédible que monsieur Sarkozy. Quant aux candidats qui se réclamaient publiquement de l'idéologie soixante-huitarde au pouvoir depuis bientôt 39 ans, ils ont recueilli des scores dérisoires. Malgré des moyens considérables apportés notamment par ses deux groupes parlementaires, (l'un à l'Assemblée nationale et l'autre au Sénat), par ses treize mille élus locaux, par ses dizaines de municipalités, par ses deux conseils généraux et par toutes les collectivités territoriales gérées avec les socialistes, le parti communiste a obtenu moins de 2 %, à peine plus que la candidate des Verts et que le chouchou des médias, le faux paysan, Joseph Bové. La régularisation des immigrés clandestins, le droit de vote des étrangers, la dépénalisation de la drogue, le laxisme à l'école, l'antimilitarisme, le collectivisme, les délinquants présentés comme des victimes de la société..., tous ces mensonges qui nous ont fait tant de mal, les Français les ont rejetés. Tel est le résultat de ce que certains sociologues appellent en France « la lepénisation des esprits ».


DS : Après sa victoire électorale, M. Sarkozy vous a invité à l’Elysée pour vous parler. De quoi avez-vous parlé avec M. Sarkozy et comment jugez-vous sa personne ?


Le Pen : En me recevant à l'Elysée, ainsi qu'il l'a fait pour les dirigeants de tous les grands partis politiques français, le nouveau président de la République renoue avec une tradition républicaine que ses prédécesseurs, notamment monsieur Chirac, avaient rompue à l'égard du courant patriotique que je représente. Si je salue la courtoisie de monsieur Sarkozy, je n'en condamne pas moins sa politique.

Le premier entretien que j'ai eu à l'Elysée portait sur son projet de « mini » traité européen. Le ton courtois de notre conversation ne m'a pas empêché de lui faire part de mon opposition totale. Son projet reprenant les principales dispositions de la Constitution européenne et qui sera soumis, non pas à référendum, mais au vote des parlementaires, bafoue la volonté du peuple français qui, le 29 mai 2005, avait rejeté la Constitution européenne. Notre second entretien a porté sur la réforme des institutions de notre pays. Je lui ai fait part des propositions du Front National qui veut notamment, d'une part, rendre à notre Etat sa souveraineté, de l'autre, accroître le rôle et la représentativité du Parlement. L'Assemblée nationale actuelle n'est guère représentative du peuple français : deux partis, l'UMP et le PS, occupent 90% des sièges ; les communistes, dont la candidate à l'élection présidentielle n'a obtenu que 1,9% des voix, ont cependant un groupe parlementaire ; le Front National avec plus de cinq fois plus d'électeurs n'a aucun député. Cette absence de représentativité empêche le Parlement d'exercer sa fonction : contrôler le gouvernement et faire les lois. Quand elles ne sont pas conçues à Bruxelles, (c'est le cas de 80% de notre législation), nos lois sont faites ou défaites, soit par les lobbies, soit par la rue. L'instauration de la proportionnelle intégrale permettra au Parlement de jouer son rôle.


DS : Dans son premier discours après son succès électoral, M. Sarkozy a dit vouloir protéger l’identité nationale des Français. De tels propos seraient impensables après l’élection d’un chancelier allemand. Comment jugez-vous la différence entre la fierté nationale en France et en Allemagne ?


Le Pen : Monsieur Sarkozy est un homme politique habile qui, pour arriver au pouvoir et s'y maintenir, est à l'écoute des grands mouvements d'opinion. Le retour du patriotisme en est un. Il est le résultat du travail du Front National qui, depuis plus de vingt ans, recueille le soutien de millions d'électeurs.

Il en sera de même en Allemagne quand les patriotes auront installé durablement et solidement leur famille politique.


DS : Pensez-vous qu’une plus grande fierté nationale allemande soit dans l’intérêt de la coopération franco-allemande dans l’avenir pour défendre les intérêts européens communs, ou pensez-vous qu’elle pourrait être un danger ?


Le Pen : Nos deux nations se sont durement combattues au cours de trois guerres entre 1871 et 1945. Aujourd'hui les Français, les Allemands et tous les autres peuples d'Europe sont confrontés aux mêmes menaces : immigration, dénatalité, décadence morale, mise en place d'un super Etat européen constituant le cheval de Troie du mondialisme... Pour y faire face, plutôt que d'additionner leurs faiblesses, comme c'est le cas dans l'Europe de Bruxelles, les nations européennes doivent augmenter chacune leurs forces et bien sûr établir entre elles une coopération.


