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Toutes explications et motifs seront donnés en temps utiles...

Nous reconstituerons en attendant les archives du site et ajouterons quelques articles qui nous seront communiqués.
Mardi 21 avril 2009
- Par MSR

C'est le 21 avril 1763 près d'Ancenis qu'est né François de Charette l'un des plus célèbres chefs Vendéens. Entré comme aspirant dans la marine en 1780, il la quitte en 1790 avec le grade de lieutenant de vaisseau alors que la révolution s'étend. Il s'engagera rapidement dans la résistance contre les armées criminelles de la république et devient dès décembre 1793 général en chef de l'armée Catholique du Bas-Poitou où il lutte héroïquement. Il sera rejoint par de nombreuses personnes avec le déclenchement de la guerre d'extermination menée par la république et il parviendra à battre Turreau, qui dirigent les célèbres « colonnes infernales ». Il obtient des négociations : aux accords de la Jaunaye Hoche accorde la liberté de culte, le droit pour les prêtres non jureurs d'officier, le gel de la conscription, l'amnistie. La paix ne durera pas ; le 8 juillet 1795 il est nommé général en chef de l'armée catholique et royale par Louis XVIII. Après plusieurs mois de guerre, il est fait prisonnier et fusillé le 29 mars 1796, entrant dans la légende.


Paulin Guérin, François-Athanase Charette de la Contrie,
général en chef des années vendéennes  (1763-1796).


Le chant n'est pas d'époque : il a vraisemblablement été écrit par Paul Féval en 1853 et aurait rapidement connu le succès chez les nationaux. Le 13 mai 1909, le député royaliste Baudry d’Asson l’entonna à l’assemblée face aux marxistes qui éructaient l’Internationale (T. Decruzy) (voir le texte de la femme d'Alphonse Daudet – et mère de Léon – qui clôture l'article).

Il existe quelques variations : c. 5, l. 1 : 
"d’Challans" au lieu de "de Conflans" ; dans le couplet final, on trouvre parfois "aller" au lieu de "délivrer" ;





I. {Monsieur d’ Charette a dit à ceux d’Ancenis (bis)
« Mes amis, le roy va ramener la fleur de lys »

Prends ton fusil Grégoire
Prends ta gourde pour boire
Prends ta vierge d’ivoire
Nos messieurs sont partis
Pour chasser la perdrix

II. {Monsieur d’ Charette a dit à ceux d’Loroux (bis)
«Mes bijoux, pour mieux tirer mettez-vous à genoux»

Refrain.

V. {Monsieur d’ Charette a dit à ceux d’ Montfort (bis)
«Frappez fort, le drapeau blanc défend contre la mort»

Refrain.

IV. {Monsieur d’ Charette a dit à ceux d’ Clisson (bis)
«Le canon fait mieux danser que le son du violon»

Refrain.

V. {Monsieur d’ Charette a dit à ceux de Conflans (bis)
«Mes enfants, ralliez-vous à mon panache blanc»

Refrain.

VI. {Monsieur d’ Charette a mis sa plume au vent (bis)
«En avant ! on parlera longtemps des vieux Chouans»

Prends ton fusil Grégoire
Prends ta gourde pour boire
Prends ta vierge d’ivoire
Nos messieurs sont partis
Pour délivrer Paris.



Ecouter le chant ci-dessous :




ou là :






 

Paul Féval ! celui-ci ne connut qu'une gloire éphémère, mais l'homme fut supérieur à son œuvre. D'un aspect un peu fruste, avec ses cheveux bretons et sa moustache grisonnante d'ancien blond, il avait l'abord fin et paysan, une vivacité, un charme d'esprit, une gaîté qui le faisait chanter au dessert à Champrosay des chansons bretonnes, tantôt au rythme des danses, tantôt rêveuses et prolongées comme la lande violette de son pays. Il les savait tous, ces refrains d'Armor, et préférait les royalistes, ceux qui menaient à la bataille les bandes d'Elbée et de la Rochejacquelein. Ne dit-on pas qu'il est l'auteur de la chanson célèbre : « Monsieur  d'Charette a dit à ceux d'Ancenis... » ?

Cette érudition bretonne se retrouve dans  certains de ses romans; pour celui-là aussi, comme pour tous les êtres de sensible pénétration, sa province fut une source vive.

Puis il connut Paris, l'aima, et Le Roman de la jeunesse, Annetle Lais témoignèrent pour son talent sentimental, comme Les Mystères de Londres, Le Bossu, Les Habits noirs, de sa vive imagination.

Je n'aperçois jamais, non loin de la place Royale, la rue de la Cerisaie sans penser que dans une pauvre chambre d'un de ces vieux logis, Paul Féval, seul et abandonné dans  Paris, faillit mourir d'inanition. Ce fut un médecin du quartier, le D r Penoyez, qui le sauva et lui fit épouser sa fille, la femme pieuse et dévouée, l'admirable mère de neuf enfants que j'allai voir un jour avenue des Ternes. Un jardin embellissait le petit hôtel du romancier, et, dans le salon tout orné d'œuvres d'art où je fus introduite, Mme Féval, devant sa table à ouvrage, raccommodait des bas de toutes tailles et de toutes grandeurs, représentant avec sérénité la femme d'intérieur idéale qu'elle fut toute sa vie.

 

A cette époque, Féval était heureux, riche, tout fier de sa charmante famille. Sa vie  s'assombrit plus tard et révéla chez lui un tempérament de catholique inquiet et de chrétien scrupuleux jusqu'à réviser son œuvre complète et la mettre au point de ses  croyances exigeantes et ravivées.

 


Madame Alphonse Daudet, Souvenirs autour d'un groupe littéraire (1910).

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Dimanche 12 avril 2009
- Par MSR
Un chant sur lequel nous ne possèdons pas d'information. Il existe quelques modifications parmi les versions qui existent : l. 8 : « Pour retrouver le vrai bonheur que chantent » ; l. 11 : « Le long des grands chemins » ; l. 16 : « Para le pays t’appelle » et parfois "Marianne" plutôt que "Marie".



Je connais un petit village
Entouré de pommiers fleuris
Et là près d’un joli cottage
Marie, Suzon sont réunies
Et toutes deux ensemble se demandent
Reviendra-t-il
Le petit gars
Pour écouter le gai ruisseau qui chante
Les prés, les bois, les plaisirs d’autrefois
Il est parti un bon matin
Tout le long des chemins
Il a quitté sa chaumière
Sa Marie et puis sa Suzon
C’est pour défendre la Patrie
Car au loin tonne le canon
Soldat le pays t’appelle
Va rejoindre tes compagnons
Un jour tu reverras ta belle
Ta Marie et ta Suzon.





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Lundi 30 mars 2009
- Par MSR
Hersart de La Villemarqué affirme avoir recueilli ce chant auprès d'un « combattant des guerres révolutionnaires, un ancien compagnon de Cadoudal » (T. Decruzy) et le publia dans le Barzaz-Breiz. Ce chant remonterait à l'époque des faits qu'il narre.
L'histoire commence par la guerre de succession en Bretagne après la mort du duc Jean III en 1341. Sans héritier, sa nièce Jeanne de Penthièvre, épouse de Charles de Blois, et alliée aux Français s'oppose à Jean de Montfort, le demi-frère de Jean III qui s'assure le soutien des Anglais. Après la mort de Charles de Blois, Jean de Montfort s'empare du pouvoir et du titre de Duc Jean IV.
Mais son attitude pro-anglaise lui cause de nombreuses inimitiés. Il refuse de chasser les Anglais des Bretagne et repartira avec eux quand le roi de France Charles V les chasse du continent. Charles V veut alors transformer son pouvoir de suzeraineté en pouvoir direct  en annexant la Bretagne. Ceux qui l'avaient appelé pour chasser l'Anglais se retournent alors vers leurs anciens ennemis et leur ancien duc. Jean IV débarque à Dinard le 3 août 1379 pour lutter contre un autre Breton à la tête des armées françaises, Bertrand Du Guesclin... C'est le retour du duc qui est l'objet du chant...
Variante :  c. 3 l. 1 : « Ecoutez-nous, Dieux de l’Armor ».
Voici deux versions françaises du chant :





I. Voici le cygne de Montfort,
Qui fait blanchir l’écume au port
C’est le duc Jean au casque d’or.

{Dinn, dinn, daon, dann emgann, dann emgann oh
Dinn, dinn, daon, dann emgann ezann.  (bis)


II. Ohé guetteur monte à la tour :
Notre duc Jean est de retour,
Et que l’hermine claque au jour.

Refrain.

III. O Notre-Dame de l’Armor,
Protégez-nous de l’âpre mort,
De la défaite et du remord.

Refrain.

IV.Traîtres, songez au châtiment.
Le jour viendra prochainement
Comptez vos os soigneusement.

Refrain.

V. Nous n’aurons trêve ni répit,
Que nous ne vous ayons occi
Vous vouliez des hommes ? En voici.

Refrain




I. Voici le cygne de Montfort,
Qui fait blanchir la mer au bord !
C’est le duc Jean au casque d’or.

Dann, ding daon ! dann ding, dang, ding, dang ! oh !
Dann, ding daon ! dann ding, dang ! ding, daon !


II. Messire Jean est de retour !
Ohé, guetteur, monte à la tour,
Et que l’hermine claque au jour !

Refrain.

III. Les monts du Laz ont tressailli.
La mer bondit, hennit, jaillit.
L’été revient sur le pays !

Refrain.

