L'introduction est précédée de la citation de Léon Bloy extraite de L'Invendable publiée hier.
Le lecteur nous pardonnera d'avoir censuré quelques mots décrivant des réalités qu'il était encore possible de dénoncer au Québec comme en France en 1939. Nous avons conservé la première lettre que nous avons fait suivre de trois points de suspension.
Nous tenons à adresser nos sincères remerciements à G.]
Codréanu, l'homme de la forêt
« La révolution sociale sera morale, ou elle ne sera pas », écrivait Péguy. Que cela est vrai ! Vérité qu'il est urgent de rappeler, au moment où l'homme ne se reconnaît plus et se gargarise « de mots, de mots et rien que de mots ». Oui : vérité première, antérieure à tous les problèmes sociaux, économiques et politiques. On parle plus que jamais des crises économiques, mais on oublie que ces phénomènes particuliers ont une cause : l'homme. Et toujours on finit par découvrir le mal partout où il n'est pas.
L'humanité n'a plus le sens de l'invisible ; elle n'a que des sens. Rendu à un tel point de bassesse, le monde n'a plus qu'à recevoir son châtiment.
Le temps du dilettantisme est fini, et ceux qui voudront, ceux qui veulent faire quelque chose devront se sacrifier. Des héros ! voilà ce qui manque à la société moderne.
Au grand mal, à l'universel mal, à l'individualisme matérialiste, il faut opposer la grandeur. Ce n'est pas une simple lutte des contraires, mais c'est une victoire décisive qui rétablira l'ordre. Vivre, être, importe plus que de faire la critique des valeurs spirituelles. Il ne suffit pas de définir la charité et la justice : il faut être CHARITABLE et JUSTE. Reprendre l'homme intégral en changeant radicalement l'homme actuel, telle doit être la fonction de tout humain. Nous devons redevenir originels.
Cornéliu Zéléa Codréanu a fait cette grande révolution intérieure. C'était un héros ! Avant que d'être un fasciste ou un "nazi", comme le pensent tous les crétins des démocraties et d'ailleurs, il fut – et il le resta toute sa vie – un témoin du spirituel. Ame généreuse, il commença son existence dangereuse en écrasant le monstre positiviste, puis il risqua. Le risque, tout Codréanu est là.
Mon ami, Michel Gauvin, peut se passer de mes compliments. Seulement je tiens à dire que je l'admire, parce qu'il dit ce qu'il pense et ne craint pas de crier son admiration. Et j'ajouterai que son amour de la grandeur en est une profonde manifestation.
Jean-Marie Bédard
à Québec, ce 13 mars 1939.
Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,
Heureux ceux qui sont morts d'une mort solennelle.
PÉGUY.
Cornéliu Zéléa Codréanu fut plus qu'un chef de parti génial et remarquablement courageux, il fut un saint, un poète, une espèce de Roland moderne, un héros à la fois mystique et homme d'action.
Il apparaît dans l'Histoire roumaine, comme un chevalier médiéval ressuscité, monté sur un cheval blanc, portant dans une main une croix, dans l'autre une épée. Un héraut courant la campagne pour annoncer aux paysans qu'une nouvelle ère va commencer.
Sa vie est une continuelle épopée. Prodigieuse. Fantastique. Sublime. Surhumaine. Elle reflète l'âme intrépide, bouillante et fière de la race slave – son stoïcisme et son fatalisme.
Comme la plupart des hommes qui se sont affirmés au cours de leur existence, qui ont accompli quelque chose de grand et d'utile, Codréanu est d'origine humble et prolétarienne. C'est au contact continuel du peuple qu'il devait apprendre à l'aimer, ce peuple, et à connaître ses aspirations. Avec la classe prolétarienne de son pays, il devait souffrir toutes les privations, toutes les injustices. Pour cela, il a bien mérité d'être l'idole et le héros de son peuple.

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« Dans Codréanu, nous dit Bertrand de Jouvenel, il y a Codru qui veut dire la forêt, le maquis » Ce n'est pas pour cette simple analogie que la forêt a pris dans la vie de Cornéliu, figure de personnage de premier plan, mais parce qu'il y a entre elle et l'homme une affinité que je dirais filiale. La forêt surgit à tous les moments tragiques et décisifs de l'existence de Codréanu. On sent qu'elle lui est un besoin, une nécessité vitale. C'est dans la forêt qu'il trouve la force et la nourriture nécessaires pour poursuivre son idéal national et chrétien.
Elle apparaît dès la jeunesse de Codréanu qui s'écoule « au milieu des lacs et des bois de l'idyllique Bukovine ». Plus tard, ses parents l'envoient dans un lycée sur la frontière russo-roumaine, près d'une immense forêt.
La nuit, pendant que dans sa petite tête d'enfant s'agite le beau rêve qu'il devra en partie réaliser, le jeune Cornéliu peut voir le spectre noir des grands pins qui clôturent l'horizon bleu et étoilé.
Et lorsqu'il quitte le lycée pour l'université, c'est dans la forêt qu'il réunit ses vingt premiers partisans pour leur faire prêter le serment de lutter à mort pour la Roumanie.
Désormais, Codréanu trouvera dans la forêt la force de vie nécessaire pour passer à travers les moments les plus douloureux de sa tragique existence.
Son tempérament fier le jette immédiatement dans la mêlée, dans le combat. A l'université de Jassy, l'étudiant en droit retrouve le professeur Cuza qui l'avait protégé dans sa jeunesse.
Cuza est un antisémite notoire. Codréanu, qui éprouve les mêmes sentiments à l'égard d'Israël, ne peut mieux trouver comme professeur de droit romain. De professeur et d'élève, ils deviennent maître et disciple. Le premier apporte à la lutte antisémitique une longue expérience ; le second, un tempérament fougueux et décidé.
Un jour, le recteur de l'université sous la pression des J... supprime la messe d'ouverture de l'année universitaire. Le geste choque Codréanu qui est profondément orthodoxe. Il organise immédiatement une protestation. Les étudiants chrétiens rossent à maintes reprises leurs condisciples j... qu'ils attendent au sortir des cours ou qu'ils rencontrent dans la rue. (Il faut ,dire que les partisans de Codréanu ne s'attaquent pas à une minorité, mais à un groupe égal à celui des étudiants chrétiens de Jassy.) Codréanu gagne son point, car la messe est rétablie dans les coutumes de l'université, mais il est chassé de la maison universitaire. Cependant, les professeurs à la faculté de Droit, pour la plupart antisémites, ne font pas de cas de ce renvoi et le laissent poursuivre ses études.
Nous avons là une preuve de la nature forte et du caractère véritable de Codréanu. D'un événement qui aurait pu être une défaite pour les étudiants chrétiens, il en fait une victoire. Codréanu est de ces hommes, selon le mot de Maeterlinck, « en qui se trouve une sorte de force intérieure à laquelle se soumettent non seulement les hommes, mais même les événements qui les entourent ».
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