DS : Le nouveau Président français a dit vouloir imposer le respect des valeurs françaises, c’est-à-dire imposer l’obligation à toute personne qui vit en France de se comporter de manière culturelle comme un Français, ou du moins comme un Européen, faute de quoi il n’y aurait aucune place pour elle en France. Que pensez-vous de cette politique ?


Le Pen : Ne nous faisons pas d'illusions. Un ministère de l'immigration et de l'identité nationale a bien été créé. Mais les quatre objectifs que lui avait assignés dans le Figaro du 1er juin son titulaire, monsieur Hortefeux, accéléreront l'immigration-invasion de la France et la dissolution de son identité.

- « L'immigration zéro n'est pas souhaitable », a-t-il affirmé, alors que la France compte déjà près de dix millions d'immigrés.
- « L'Etat a des devoirs envers les étrangers souhaitant s'installer durablement en France », est-il écrit plus loin. Pour cela, « l'accès au logement, à la formation et au travail doit être facilité ».
- Le ministre veut par ailleurs donner aux immigrés entrés illégalement en France une prime, intitulée « aide au retour proposée à tous les étrangers en situation irrégulière ayant été invités à quitter le territoire ». Celui qui est aussi ministre de l'identité nationale est incapable de la définir. Il se contente de citer l'article premier de la Constitution de 1958 « la France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Outre le fait que cela signifie qu'à ses yeux la France n'existait pas avant 1958, cette définition peut s'appliquer à n'importe quel pays de la planète dont la Constitution reprendrait ce texte. Ces principes, le nouveau pouvoir les met en oeuvre. Ainsi en voulant élever le taux de l'immigration économique à 50% du flux total des entrées en France, le gouvernement multipliera par près de dix les chiffres de l'immigration légale. L'immense majorité des immigrés légaux venant au titre du regroupement familial et seulement 6% pour travailler, il faudra augmenter de façon exponentielle le nombre de nouveaux immigrés pour obtenir le taux de 50%.






DS : A votre avis cette politique de la priorité culturelle française aura-t-elle du succès, vu le grand nombre de jeunes musulmans en France ? Quelles sont vos propres propositions ?


Le Pen : Les velléités gouvernementales n'auront guère d'effet car l'immigration a depuis 30 ans changé de nature. Jusque dans les années 70, elle était une immigration de travail destinée à une économie de plein emploi et d'origine européenne dans sa grande majorité. Aujourd'hui, l'immigration, qui croît au rythme de près de 500 000 entrées chaque année, originaire dans sa quasi-totalité du monde musulman, menace l'identité culturelle de la France.

En réalité, la France voulue par monsieur Sarkozy ne constituerait plus un peuple, mais serait un ensemble de territoires habités par des communautés ethniques, religieuses, voire sexuelles. Dans cet ensemble qui n'aurait plus de français que le nom, les nouveaux arrivants bénéficieraient d'un traitement de faveur destiné à favoriser leur intégration. C'est la discrimination « positive » c'est-à-dire la préférence étrangère, au nom de laquelle le nouveau pouvoir favorise l'Islam aux dépens des autres religions, et notamment aux dépens de celle qui constitue un élément essentiel de l'identité française : le christianisme.

L'arrêt de l'immigration, l'interdiction des pratiques contraires à nos lois et à nos traditions, le démantèlement des associations islamistes voulant imposer la charia, telles sont les principales mesures à prendre pour sauvegarder notre identité. A terme, il est aussi indispensable d'engager une grande politique familiale afin de redresser notre natalité. Sinon, avec un indice de fécondité moyen de 1,7 (pour les femmes françaises), notre peuple disparaîtra, remplacé par d'autres plus prolifiques.


DS : Comment jugez-vous le danger de la progression de l’islam en France et en Europe, d’une part par rapport à la problématique de l’immigration, d’autre part par rapport à l'absence de tradition religieuse européenne de l’islam ?