IV. O Notre-Dame de l’Armor,
Préservez-nous de l’âpre mort,
De la défaite et du remords.

Refrain.

V. Le foin est mûr : qui le fauchera ?
Les blés sont mûrs : qui les prendra ?
Les morts, qui les recueillera ?

Refrain.

VI. Traîtres, pensez au jugement ;
L’heure en viendra prochainement
Comptez vos os soigneusement.

Refrain.

VII. Nous ne ferons paix ni merci
Que nous ne vous ayons occis ;
Vous vouliez des hommes ? voici !

Refrain.

VIII. Entendez-bous par les cantons
Le hurlement des loups bretons.
Hou, hou ! Partons ; Hou, hou ! Partons !

Refrain.





Ecouter le chant ici
(par le Choeur Montjoie Saint Denis)







(Partition via ici)






An Alarc'h

Un alarc'h, un alarc'h tra mor (bis)
War lein tour moal kastell Arvor

Dinn, dinn, daoñ, d'an emgann, d'an emgann, o !
Dinn, dinn, daoñ, d'an emgann ez an


Neventi vad d'ar Vretoned
Ha mallozh ruz d'ar C'hallaoued

Dinn, dinn, daoñ, d'an emgann...

Erru ul lestr e pleg ar mor
E ouelioù gwenn gantañ digor

Degoue'et an Aotrou Yann en-dro
Digoue'et eo da ziwall e vro

D'hon diwall diouzh ar C'hallaoued
A vac'hom war ar Vretoned

Ken e laosker ur youc'hadenn
A ra d'an aod ur grenadenn

Ken e son ar menezioù Laz
Ha froen, ha trid ar gazeg c'hlas

Ken e kan laouen ar c'hleier
Kant lev tro-war-dro, e pep kêr

Deut eo an heol, deut eo an hañv
Deut eo en-dro an Aotrou Yann

An Aotrou Yann a zo paotr mat
Ken prim e droad hag e lagad

Laezh ur Vreizhadez a sunos
Ul laezh ken yac'h evel gwin kozh

Luc'h a daol e c'hoaf p'hen horell,
Ken e vrumenn an neb a sell

Pa c'hoari kreñv, ken kreñv e tarc'h
Ken e taouhanter den ha marc'h

Darc'h atav, dalc'h mat, aotrou dug,
Dav warnehe! ai-ta! bug-ho! bug!

Neb a drouc'h 'vel a douc'hez-te
N'en deus aotrou nemet Doue!

Dalc'homp, Bretoned, dalc'homp mat !
Arsav na truez ! gwad oc'h gwad !

Itron Varia Breizh, skoaz da vro!
Fest erbedenner, fest a vo!

Dare' ar foenn; piv a falc'ho?
Dare' an ed; piv a vedo?

Ar foenn, an ed, piv o fako?
Ar roue gav' gantañ 'raio

Dont a ray a-benn ur gaouad
Gant ur falc'h arc'hant da falc'hat

Gant ur falc'h arc'hant er bro-ni,
Ha gant ur falz aour da vediñ

Mar plije gant ar C'hallaoued
Daoust hag int mank ar Vretoned?

Mar plije gant 'n Aotrou roue
Daoust hag-eñ eo den pe Zoue?

Skrignañ 'ra bleizi Breizh-Izel
O klevet embann ar brezel

O klevet ar youc'h, e yudont
Gant c'hwezh ar C'hallaoued e reont

En heñchoù, e-berr a welour
O redek ar gwad evel dour

Ken yey ruz-glaou brusk an houidi
Hag ar wazi gwenn o neuiñ

Muioc'h a dammoù goaf, e sklent,
Eget skoultroù goude barr-went;

Ha muioc'h a bennoù-marv,
Eget e karnelioù ar vro

Paotred Bro-C'hall 'lec'h ma kouezhint
Betek deiz ar varn e c'hourve'int

Betek deiz ar varn hag ar fust,
Gant an Trubard a ren ar rustl

An diveradur eus ar gwez
'Ray dour benniget war e vez !



Une traduction du chant breton :

Un cygne, un cygne d'outre-mer,
Au sommet de la vieille tour du château d'Armor !

Dinn, dinn, daon ! au combat ! au combat ! Oh!
Dinn ! dinn ! daon ! Je vais au combat.


Heureuse nouvelle aux Bretons !
Et malédiction rouge aux Français !

Un navire est entré dans le golfe,
Ses blanches voiles déployées ;

Le seigneur Jean est de retour,
Il vient défendre son pays ;

Nous défendre contre les Français,
Qui empiètent sur les Bretons.

Un cri de joie part,
Qui fait trembler le rivage

Les montagnes du Laz résonnent ;
La cavale blanche hennit, et bondit d'allégresse ;

Les cloches chantent joyeusement,
Dans toutes les villes, à cent lieues à la ronde.

L'été revient, le soleil brille ;
Le seigneur Jean est de retour !

Le seigneur Jean est un bon compagnon ;
Il a le pied vif comme l'œil.

Il a sucé le lait d'une Bretonne,
Un lait plus sain que du vin vieux.

Sa lance, quand il la balance, jette de tels éclairs,
Qu'elle éblouit tous les regards;

Son épée, quand il la manie, porte de tels coups,
Qu'il fend en deux homme et cheval.

-Frappe toujours ! tiens bon ! seigneur duc !
Courage ! lave-les [dans leur sang] ! Lave-les !

Quand on hache comme tu haches,
On n'a de suzerain que Dieu !

Tenons bon Bretons ! tenons bon !
Ni merci, ni trêve! sang pour sang !

O Notre-Dame de Bretagne ! Viens au secours de ton pays !
Nous fonderons un service, un service commémoratif !

Le foin est mûr : qui fauchera ?
Le blé est mûr: qui moissonnera ?

Le foin, le blé, qui les emportera ?
Le roi prétend que ce sera lui ;

Il va venir faucher en Bretagne,
Avec une faux d'argent ;

Il va venir faucher nos prairies avec une faux d'argent
Et moissonner nos champs avec une faucille d'or.

Voudraient-ils savoir, ces Français,
Si les Bretons sont des manchots ?

Voudrait-il apprendre, le seigneur roi,
S'il est homme ou Dieu ?

Les loups de la Basse-Bretagne grincent des dents,
En entendant le ban de guerre ;

En entendant les cris joyeux, ils hurlent :
A l'odeur de l'ennemi, ils hurlent de joie.

On verra bientôt, dans les chemins,
Le sang couler comme de l'eau;

Si bien que le plumage des canards et des oies blanches
Qui les passeront à la nage, deviendra rouge comme la braise.

On verra plus de tronçons de lances éparpillés
Qu'il n'y a de rameaux sur la terre, après l'ouragan;

Et plus de têtes de morts
Qu'il n'y en a dans les ossuaires du pays

Là où les Français tomberont, ils resteront couchés
Jusqu'au jour du jugement;

Jusqu'au jour où ils seront jugés et châtiés
Avec le Traître qui commande l'attaque.

L'égout des arbres sera l'eau bénite
Qui arrosera son tombeau




An Alarc'h par Tri Yann


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Samedi 21 mars 2009
- Par MSR

              
    Il ne manque pas d’autorités consacrées, dans les deux mondes, pour avoir cru l’armée japonaise enlisée dans la vaste Chine, épuisée par la guérilla chinoise. Les salons politiques en ricanaient ces années dernières, à Paris comme à Washington. Pour eux, Chiang avait mis en échec les chefs militaires nippons et l’on n’était pas loin d’attendre une révolution à Tokyo, sœur de nos rébellions défaitistes de 1917, une révolution qui mettrait un terme à une guerre trop longue, trop fatigante pour l’économie réputée artificielle de l’Empire du Soleil Levant. Or, voici deux mois que l’appareil guerrier du Japon est entré dans une guerre pour de bon et va de victoire en victoire. Ses succès sont reconnus par la propagande anglo-saxonne. Et pas seulement ceux qu’il remporte par son organisation, par la perfection de son matériel et la supériorité de son commandement. Tout cela, certes, a frappé les critiques militaires des cinq continents. Ce qui les a le plus encore émus, ce sont des faits d’armes individuels, des actes d’héroïsme inouïs, sans précédent, comme ceux des avions-torpilles. Ils évoquent les gestes les plus grands de l’antiquité. Mais survenant dans le monde des banques et des municipalités voleuses, ils paraissent davantage hors de saison et nous bouleversent d’autant. Les connaisseurs du vrai Japon n’en sont point étonnés. J’entends les voyageurs qui ne se sont point arrêtés aux prodiges de modernisme qu’a réussis Tokyo dans l’imitation des méthodes occidentales depuis l’empereur Meiji. Non plus les lecteurs de Yamato que vient de publier Fayard, traduit d’un livre écrit en 1936 par Mme Abegg (1). Oh ! maintes assertions de l’auteur méritent la discussion. Et la date même de l’ouvrage explique ses défauts. Mme Abegg, pourtant, aurait pu, dès lors, parler au jeune état-major de l’armée mandchourienne et pressentir le retour aux traditions : la renaissance fasciste qui, depuis, a remué l’Empire. Nous sommes quelques Français qui n’avions pas attendu la défaite de la France pour exposer la nature vraie du fascisme et du national-socialisme, à savoir une répudiation catégorique de la vie facile et l’enrôlement de la jeunesse sous la bannière de l’honneur, du sacrifice, du don de soi à la communauté. « Croire, obéir, combattre ! » Et ces mots d’ordre signifiaient (en même temps que la fusion des volontés dans le creuset national, en même temps que l’abnégation) la plus belle offre faite à l’individu. Car, nulle part autant qu’en nation totalitaire, la personne humaine ne trouve des ressorts à se promouvoir. Elle se donne, elle se voue à la nation. En retour, la nation oublie les castes et les privilèges, elle offre, sans limite, récompenses et considérations à l’individu qui s’est donné à elle. Le Japon contemporain a retrouvé l’ancienne voie de l’honneur, de la grandeur. 1942 rejoint 1842. Les aviateurs d’aujourd’hui, les samouraïs de l’autre siècle. Et le national-socialisme, pareillement, a recréé - ou créé - un Bushido  (2) européen.


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    L’ancien Japon était réglé du haut en bas. Point de geste qui n’y fût prévu, de conflit qui n’eût, dans la tradition, sa solution inscrite et prescrite. Le vacher connaissait sa place ; le seigneur et l’artisan, la leur. En échange (est-il permis de dire « en échange » ?), en contre-partie de sa primauté, de ses deux épées, le samouraï savait mourir. Il savait si bien mourir que la mort ne s’inscrivait pas parmi les catastrophes à déplorer par un Japonais. Une mort honorable était un bienfait, une action « bénéfique ». Il convient d’opposer une fois de plus ce monde-là à ce que fut le nôtre naguère, le nôtre, où la vie humaine - même celle du déchet physiologique, du pire malfaiteur - semblait un bien en soi. D’opposer ce monde-là à ce que fut le nôtre voué au service du faible et mettant toute sa force (autant dire sa sentimentalité) au service du faible. Le vaincu avait raison dans l’Europe de 1920 à 1940. Et nous qui avons œuvré pour rendre à la France du goût pour la force, nous voulions que le vaincu , le faible eût tort ; nous souhaitions le triomphe d’une civilisation où le fort l’emportât.
    C’est fait. Le fort l’a emporté !… Et voici où les « Français qui ont vu clair », où les lutteurs antidémocrates l’emportent aussi : la prééminence de l’Allemagne en Europe équivaut à l’affirmation d’un Bushido européen, équivalent à la déroute de tous les égoïsmes. Égoïsme d’une nation jouisseuse qui s’enferme chez elle avec son trop-plein, égoïsme de la caste bourgeoise-argentière jouissant de son bénéfice, égoïsme de la personnalité supérieure retirée en la tour d’ivoire d’où elle méprise le populo, tous ces égoïsmes, un fascisme, un national-socialisme européen les concasse, les réduit à rien. Tel est, pour nous, le sens de la guerre. Tel, le sens de la défaite de la démocratie, prélude à l’avènement d’une France meilleure dans une Europe NEUVE !

    Est-ce que la Cagoule n’a pas, dès 1936, offert à notre patrie l’exemple d’un Bushido français à la mesure du XX e siècle ? Le Bushido ? C’est d’abord un ordre, c’est l’ordre accepté, voulu, l’ordre agi par les êtres qui y ont part. C’est la hiérarchie, chacun à chaque échelon, sentant et rayonnant l’orgueil de valoir ce qu’il vaut. C’est le goût du sacrifice en soi ; l’indifférence aux contingences si l’essentiel (la dignité du samouraï agissant comme tel) est acquis ; c’est le style d’une vie vouée à ce qui la dépasse… Le style d’une nation où les arts et les industries encadrent une société consacrée à l’honneur, à rien d’autre. Aux grandes périodes de son histoire, la France eut un style - une unanimité exprimée dans une forme où la nation se reconnaissait. Elle eut le style de la décadence, entre 1920 et 1930. Le style de la débâcle, de 1936 à l’armistice de 1940. Les hommes du « Rouge et Bleu » ne nous irritent pas tellement en se vantant de rester Front popu . Ils nous écœurent parce qu’ils se situent, eux, leurs personnes, leurs écrits, dans ce style de catastrophe française. Cependant, l’Allemagne devenue IIIe Reich rejoignait la tradition des audaces Porte-glaive, des grandeurs hanséatiques, le style de la chevalerie germanique, ressuscitée dans le plus bel élan communautaire qu’ait connu l’Europe depuis les premiers chrétiens. A nous, maintenant ! A nous de découvrir, dans la défaite, notre Buchido.

    Je souhaite que nos amis lisent ce Yamato, en marge duquel j’écris aujourd’hui ce commentaire discursif. Ils y trouveront une très belle leçon de vigueur, de revigorisation. Le Nippon fut la patrie de tous les sacrifices, de tous les dons de soi. Dans le dernier tiers du XIXe siècle, il perçut, sous son orgueil et sous son style grandiose (quoique son style valut pour l’éternité), il perçut sa débilité. Tokyo repartit de zéro et assimila, en trente ans, toute la culture occidentale en ses effets matériels. Et Tokyo vainquit. Vainquit les Chinois, les Russes… Vainquit économiquement le monde pour enfin comprendre , ces derniers dix ans, que le Japon avait perdu son âme en faisant des usines et des élections. Un peu partout, mais surtout dans l’Université et dans la jeune armée, naquit un « fascisme » (il faut bien, de nouveau, employer ce mot). Les novateurs voulaient, veulent quoi ? Conserver les avantages physiques tirés par le Nippon de son européanisation, mais broyer l’immoralité qui s’est développée en même temps et retrouver le Buchido : l’ordre ancien, l’unanime acquiescement à l’ordre, les vertus, l’efficace, qui en découlent. Pareille est notre mission. Mme Abegg écrit en songeant peut-être à la Renaissance allemande par les nationaux-socialistes. « Le Japon a sur nous cet avantage que la tradition du Bushido ne s’est jamais éteinte ». Les hommes du M.S.R., élite et cadres de la France nouvelle, affirment, eux, que grâce à la « Cagoule », à ses audaces, aux risques courus, au don de leur vie fait par les cagoulards, la tradition de l’honneur agissant, la tradition du sacrifice total à la patrie ne s’est jamais éteinte en France non plus.


Jean Fontenoy





1. Abegg (
Lilly), Yamamoto. Der Siedlungsglaube des japanischen Volkes, FfM., Societäts-Vlg., 1936 ; Yamato, la mission du peuple japonais, Paris, A. Fayard, 1942. In-16, 340 pages (NDMSR).
2. Le Bushido, traduit en "voie du guerrier", recensait les règles de vie auxquelles se conformaient les samouraïs.
3.
",
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Vendredi 20 mars 2009
- Par MSR


    Une tentative de type nouveau

    La situation politique actuelle impose aux nationalistes révolutionnaires d’infléchir leur action dans un sens différent de celui du passé. Il faut bien comprendre que des recettes qui ont toujours abouti à l’échec ne peuvent servir à nos tâches futures. Il est donc nécessaire de réviser nos concepts, tant théoriques que pratiques. Nous avons l’obligation de rompre avec un passé anarchisant et petit-bourgeois, qui a toujours interdit aux nationalistes révolutionnaires de disposer d’un appareil politique efficace. Nous devons changer nos axes de réflexion en sachant nous mettre à l’écoute des expériences intéressantes, même si elles ne sont pas de notre bord.
    Nous ne devons pas craindre une quelconque « contamination idéologique », si nous mettons au premier plan de nos préoccupations l’édification de notre construction doctrinale. La contamination idéologique ne peut exister que dans une situation de « vide théorique », vide qui assure la libre pénétration des thèses adverses.

    La stratégie politique à envisager doit être conçue pour répondre aux impératifs suivants :

–la création d’un parti révolutionnaire ;

–la formation de cadres politiques et militants dans une optique concrètement révolutionnaire ;

–la mise au point préalable d’une théorie révolutionnaire.


Quelles sont les méthodes les plus appropriées à ce but ?

–la création d’un organisme cohérent presse-informations-documentation qui assure les tâches diverses d’élévation du niveau culturel et « opérationnel » des militants nationalistes révolutionnaires ;

–la création d’une « école des cadres », fonctionnant sur un modèle scolaire, seul adapté à la forme éducative envisageable. Cours par correspondance, cours du soir et stages forment l’armature de cette école, des examens divers assurant le classement des militants et leur ascension ultérieure dans la hiérarchie du mouvement nationaliste ;

–la préparation attentive des axes de travail en milieu syndical, en vue de la formation de noyaux syndicalistes, en commençant par les milieux les plus réceptifs. Cette préparation doit se faire selon des normes similaires à celle de la mise en place du mouvement de type purement politique ;

–l’organisation d’un service d’ordre et de formation de jeunesse, coordonnés à la direction politique et disciplinés. La formation globale de ces éléments représente une nécessité encore plus impérative que celle des autres militants, tellement les risques de scission et de dissolution ou de déviation sont nombreux dans ce secteur particulier de l’action nationaliste révolutionnaire ;

–la formation d’un collège de responsables capables d’un travail politique réel et dont le nombre peut être relativement réduit. Ces responsables doivent provenir aussi bien des représentants les plus valables du courant nationalistes révolutionnaires que des militants issus des cours de formation du mouvement. Les responsables doivent d’ailleurs participer régulièrement aux cours de formation, afin de poursuivre le développement de leurs aptitudes techniques et politiques ;

–le dispositif nationalistes révolutionnaires doit être à la fois souple et cohérent, et la séparation parti/mouvement nationaliste répond à ces deux critères de fonctionnement.