Le Pen : Je partage l'opinion du secrétaire particulier de Benoît XVI, le Père Georges Gänswein qui, le 26 juillet dernier, déclarait : « Les tentatives pour islamiser les pays occidentaux ne doivent pas être dissimulées. La menace que cela fait peser sur l'identité de l'Europe ne devrait pas être ignorée sous prétexte de respect mal placé. »

L'islamisation de nos sociétés est la conséquence de la politique d'immigration mise en oeuvre dans nos pays par les gouvernements qui se succèdent depuis 30 ans. En France, elle a été notamment encouragée par monsieur Sarkozy qui en 2003, en créant le CFCM, (le conseil français du culte musulman), quand il était ministre de l'intérieur, a fait entrer dans les institutions de la République française des associations islamistes comme l'UOIF. Il est relayé dans nos villes par les maires UMP, comme monsieur Gaudin à Marseille, qui tentent de financer avec l'argent des contribuables locaux la construction de mosquées. Le Front National ayant obtenu dans les municipalités où il a des élus l'annulation de ces procédures qui violent la loi de 1905, le nouveau gouvernement essaiera de changer la loi.


DS : Selon vous, quel est le rapport entre la progression de l’islam en Europe et le danger progressif du terrorisme, et quel rôle y jouent les USA ? Est-ce que les états européens sont trop peu autonomes par rapport aux USA dans leur politique étrangère ?


Le Pen : Prises en main progressivement par des associations islamistes, les communautés musulmanes installées dans nos pays constituent un vivier de recrutement pour les réseaux terroristes. Les attentats qui ont ensanglanté Madrid en 2004 et Londres en 2005 l'illustrent de façon dramatique. Les auteurs de ces attentats, de même que ceux arrêtés le mois dernier en Grande-Bretagne, étaient des immigrés musulmans.

Les Etats-Unis jouent dans le développement de ce terrorisme une politique de gribouille. Ils affirment le combattre, notamment en Afghanistan, mais ils arment l'un des régimes les plus islamistes au Monde, celui de l'Arabie Saoudite, dont est originaire Ben Laden. Par ailleurs, leur opération militaire en Irak a plongé ce pays dans une violence terroriste sans précédent. Enfin, en aidant les islamistes bosniaques et kosovars contre les Serbes, les deux prédécesseurs de l'actuel président des Etats-Unis, ont installé en Europe même des foyers de terrorisme.

Les pays européens n'ont pas les moyens militaires de mener une politique étrangère indépendante de celle des Etats-Unis. Les 500 millions d'habitants des 27 pays membres de l'Union européenne dépensent collectivement et en valeur absolue deux fois moins pour leur défense que 295 millions d'Américains. Les Etats-Unis consacrent 3,4 % de leur produit intérieur brut à leur défense contre 1 % en moyenne pour l'Europe. Telle est la raison principale de l'infériorité militaire de l'Europe, obligée de s'en remettre aux Etats-Unis pour assurer sa sécurité militaire. La politique de sécurité européenne collective aggrave ce phénomène car elle renforce l'illusion selon laquelle, une défense européenne commune dispensera chaque nation de fournir un effort pour assurer sa propre défense. Plutôt que d'additionner leurs faiblesses, les nations européennes devraient augmenter chacune leurs capacités militaires dans un monde de plus en plus dangereux. Cela n'exclut aucunement une coopération, notamment dans le domaine de l'armement.



Jean-Marie Le Pen au XIII Congrès du Front national
(avec Bruno Gollnisch au second plan)



DS : Bien que votre fille ait obtenu au second tour 42 % dans sa circonscription, le Front national n’est toujours pas représenté à l’Assemblée nationale, car en raison du mode de scrutin majoritaire, il existe de fait un système d’apartheid politique. Dans ce contexte, que pourra faire le FN dans l’avenir pour peser sur la scène politique ?


Le Pen : Depuis 1988, à la suite du rétablissement par Chirac du scrutin majoritaire, les millions d'électeurs du Front National n'ont pas de représentation à l'Assemblée nationale. Cela n'a pas empêché notre mouvement de jouer un rôle majeur dans la vie politique française.

Non seulement nous avons imposé nos thèmes dans le débat politique, comme l'a prouvé la campagne présidentielle de cette année, mais nous avons aussi empêché le pire. Ainsi, pourquoi le vote des étrangers n'est-il pas encore entré en vigueur, alors que l'ensemble des partis au pouvoir y est favorable ? C'est parce que la crainte d'une montée du Front National les dissuade de le faire. Monsieur Sarkozy, qui avait déclaré vouloir donner le droit de vote aux immigrés dans un entretien donné au Monde le 24 octobre 2005, a dû ainsi faire marche arrière. Le rejet de la Constitution européenne par le peuple français est une autre illustration du de ce rôle.