La préparation de la révolution nationaliste

    Depuis bien des années, les militants nationalistes se réfèrent à l’idée d’une « révolution nationaliste », qui, abattant le régime plouto-démocratique, assurerait l’avènement d’un Ordre nouveau.
    Par contre, la définition de ce que pouvait être la dite révolution a toujours été absente ou, dans le meilleur des cas, à peine esquissée par les mouvements se référant expressément au nationalisme révolutionnaire.
    En fait, ces mouvement peuvent être définis comme strictement « historiques », c’est-à-dire uniquement gouvernés par les circonstances du moment et donc incapables d’une vision à long terme de leur stratégie révolutionnaire. Pour ne citer que le courant directement issu de Jeune nation, on a pu enregistrer les positions suivantes :


–Jeune nation et le Front nationaliste, en raison de la crise algérienne et des possibilités de soulèvement militaire qu’elle posait, ont envisagé la « révolution nationaliste » sous une forme putschiste, avec comme unique perspective, le noyautage d’un coup de force de l’armée ;

–Europe action, dans la phase de repli politique qui a suivi la débâcle de l’OAS, a théorisé son impuissance militante en bâtissant une stratégie de formation de cadres « révolutionnaires », en rejetant l’idée même de révolution dans un brumeux et lointain avenir. La désintégration de l’organisation a suivi la découverte par de nombreux cadres et militants que les perspectives révolutionnaires n’étaient que des hochets offerts par une direction qui ne croyait pas à une véritable évolution de ce type ;

–Occident, en raison de ses origines (scission étudiante « activiste » d’Europe action), a prétendu pratiquer une action révolutionnaire, au moins dans ses intentions, mais sans jamais y mettre le sérieux et la technicité indispensables. L’action révolutionnaire a donc pris la forme d’un vague activisme, arrogant en période de calme relatif (1966-1967) et inexistant en période de véritable crise révolutionnaire (mai 1968) ;

–Ordre nouveau, refusant de connaître le sort d’Occident (dissolution puis éclatement), a cherché à jouer la carte du « parti révolutionnaire ». Il s’agissait de créer, en trois phases successives, un parti révolutionnaire, disposant de cadres de valeur et d’une organisation solide, le tout au service d’une conception dynamique de la « Conquête de l’État ». Ordre nouveau, marqué à ses débuts par le soucis de « respectabilité », du au désir de se démarquer des « trublions gauchistes », et par la volonté de se limiter au maximum à une action légale, finit par laisser le champ libre à ses militants, en fonction de sa crise interne, et se laissa entraîner dans un processus de violence stérile, débouchant pour finir sur une dissolution que ses responsables avaient refusé de prévoir et dont ils n’avaient rien fait pour parer les conséquences.


    Quelle leçon pouvons-nous tirer de ces expériences successives ? Tout d’abord nous pouvons affirmer que les principes d’une action révolutionnaire doivent être « a-historique ». Si nous entamons notre action dans une période de calme, nous ne devons pas privilégier dans l’absolu une stratégie de lutte parlementaire. De même, si nous agissons dans une époque troublée, nous ne devons pas poser comme condition de notre combat celle régissant un quelconque activisme « urbain ».

    Nous devons poser comme a priori qu'il est impossible de définir ex nihilo une stratégie définitive de lutte révolutionnaire. Personne ne peut exclure par exemple que la France ait à connaître un processus de type insurrectionnel, dans les mois ou les années à venir.


    Comment, dans cette perspective, peut-on mettre sur pied un mouvement réellement révolutionnaire ?
    Il s’agit de revenir aux anciennes définitions, qui n’ont rien perdu de leur valeur. Un parti révolutionnaire est une organisation structurée et hiérarchisée, apte à vivre et à progresser dans la clandestinité aussi bien que dans la légalité, formée de militants éduqués politiquement et tactiquement, dirigée par des spécialistes confirmés et dotée d’une idéologie unitaire « opérationnelle ».
    Les nationalistes révolutionnaires, s’ils veulent sauver leur pays et sa civilisation, doivent accepter de s’organiser selon ces critères d’action.
    Le parti nationaliste révolutionnaire doit être une armée politique, capable de faire face aux changements de situation, disposant de cadres et de militants réellement formés, habitués à concevoir des actions de type très variable en refusant tout amateurisme.
    L’outil révolutionnaire ne peut se concevoir sans la réunion de moyens relativement importants, en sachant d’ailleurs que l’efficacité de l’organisation représente le meilleur moyen d’acquérir les finances indispensables à une lutte de longue durée.
    Notre conception révolutionnaire est, elle aussi, fort simple : nous devons savoir faire cohabiter une organisation de combat et une organisation de formation et d’encadrement.

    Dans l’hypothèse où le mouvement nationaliste révolutionnaire dispose des forces nécessaires à une lutte violente et soutenue, si ces forces sont disciplinées et organisées, il peut rallier à lui les masses de droite, qui recherchent toujours une force susceptible de les rassurer.
    Contrairement à ce que l’on répète, en paraphrasant la loi de 1936 sur les « milices armées », l’État ne combat pas spécialement les formations de type paramilitaire, il dissout les mouvements, fussent-ils inorganiques, qui provoquent du désordre dans les rues. Ordre nouveau a pu, pendant des années, faire parader ses militants en casques noirs sans être interdit. Sa dissolution n’a eu lieu que lorsque, tombant dans le piège gauchiste, il a mis en évidence ses moyens de combat dans la rue, et a attaqué Censier, des réunions trotskistes à Nice, etc. C’est l’action illégale du Groupe d’intervention nationaliste, ridicule paravent d’Ordre Nouveau, qui a entraîné la dissolution du mouvement et non l’allure paramilitaire de ses militants.
    Le Parti nationaliste révolutionnaire doit créer une organisation qui montre qu’il est capable de s’opposer à une prise de pouvoir par un coup de force communiste. Il faut bien comprendre que la position de « violence défensive » uniquement dirigée, au moins théoriquement, contre la menace de troubles d’extrême-gauche, est la seule qui soit susceptible de permettre le développement et la survie d’une formation de combat nationaliste.

    Le parti doit être parallèlement doté d’une structure administrative qui rendra crédible sa prétention à être un mouvement révolutionnaire. Être révolutionnaire, ce n’est pas se vouer à la destruction de l’ordre ancien, mais bien préparer l’avènement de l’Ordre nouveau (qui passe par la destruction, évidemment, des structures anciennes). Or, il faut préparer à l’avance sinon tous les points précis de l’État à construire, au moins les équipes qui seront chargées de la mettre en place et les grandes lignes directrices de sa future organisation. Pour cela, il est indispensable de mettre sur pied une véritable « contre-société ».
    Cette « contre-société » aura deux fonctions, aussi importantes l’une que l’autre :


–donner un plus grand dynamisme et une plus grande homogénéité aux nationalistes ;

–roder les futures équipes de direction de l’État nationaliste, tout en montrant à l’opinion publique que les nationalistes révolutionnaires possèdent un personnel politique compétent.



    Nous avons à faire la preuve de notre crédibilité politique et notre erreur a consisté à rechercher cette crédibilité dans l’action électorale, alors que celle-ci ne pouvait être couronnée de succès que dans la mesure justement où elle aurait suivi l’acquisition d’une crédibilité politique.

    Il est donc impératif de tout faire pour parvenir à ce seuil de crédibilité qui conditionnera notre action future.
    Nous représentons une force totalement inorganisée, c’est-à-dire pas de force du tout, et notre premier souci doit être de tout faire pour mettre fin à cet état de chose.
    Une possibilité d’action révolutionnaire n’existe que lorsque les éléments mécontents de la population sont encadrés par des gens ayant une conscience claire du but à atteindre et des moyens nécessaires pour y parvenir.
    Mais cet encadrement est lui-même fonction de la prise de conscience par les personnes aptes à ce travail politique du chemin à suivre afin de réaliser leurs aspirations révolutionnaires.
    Ce chemin ne peut être que celui de la lutte globale contre le régime en fonction de critères simples et cohérents :


–le parti est une armée disciplinée, lancée sans trêve à la conquête de l’État ;

–toutes les formes de lutte sont bonnes en soi et seule l’opportunité du moment doit permettre de faire un choix, obligatoirement provisoire, entre elles ;

–un corps d’officiers politiques, de techniciens révolutionnaires peut seul assurer la conduite de la lutte politique. Sa formation représente un préalable à toute action d’envergure ;

–la mise en place d’une idéologie opérationnelle et d’un programme concret sont elles-mêmes des préalables à la formation d’un corps politique et d’une organisation destinée à une action politique d’une certaine envergure.


    Comment concevoir la révolution que nous voulons ? Le plus logique est d’envisager un affaiblissement progressif de l’État, une crise de civilisation toujours plus grande, un effondrement toujours plus évident des structures internes de notre société. Quand la crise de l’Occident aura atteint une phase infiniment plus critique que celle qu’il connaît de nos jours, une solution radicale pourra devenir acceptable pour des millions de Français. Les problèmes économiques de plus en plus sérieux qui se posent à notre pays, et à toute l’Europe, ne pourront qu’accélérer les tensions existantes, les conduisant plus rapidement vers des bouleversements dramatiques.
    Une révolution ne peut s’accomplir que si nombre de conservateurs paisibles cessent d’être tentés par la perpétuation de l’ordre régnant. Il est plausible d’estimer que tel pourrait bientôt être le cas. Peut-on penser que la marche vers la révolution pourra se faire d’une façon brutale ? Ce n’est pas sur mais cette hypothèse ne saurait être écartée. Dans ce cas, seule une solution de force pourra mettre fin à la crise. Dans ce cas, seul le mouvement capable de lancer dans la rue de nombreux militants, combatifs et disciplinés, pourra remporter la victoire et protéger notre civilisation.
    Par contre, si le phénomène de dégradation est aussi lent que continu, il sera sans doute possible de rallier des centaines de milliers d’électeurs à un programme de salut public. Dans ce cas là, l’axe de la lutte se déplacera sur le plan électoral, ce qui entraînera l’adoption d’une stratégie politique fort différente de celle envisageable dans le cas d’une crise à dénouement brutal.
    En tout état de cause, nous pouvons considérer que le processus révolutionnaire est désormais bel et bien engagé et nous devons nous tenir prêts à faire face aux événements qui s’annoncent.
    Pendant des années, les nationalistes révolutionnaires ont dû se battre dans une sorte de brouillard, il n’était pas possible d’acquérir les « idées justes » car elles ne peuvent être fondées que sur l’expérience pratique et le contrôle idéologique. Lorsque la pratique existait, l’idéologie était absente, et lorsque l’idéologie faisait une timide apparition, c’était la pratique qui disparaissait aussitôt.
    Maintenant, il est possible de « marcher sur deux jambes », de tester les « idées justes » sur les deux plans. Les nationalistes révolutionnaires ont des instruments d’action et des instruments de réflexion. Ils peuvent travailler à construire l’outil révolutionnaire, dont ils ont, de plus en plus la vision claire et nette. Construire un parti révolutionnaire n’est pas une tâche facile, mais nous avons pour la première fois les bases théoriques nécessaires à sa constitution : de même, nous avons entrepris de rassembler les moyens nécessaires à son lancement, en sachant que ce qui nous a manqué le plus durant les années d’efforts infructueux, c’est finalement moins les moyens matériels qu’une équipe directionnelle politique capable de coordonner et d’animer nos campagnes politiques. Nous ne sommes qu’au début du processus de mise en place des structures du parti révolutionnaire, mais nous avons une idée claire de la marche à suivre et du but à atteindre.

    En rassemblant sur des thèmes politiques réalistes et efficaces de nombreux nationalistes révolutionnaires, nous pourrons redonner à notre camp l’esprit offensif qui lui manque depuis trop longtemps.
    L’heure est à l’action et non à la critique stérile, à la réflexion théorique et non aux récriminations sans avenir. Nous continuons notre combat, mais en le fondant sur des bases nouvelles.
    C’est par cette méthode politique que nous pourront engager une lutte plus efficace contre tous nos ennemis, ceux du Régime comme ceux du Bolchevisme.




François Duprat (26 X 1940 - 18 III 1978)
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Mercredi 18 mars 2009
- Par MSR

Manifeste nationaliste révolutionnaire (par François Duprat)

    Notre situation politique impose une révision drastique de nos thèmes et de nos méthodes d’action, mais il ne s’agit pas, cette dois-ci, de se limiter à une critique, hélas trop facile, des expériences antérieures.
    Il est frappant de constater que nos axes de réflexion sont uniquement fondés sur l’histoire des mouvements nationalistes français, en dépit de nos professions de foi anti-chauvine et « européennes ». Nous négligeons systématiquement l’apport, passé mais aussi présent, de mouvements infiniment plus importants que les nôtres, sous prétexte d’une « spécificité nationale ».
    Certes, chaque pays a une vocation particulière et l’on ne peut plaquer sur lui des méthodes d’action adaptées à d’autres structures. Mais il ne faut pas exagérer cette difficulté. C’est l’incroyable ignorance de l’Histoire et de l’actualité par les chefs nationalistes français qui a conduit à cet état de fait.
    Il est donc possible de se mettre à l’école des autres organisations nationalistes, en faisant l’effort d’adaptation assurant la bonne interprétation de la stratégie et de la tactique suivies par ces mouvements.
    Le programme d’action nationaliste, qui est présenté ici, est directement issu de cette prise de conscience : le nationalisme révolutionnaire représente une valeur universelle que chaque peuple découvre selon des modalités propres, tout en se rattachant à un fond commun.
Notre tache est de définir cette « Voie française vers la Révolution nationaliste », seule possibilité qui existe pour notre cause de combattre pour la victoire et non pas pour de nouvelles défaites !


Qu’est-ce que le nationalisme révolutionnaire ?

    Nous devons essayer de définir d’une façon concrète ce qu’est le nationalisme révolutionnaire, en évitant de dire ce qu’il n’est pas (comme on le fait le plus souvent), mais bien en insistant sur ce qu’il est d’une façon positive.
    Le nationalisme révolutionnaire représente une tentative de prise en charge de la crise actuelle de l’Europe, sur le plan d’une remise en cause radicale des valeurs de la dite société. Ce nationalisme révolutionnaire propose comme noyau central de l’action humaine l’idée de Nation, conçue comme un rassemblement organique d’éléments qui, sans elle, ne représenteraient qu’un agrégat sans consistance et traversé de tensions destructrices. La Nation organisée ne peut être qu’une nation où les différences de classe ont été éliminées d’une façon réelle, et non par des vœux pieux, car de telles différences supposent automatiquement des tensions, néfastes à l’harmonie nationale. Ces tensions doivent être éliminées par l’État, qui est celui du « peuple tout entier ». Comment pouvons nous définir le peuple d’une façon cohérente ? Le peuple ne peut être que l’ensemble de ceux qui contribuent au développement national, ce qui en exclue les profiteurs, les parasites, les représentants des intérêts étrangers. Quels sont les groupes sociaux qui font partie de la réalité de notre peuple ? :

–les ouvriers, en tant que producteurs de base ;

–les paysans, petits propriétaires, fermiers, métayers ou ouvriers agricoles, puisqu’ils forment un groupe directement attaché à la production ;

–la petite bourgeoisie, dans la mesure où elle participe elle aussi à la production, et où ses activités de service et de distribution sont directement liées aux nécessités du développement harmonieux des échanges au sein de la population ;

–les éléments nationaux de la bourgeoisie en tant que classe maîtresse d’une bonne partie des moyens de production, c’est-à-dire tous les participants actifs à la production, au niveau de la direction et de la gestion, dans la mesure où ils forment un secteur réellement indépendant des groupes et intérêts étrangers.  Nous devons insister sur l’aspect national exigé de ce groupe en sachant qu’une bonne partie de ses membres sont, en réalité, liés à des forces étrangères à notre peuple.


    Le nationalisme révolutionnaire envisage la France comme une nation colonisée, qu’il est urgent de décoloniser. Les Français se croient libres alors qu’ils ne sont, en vérité, que les jouets des lobbies étrangers, qui les grugent et les exploitent, grâce à la complicité d’une fraction des classes dirigeantes, à qui ces lobbies jettent quelques morceaux de leur festin.
    Face à cette situation, nous pouvons estimer que les conditions de lutte des nationalistes révolutionnaires sont similaires à celles qui furent le lot des groupes nationalistes du tiers monde (il importe peu, à cet égard, que la France, en raison de son passé colonial, ait été, en même temps, durant une certaine période, à la fois colonisatrice et colonisée en particulier sous la IVe République).
    Il est évident que cette situation de pays colonisé n’est pas perçue par nos compatriotes ; cette cécité n’est due qu’à l’habileté de nos exploiteurs, qui n’ont de cesse que de prendre le contrôle des Mass Media, puis, insensiblement, de toute notre culture nationale, dont la réalité même peut désormais être délibérément niée. Par cette méthode, il devient incontestablement très difficile de faire comprendre aux Français qu’ils vivent dans un pays dont le peuple n’est pas forcément maître de son destin.

    Le processus de destruction de notre identité nationale, pour hypocrite et camouflé qu’il puisse être, n’en est déjà pas moins très fortement entamé et le premier devoir des nationalistes révolutionnaire est d’y faire face.
    La conscience de l’état de nation dominée qui est celui de notre patrie représente la première pierre de notre édifice doctrinal. En effet, nous devons estimer que notre devoir le plus impératif et le plus évident est de tout faire pour mettre fin à cet état de chose.

    Puisque les Français ne sont pas les vrais maîtres de leur patrie, la traditionnelle opposition faite par les nationalistes entre un « bon capitalisme » national et un « mauvais capitalisme » international, n’est qu’une pure et simple duperie. Le capitalisme en France ne peut être qu’un outil entre les mains des véritables propriétaires de la nation. Dès lors, les nationalistes révolutionnaires ne peuvent accepter une formulation économique totalement contradictoire avec leurs aspirations nationales les plus évidentes.
    Le capitalisme est une formule économique qui sous-entend l’esclavage de notre Nation.
    Mais il doit s’agir pour nous d’une opposition radicale et non uniquement dans les mots (comme ce fut trop souvent le cas). La Nation doit reprendre le contrôle de la vie économique, et, spécialement, des secteurs où les intérêts étrangers sont les plus puissants. Banques, secteurs de pointe, centres de recherche et de distribution doivent être repris par le peuple français. Le pseudo-sacro-saint principe de la propriété privée n’a pas à jouer, car des biens illégalement acquis ne réclament ni respect, ni compensation.