Le contexte actuel offre des perspectives immenses à notre famille politique. Monsieur Sarkozy a bien sûr remporté une victoire sur le Front National. Mais cela peut être une victoire à la Pyrrhus. En venant sur nos thèmes, il a légitimé le combat que nous menons depuis 30 ans. D'autre part, en refusant d'appliquer les solutions que nous proposons et qu'attendent les Français qui l'ont porté au pouvoir, il peut conduire ceux-ci à nous accorder leur confiance.

Pour cela nous devons présenter, sans excès ni complexe, en évitant toute caricature, nos idées pour redresser la France et aussi remettre en ordre de bataille notre appareil militant.


DS : Le Front national joue un rôle important au sein du groupe ITS au Parlement Européen et également en France. Il a contribué à préserver les constitutions des pays membres de leur élimination par une soi disante « Constitution Européenne ». Dans ce contexte, comment jugez-vous la nouvelle procédure constitutionnelle européenne, entamée pendant la présidence européenne allemande ?



Le Pen : Le projet de traité européen négocié par les dirigeants de l'Europe de Bruxelles reprend les principales dispositions de la Constitution européenne, rejetée par les électeurs néerlandais et français, et enlève donc aux nations européennes les derniers éléments de leur souveraineté : La reconnaissance à l'Union européenne de la personnalité juridique. L'Europe de Bruxelles ayant alors le statut international à part entière d'un Etat, les pays membres perdront leur statut d'Etat souverain.

La création d'un ministre des affaires étrangères européen.

La suppression de la règle de l'unanimité. Un Etat ne pourra plus opposer son droit de veto à une décision qu'il estime contraire à ses intérêts.

Par ailleurs, les négociations d'adhésion de la Turquie se poursuivent, alors que nos peuples sont de plus en plus opposés à l'entrée dans l'Europe d'un pays asiatique, qui n'a pas plus de raison d'adhérer à l'Union européenne que n'en aurait le Maroc.


DS : Quelle importance aura la coopération entre les droites nationales en Europe et selon quels critères une telle « politique d’alliance » entre les droites nationales devrait-elle être instaurée ?


Le Pen : Les droites nationales en Europe peuvent coopérer en vue de créer une Nouvelle Europe, l'Europe des patries qui sera : une Europe européenne, donc sans la Turquie, fondée sur un héritage commun constitué par sa civilisation chrétienne et humaniste ; une Europe respectueuse de la souveraineté et de l'identité de ses nations membres ; une Europe avec des frontières sûres ; une Europe de la coopération, appliquant le principe de la préférence communautaire européenne.

Associée à la Russie et exploitant avec elle les immenses richesses naturelles de son territoire, Cette Europe aurait les moyens humains et matériels, d'une part, de se libérer de la dépendance économique et politique des Etats-Unis, de l'autre, de répondre à la menace constituée par l'expansionnisme islamiste.


DS : Quelle est, selon vous, la situation de la droite nationale en Europe et plus particulièrement en Allemagne ?


Le Pen : Dans toute l'Europe, le sentiment patriotique, brimé par l'esprit de repentance entretenu par les pouvoirs politique, médiatique et financier en place, se réveille. Les peuples d'Europe prennent conscience que leurs patries constituent la protection la plus efficace contre l'immigration-invasion et contre l'euro-mondialisme qui détruit leurs emplois dans un système économique sans frontières soumettant nos industries à une concurrence internationale déloyale pratiquant le dumping social. L'identité et l'indépendance nationale ainsi que la promotion des valeurs familiales et morales sont approuvées par un nombre croissant d'électeurs, en France et en Allemagne, mais aussi dans tous les autres pays d'Europe.

Les conditions sont réunies pour la renaissance en Europe d'un Printemps des peuples encore plus fécond que celui de 1848.


[Source :
Deutsche Stimme via FN69].

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Club Acacia

Rédacteur en chef :
  -Eric Adelofz

Secrétaire de la rédaction :
  -Marie Mansard

Rédaction :
  -Brice Duqueyroux
  -Jérôme Deseille
  -Alexandre Janois

Chroniqueurs :
  -Philippe Régniez
  -Pieter Kierstens


Nous contacter, rejoindre la rédaction, proposer un article, participer aux relectures, faire part de vos idées, de vos suggestions :
  -clubacacia[at]gmail.com.

 

Nos articles sont librement reproductibles, sans possibilité de modification, avec mention de la source (voir la licence complète).

 

Syndication :

  -Flux RSS

  Free counter and web stats

(Droits : Club Acacia 2006-2010)