    Les biens repris par la nation devront être gérés selon les techniques qui assureront à la fois la pérennité de leur récupération et une utilisation rationnelle. La formule la meilleure serait probablement un contrôle souple de l’État et la remise au public, sous forme de don ou de vente à bas prix, d’actions représentant le capital des biens retournés à la communauté nationale.
    La reprise en main de notre économie permettra la récupération de l’indépendance nationale, puisque les éléments exploiteurs, privés de toute source d’enrichissement, n’auront plus aucune raison de demeurer sur le territoire national. Nous devons donc considérer que notre programme de libération politique et sociale de notre peuple passe par l’adoption d’une économie communautaire au niveau des moyens de production. Les moyens de production sont aujourd’hui aux mains d’intérêts étrangers, pour une bonne part, soit directement, soit indirectement. Or, la possession de ces moyens représente la possibilité d’exploiter le travail de notre peuple, en sécrétant de nouvelles richesses, qui assurent le renforcement de la mainmise extérieure.

    La récupération des richesses nationales doit aller de pair avec la fin de l’imprégnation culturelle étrangère au sein de notre sphère civilisatrice. Nous devons remettre en honneur notre tradition nationale, refuser les apports extérieurs qui en sont la négation ou l’affadissement, tout en redonnant à notre peuple une tâche à la mesure de son destin historique. Cette tâche ne peut être que l’édification d’un système politico-économique susceptible de servir de modèle aux nations confrontées au même problème, à savoir celui de la libération interne d’une influence extérieure prédominante.
    En redonnant aux Français, l’ambition des nationalistes révolutionnaires se plaçant à ce niveau, la volonté de combattre et de vaincre, nous donneront le signal de la renaissance nationale de la Patrie. L’histoire glorieuse de notre nation a toujours été fondée sur une volonté acharnée de vivre libre ; en restaurant cette tradition multiséculaire, nous mettrons fin à ce processus de « génocide culturel et biologique », qui vise à détruire notre peuple et son organisation, en tant qu’entité cohérente et unie.
    Notre volonté de libérer notre nation prend place dans une conception plus large de l’histoire, conception qui est à la base même de notre combat idéologique. Pour nous nationalistes révolutionnaires, l’histoire est fondée sur la compétition des peuples, qui agissent d’une façon bénéfique en vue de maintenir leur originalité dans tous les domaines, aussi bien sur le plan ethnique, culturel, politique, etc.
    Tout ce qui s’oppose à cette originalité vise, en fait, à détruire le moteur même de l’histoire et constitue une attitude foncièrement réactionnaire et anti-populaire, au sens plein du terme. Jamais l’homme n’aurait pu progresser sans une attitude foncière d’émulation, par rapport à ses semblables et les luttes entre groupes, ethniques ou autres, soit militaires soit pacifiques, ont toujours été le véritable moteur de l’histoire. L’indépendance des groupes humains s’est codifiée, il y a des centaines d’années, dans un type, désormais universel, celui de l’État-Nation. Par contre, les tentatives d’Empires, universels ou plus limités, se sont effondrées dans le sang ou représentent, comme les Empires chinois ou soviétiques, de véritables « prisons des peuples », vouées tôt ou tard, à l’éclatement, lors d’un nouveau « printemps des peuples ».

    L’État-Nation, moteur de l’histoire, doit être homogène, non pas sur un plan strictement racial, ce que l’expérience historique ne prouve absolument pas, mais sur un plan de cohésion et de coopération mutuelle entre les divers participants de ce groupement historique. Les éléments qui refusent cette cohésion ne sont pas les bienvenus dans cet État-Nation et, au minimum, ne doivent pas avoir la possibilité matérielle de développer leur influence et leur puissance au détriment de la communauté nationale.
    L’histoire ne peut prendre son sens que si la réalité nationale des peuples est préservée. Le colonialisme économique et culturel que nous subissons, vise directement à interdire à notre nation de conserver ses caractéristiques propres. Le meilleur moyen de développer les potentialités nationales réside dans le maintien de notre intégrité en tant que peuple et tant que des menaces pèseront sur celle-ci, cette tâche sera primordiale pour les nationalistes révolutionnaires.

    Ce souci exclusif de protection nationale ne se place pas dans le cadre d’une hostilité quelconque à l’encontre des autres entités nationales. Bien au contraire, nous pensons qu’une France nouvelle aurait comme objectif d’aider les autres nations-sœurs à acquérir le même type d’indépendance qu’elle.
    Si l’histoire est, avant tout, libre jeu des compétitions entre groupes organisés, le principe même de la vie humaine est, issu de cette conception. Pour nous, l’homme n’est capable de progrès que si sa vie est fondée sur deux principes clairs :

    –émulation compétitive avec ses concitoyens,

    –coopération avec les autres membres de son groupe.


    L’émulation, facteur de progrès, doit être complétée par la coopération, pour éviter un écrasement, toujours possible, des faibles par les forts. La véritable fonction de l’État est d’ailleurs de compenser les inégalités inévitables, afin de maintenir la cohésion du groupe national.
    Ce rôle de l’État est directement lié à notre conception de la nation ; l’État n’est pas seulement le gardien de l’indépendance de la Nation, il est aussi le garant de sa cohésion. L’État doit nécessairement disposer de larges pouvoirs et de moyens d’action étendus pour réaliser ses objectifs.
    Mais l’État doit être réellement au service du peuple et non au service exclusif des intérêts des groupes dominants ; il doit être le régulateur de l’activité nationale, en cherchant en priorité à permettre le libre développement de notre peuple. Pour cela, l’État doit être directement issu du peuple et contrôlé par lui ; le peuple doit être associé à l’État et à ses organismes de direction. La pseudo-doctrine élitiste, qui vouait la direction de l’État à des « élites » autodéterminées est à abandonner.
    L’État populaire doit être un État où le peuple exerce pleinement ses droits politiques. En outre, il doit avoir les moyens de s’opposer à toute tentative d’oppression. Le meilleur moyen réside dans un article bien simple de la Constitution américaine : le droit pour tout citoyen de détenir à son domicile des armes pour sa défense. Cette conception du citoyen armé correspond d’ailleurs parfaitement à notre volonté de réaliser une véritable défense nationale, par la mise en œuvre d’une organisation militaire de type populaire (dans le style d’une Garde nationale, ouverte à tous les citoyens français).
    Si les citoyens de l’État-populaire doivent pleinement participer pleinement à la vie et à l’organisation de leur État, c’est bien parce que nous refusons totalement la notion typiquement réactionnaire qui voudrait traiter les Français en mineurs incapables de prendre parti sur les grands problèmes de leur pays.
     Nous estimons au contraire que les Français sont des êtres majeurs et il est évident que notre peuple doit prendre en main son destin, sa libération passant par son adhésion librement consentie à une politique de défense nationale et populaire. Dans cette optique, les nationalistes révolutionnaires sont favorables à une conception politique étatique d’un style nouveau, c’est-à-dire une forme d’État authentiquement populaire et fort.
    Populaire, car tous les organismes étatiques doivent être issus du choix du peuple, le peuple participant à leur fonctionnement et à leur contrôle
    Fort, car sa tâche très lourde ne peut être assumée avec succès que par l’existence de moyens de gouvernement permettant la mise au pas des intérêts étrangers.
    L’État, ainsi conçu, est donc directement lié au peuple et ne peut exister que par lui et pour lui. Ainsi, dans cet État populaire, les Français auront la possibilité d’être les maîtres de leur destin, tout en récupérant leurs richesses nationales, dont ils sont aujourd’hui frustrés. De cette façon, ils comprendront parfaitement ce qui est en jeu et feront bloc pour défendre ce qu’ils auront ainsi reconquis, par leur action commune.

    Comment parvenir à la naissance de l’État populaire ? Il est certain qu’un bouleversement aussi profond et aussi radical ne pourra s’effectuer sans des luttes violentes et nombreuses. Les exploiteurs de la nation n’accepteront pas d’être privés de leur butin sans se défendre avec une détermination sauvage. Si la menace devient réelle, ils bafoueront sans hésiter leurs prétendues conceptions humanitaristes et répondront par la terreur. Le combat politique doit donc être mené sur deux plans :

    –sur le plan électoral, en informant les Français de ce qui les menace, en essayant de regrouper autour de nos thèmes le maximum possible de nos compatriotes ;

    –sur le plan purement politique, en mettant sur pied une organisation capable de relever le défi qui lui sera tôt ou tard lancé par les ennemis de la nation, organisation régie selon une discipline et une rigueur toutes militaires, en raison des circonstances où elle pourrait être amenée à intervenir.


    La lutte politique, surtout une lutte révolutionnaire radicale, est une chose sérieuse ; elle ne peut être menée que dans le cadre d’une organisation disciplinée et structurée. Il importe donc de séparer le mouvement nationaliste, organisation révolutionnaire, du parti chargé de représenter notre idéal au niveau de la population française.
    Cette action à deux niveaux permet d’encadrer dans des mouvements ayant des buts similaire des individus qui ne sauraient cohabiter dans un mouvement unique. Quiconque accepte intégralement les principes et les buts du mouvement nationaliste, qui veut en partager les tâches et les risques, doit être membre du mouvement nationaliste. Ceux qui ne peuvent accepter qu’une fraction, plus ou moins importante, de ces mêmes principes, peuvent être membres du parti, afin de militer pour l’application de ce programme minimum des nationalistes révolutionnaires.
    Dans ce cadre politique, les nationalistes révolutionnaires doivent considérer comme des ennemis d’un type similaire, sur le plan idéologique, les diverses organisations du centre, de droite ou de gauche. Ce refus de l’opportunisme doctrinal n’a évidemment rien à voir avec un pur sectarisme politique. Il est certain que nous devons réagir selon les nécessités du moment, sans nous laisser lier les mains par des a priori sans signification réelle.
    Les nationalistes révolutionnaires combattent pour une révolution radicale ; pour cela, il est indispensable que les militants soient éduqués dans un esprit véritablement révolutionnaire. Cette éducation ne peut commencer que par l’adhésion totale des militants à l’idéologie nationaliste révolutionnaire. Un nationaliste révolutionnaire doit accepter l’idéologie nationaliste révolutionnaire, en militant au sein du mouvement nationaliste, noyau combattant du parti de la révolution nationaliste. Un nationaliste révolutionnaire doit accepter la discipline interne de son organisation, refuser le fractionnisme et prendre conscience de l’ampleur de la mission qui est la sienne.

    La construction du mouvement nationaliste, premier cercle de la révolution est donc la tâche politique la plus urgente des nationalistes révolutionnaires. Elle doit prendre place avant toute autre initiative, car, sans le mouvement nationaliste, toute action politique nationaliste révolutionnaire serait vouée à l’échec, ce fut toujours le cas auparavant. La naissance du mouvement nationaliste ne peut pas être autoproclamée par tel ou tel groupe plus ou moins nationaliste révolutionnair. Elle doit être le fruit d’un intense travail aussi bien doctrinal que politique et organisationnel. Le mouvement nationaliste ne peut exister que dans la mesure où l’idéologie nationaliste révolutionnaire a été rendu opérative, c’est-à-dire après le renouveau réel de cette pensée. Il ne peut exister, aussi, que dans la mesure où les nationalistes révolutionnaires disposeront d’un appareil de formation et d’éducation, assurant correctement des fonctions absolument indispensables dans un parti de type révolutionnaire (écoles de cadres, revues théoriques et historiques, documents politiques, critique de l’actualité, etc.). Cette formation doit se faire sur deux plans :

    –une formation immédiate, assurant au noyau initial nationaliste révolutionnaire les moyens d’action qui lui rendront possible l’encadrement des futurs adhérents ;

    –une formation plus tardive appliquée aux nouveaux adhérents en vue de les intégrer réellement à l’organisation nationaliste révolutionnaire, tout en leur permettant de remplir les fonctions importantes au sein du mouvement nationaliste.


    Le processus de création du mouvement nationaliste ne peut être qu’une œuvre de longue haleine, mais il doit aller de pair avec des actions ponctuelles de type politique, militant ou électoral, afin d’éviter l’écueil classique de ce genre de formation étagée dans le temps, celui d’une déviation sectaire et ultra-minoritaire, entraînant un repliement de l’organisation sur elle-même. Pour ce, il est indispensable que les nationalistes révolutionnaires collaborent avec les autres fractions de l’opposition nationale, la rigidité doctrinale régnant au sein de leur mouvement leur permettant la plus grande souplesse au niveau de la tactique purement politique. Cette collaboration doit prendre la forme d’une politique de Front uni, soit sur des problèmes précis, soit dans le cadre de campagnes électorales ou de propagande.
    L’édification du mouvement nationaliste, lorsque les moyens matériels et humains seront réunis, se poursuivra par la mise en place d’un parti plus large, dont les objectifs se limiteront à populariser certains thèmes nationalistes révolutionnaires, sans chercher à en faire passer la totalité dans la masse sympathisante. Cette deuxième étape de l’édification de l’organisation nationaliste révolutionnaire devra assurer la participation des nationalistes révolutionnaires à la vie politique, économique et sociale de la Nation.

    Nous devons placer notre stratégie politique dans une perspective résolument optimiste : la France (et bien d’autres pays) va être confrontée à une crise d’ampleur inégalée depuis des dizaines d’années, ce qui entraînera la nécessité de solutions radicales. Notre faiblesse actuelle, au niveau de l’adhésion populaire, pourra, dans cette hypothèse, disparaître d’une façon extraordinairement rapide. Mais cette crise inévitable ne pourra tourner à l’avantage des nationalistes révolutionnaires que si ceux-ci se sont sérieusement préparés aux affrontements inéluctables. Le parti révolutionnaire peut se développer dans une période de bouleversement politico-économique, il n’a guère tendance à sortir alors du néant. Il est nécessaire de mettre en place les structures politiques du parti avant la crise, et non pas après son éclatement. Nous ne devons pas être atteints de cécité, en refusant de voir que la longue période de stabilisation de l’équilibre mondial, entamé dans les années cinquante, par une certaine mise en sommeil de la guerre froide et par l’extraordinaire relèvement économique de l’Europe, est en train de se terminer. Nous sommes de nouveau dans la « zone des tempêtes », et, dès lors, tout redevient possible pour les nationalistes révolutionnaires.
    Il ne faut pas se faire d’illusion : nos thèmes ne peuvent rallier à nous des gens satisfaits de leur sort ! Notre erreur a été aussi de croire qu'ils pouvaient nous rallier des gens vaguement inquiets ou même directement mis en cause par les bouleversements sociaux de ces dernières années.

    Nous devons admettre que seuls des gens au pied du mur peuvent nous rejoindre, pour des raisons autres que celles purement idéologiques qui ne peuvent évidemment concerner qu’une fraction extrêmement minoritaire de nos concitoyens.
    L’approche de la crise qui marque encore confusément la vie de notre pays nous impose une stratégie de tension. Nous devons essayer d’aggraver les contradictions internes de la société et de l’État, en nous opposant à toute tentative de « conciliation nationale », dont les véritables détenteurs du pouvoir ont probablement l’intention d’user si les tensions économiques et sociales s'accéléraient jusqu’au point de la rupture.
    Les nationalistes révolutionnaires ont le devoir de préparer la révolution autrement que par des discours creux ou des appels enflammés. Pour cela, ils n’ont qu’une possibilité et une seule : constituer un parti soumis à une discipline de type militaire et organisé selon des formes réellement efficaces, dans le cas de l’ouverture brusquée d’une situation de crise révolutionnaire. Mais pour y parvenir, les nationalistes révolutionnaires ont un long chemin à parcourir, chemin qui passe par l’abandon de leur tendance à l’anarchisme petit-bourgeois, à leur penchant à des solutions conservatrices, à leur fractionnisme et à leur propension à se mobiliser ou à se démobiliser au gré d’enthousiasmes ou de découragements successifs et cela pour le plus grand danger de leur mouvement.

    Nous devons former un type de militant qui soit adapté à l’action à mener, militant qui n’est pas forcément celui qui a été à l’honneur dans les mouvements précédents, mais qui doit être avant tout éduqué et « politisé », la politique étant curieusement absente des préoccupations essentielles de trop nombreux « nationalistes ». Ces militants nationalistes révolutionnaires, encadrés et organisés, auront comme souci primordial d’agir dans leurs milieux propres, en diffusant les thèmes de leur mouvement, de la seule façon qui soit efficace, celle de la lente imprégnation et maturation. Il faut d’ailleurs différencier les militants, les formations de jeunesse, le parti et le mouvement nationaliste, ne réclamant pas le même genre de militantisme et le même style d’action.
    Les nationalistes révolutionnaires ont comme mission de préparer la révolution qui vient et pour cela ils doivent rompre radicalement avec un passé de défaites et d’erreurs, au moins sur le plan purement national. Pourquoi se référer sans cesse à des groupes français du passé, dont l’incapacité totale saute aux yeux ?
    Pourquoi ne pas faire référence à des mouvements qui sont, eux, des modèles de succès et non d’échec. Les nationalistes révolutionnaires se lamentent depuis des années sur le peu de résonance de leur propagande en milieu ouvrier, et ils n’étudient pas les modalités d’action de mouvements comme le Justicialisme en Argentine ou les Croix fléchées en Hongrie, qui sont arrivés à rallier une grande partie du prolétariat, tant urbain que rural !
    Nous devons comprendre que les problèmes auxquels nous sommes confrontés sont, certes, originaux, mais que des leçons très précises peuvent être tirées de l’histoire du mouvement nationaliste révolutionnaire dans le monde.
    Nous entrons dans une nouvelle période de notre histoire politique ; aussi devons-nous entreprendre une révision radicale de nos thèmes, mais il nous faut éviter les erreurs qui furent commises dans des périodes similaires. En ne nous référant qu’à un passé très récent, la tentative de Venner, par Europe action, après la perte de l’Algérie, tentative originale de remise en cause du vieux fatras idéologique de l’extrême droite, a complètement échoué du fait de son enferrement dans une sous-philosophie dérivée d’un « matérialisme biologique », qui ne fut jamais clairement défini. La deuxième expérience, celle d’Ordre nouveau, après la tourmente de Mai 1968, a voulu faire l’impasse totale sur les problèmes idéologiques, en privilégiant l’action immédiate. Mais l’idéologie a la vie dure et les tensions que soulevait sa mise en sommeil ont finalement entraîné l’éclatement d’Ordre nouveau, avant même l’interdiction de ce mouvement.


(fin de la première partie).

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Samedi 14 mars 2009
- Par MSR
[Reproduction de l’exposé fait par André Gandillon pour l’Œuvre française (qui présente cet intéressant texte) le 2 mars 2009 à Paris (publié aux Études nationalistes, mars 2009)]



    La 24e université du Club de l'Horloge a été consacrée, en décembre 2008 au populisme. Le populisme est en effet un mouvement qui connaît un certain développement en Europe et il est important d'en analyser la nature. Tel sera l'objet de la présente étude.
    Les mouvements qualifiés de populistes ont pour caractère commun de s'inscrire dans le cadre du système qu'ils sont sensés critiquer et rejeter.
    Certes, ils se révoltent contre le mondialisme niveleur et négateur des peuples et des nations. Certes, ils relatent le sentiment de nombreuses couches de la population qui ressentent un malaise à voir leur cadre de vie bousculé, qui sont indignés du mépris de la part d'un pouvoir qui affiche sa sollicitude envers les étrangers légaux ou illégaux, qui sont victimes d'une société où l'ordre public n'est plus assuré efficacement, la dégradation de leur niveau de vie.
    Ils bénéficient de ce point de vue d'un courant naturel de sympathie de ceux qui refusent le déclin de leur pays. Les solutions proposées, comme le recours à la démocratie directe, à la restauration de l'autorité, à la prise de mesures destinées à protéger l'identité et à affirmer la souveraineté des États ne peuvent, là encore, qu'être bien reçues par nombre de contempteurs des dérives actuelles.
    Pour autant, ces mouvements populistes développent-ils une action politique adaptée à la situation ? Plus profondément, leur programme répond-il de manière appropriée aux défis de l'heure ? Telles sont les questions auxquelles nous devons répondre.


La signification du « populisme »

    Tout d'abord, quelle est la signification du terme de « populisme » ? Dans populisme, il y a peuple. Or ce mot revêt au moins deux acceptions. Considéré en tant que communauté humaine, le peuple se rapporte à cette communauté de destin dans l'universel, dotée d'une identité spécifique et unique qui la distingue des autres communautés qui l'entourent ; mais il fait aussi référence au peuple, en tant qu'entité sociologique, à savoir la masse, la plèbe par opposition à l'élite.
    Il est clair que, si les populistes se réfèrent à la première acception, les tenants du régime se réfèrent à la seconde. Autant la première définition donne une assise d'essence nationaliste, autant la seconde est péjorative : elle témoigne d'une volonté de mépriser et de disqualifier des mouvements qui s'appuient sur le corps de la population, ce corps étant dépeint comme replié sur lui-même et constitué des éléments inférieurs de la société, de ces petites gens présentées comme incultes et manipulées par quelque démagogue aventurier. La manière dont ont été traités les électeurs et les militants du Front national lors des élections où ce parti a obtenu de substantiels succès comme en 2002 suffit à illustrer cette analyse.
    Suspecte, cette connotation l'est d'autant plus dans la mesure où l'appellation de populisme n'est pas le fait des tenants de ce courant mais celui de ceux qui fabriquent le discours officiel ou officieux, à savoir les analystes et autres journalistes politiques inféodés au système ou en étant les porte-parole. Mais, pour fâcheux que ce soit, cela ne suffit pas à discréditer les mouvements populistes.
    Par ailleurs, ces mouvements revêtent bien des particularités selon les États et les régions du globe où ils sont apparus et se sont développés. Au-delà de la revendication de s'appuyer sur les classes moyennes ou inférieures de la population, quels rapports y a-t-il entre le « populisme » d'un Hugo Chavez ou d'un Evo Morales et le « populisme » d'un Berlusconi et de ses alliés ou du Front national en France, voire le « populisme » de Vladimir Poutine en Russie ?

    Notre propos doit donc être resserré sur ce qui nous concerne directement à savoir les mouvements « populistes » nés dans les États de l'Union européenne, l'U.E..



Une incohérence fondamentale

    La première caractéristique des mouvements populistes réside dans le fait qu'ils se veulent être des mouvements électoralistes et démocrates. Ils ne visent à rien d'autre que d'être reconnu et surtout acceptés institutionnellement, autrement dit, acceptés et reconnus comme des organisations politiques respectables, au même titre que les organisations régimistes existantes. En définitive, leur aspiration est d'accéder au pouvoir pour appliquer leur politique par le truchement respectueux de la démocratie électorale et de participer ainsi à l'alternance démocratique qui constitue l'essence même du jeu de la démocratie dite représentative.
    Ils contestent seulement les dérives du système, à savoir l'idéologie mondialiste, le droit-de-l'hommisme, tout ou en partie selon les personnes, l’immigration massive qui menace la stabilité de nos sociétés, la logique du libre-échange absolu.
    Mais c'est justement là que le bât blesse. Ils ne se rendent pas compte, ou ne veulent pas se rendre compte que le système démocratique, posé et absolutisé comme principe universel, est devenu indissociable des dérives politiques qu'ils dénoncent. Par conséquent, leur attitude ne peut être que très inconfortable. Il existe en effet une contradiction certaine entre le fait de vouloir être membre actif à part entière du système en bénéficiant de l'honorabilité afférente et développer des critiques sérieuses quant à son fonctionnement et à son évolution alors que ceux-ci lui sont inhérents.

    En fait, cette attitude s'explique par une erreur fondamentale que commettent les populistes : ils se disent et se pensent comme étant sincèrement démocrates, convaincus que, malgré des défauts qu'ils n'hésitent pas  à mettre souvent en valeur, la démocratie est encore le moins mauvais des systèmes politiques et qu'il est possible de l'amender. Plus encore, peut-être, pensent-ils qu'il est illusoire de songer à l'instauration de tout autre système, le monde en place étant là pour très longtemps, en tout cas à longueur d'éternité pour une vie d'homme. Certes, ils peuvent bien envisager qu'il se produise des catastrophes, mais rien qui puisse remettre fondamentalement en cause la marche du monde et son organisation.
    Ce n'est pas tout. En se préoccupant seulement d'électoralisme, les partis populistes oublient ou feignent d'ignorer que le pouvoir démocratique repose, comme l'avait bien analysé Augustin Cochin à propos de la Révolution française, sur des sociétés de pensée discrètes, agissant en arrière-plan de la scène politique mais étant les véritables détentrices du pouvoir. De ce fait, elles ne sont pas atteignables par le système électoral dans la mesure où ce sont elles qui en détiennent les clefs et qui le manipulent. La nature du système démocratique fait que le pouvoir politique institutionnel n'est pas nécessairement le centre réel du pouvoir.
    Le seul moyen de s'emparer du pouvoir est d'en investir les centres effectifs que sont les sociétés de pensée. Or celles-ci sont trop bien organisées pour se laisser subvertir de manière significative. Dès lors, sauf à développer les siennes propres et à conquérir le terrain que celles-ci ont su opiniâtrement occuper au fil de dizaines d'années, avant d'espérer prendre le pouvoir démocratiquement, l'option réformiste devient caduque par impossibilité.


L'épreuve de l'histoire

    De ce fait, vouloir modifier la politique d'un système en devenant un rouage de celui-ci relève de l'impossibilité. Le système dispose d'un nombre suffisant de pare-feu, de filtres immunitaires pour éviter de se laisser gangrener légalement, pour se laisser investir de l'intérieur.
    Certes, dans l'histoire il y a eu des accrocs, le principal étant l'accession au pouvoir d'Adolf Hitler par les voies légales en 1933. Mais le système a été tellement effrayé de cet événement qu'il a mis en place un puissant appareil de défense allant jusqu'à lobotomiser les intelligences, de telle manière qu'un tel danger de subversion est, à vue d'homme, circonscrit. Certes, des accrocs peuvent se produire mais ne concernent pas un pays d'importance majeure. Le cas du Venezuela d'Hugo Chavez, par exemple, dérange mais Chavez lui-même n'est pas en mesure de subvertir le système et de le mettre à bas dans son propre pays, pour peu qu'il le veuille. Plus encore, certains « populistes » arrivent au pouvoir mais ne conservent qu'un vernis : le cas du Brésilien Lula da Silva est éloquent.

    Observons maintenant ce qui se passe dans les États européens où un parti populiste a obtenu un succès électoral tel qu'il a pu accéder au gouvernement comme en Autriche et au Danemark. Néanmoins, il convient de remarquer qu'il n'y sont parvenus qu'en situation de parti d'appoint au sein d'une coalition, ce qui revient à en émousser fortement la capacité d'agir. Quel est leur bilan ? En Autriche, la ligne directrice du pouvoir n'a pas été modifiée : l'immigration, pièce maîtresse du programme, y est toujours aussi peu maîtrisée après le passage de l'ÖVP de feu Georg Haïder qu'auparavant. Au Danemark, les lois sur l'immigration ont été renforcées ; mais elles ne mettent pas pour autant le Danemark à l'écart de la pression immigrationniste qui assiège le continent européen. Il y a seulement un frein ; mais pour combien de temps, dans la mesure où en démocratie parlementaire, l'alternance politique est le lot des gouvernements.
    En Italie, la Ligue du Nord, préoccupée des seuls problèmes régionalistes de la plaine padane, est présentée comme parti populiste et le gouvernement de Berlusconi n'est pas le plus à gauche des gouvernements dits « de droite ». En fait, rien de substantiel ne change : l'Italie continue à souffrir des mêmes maux économiques, n'a pas enrayé l'immigration incontrôlée ; mieux, le gouvernement laisse le patronat faciliter l'immigration et les régularisations.
    En fait, ces partis populistes parviennent à participer au pouvoir parce qu'au fond, ils partagent pour l'essentiel la même philosophie démocratique que leurs partenaires, ainsi que nous l'avons déjà signalé.


Du bon usage de l'électoralisme

    Pour autant, faut-il rejeter le combat électoral ? Non, mais à condition de ne pas se laisser prendre dans les rets du système, à condition de ne pas être dupe et de n'en faire qu'un outil parmi d'autres pour lutter contre le système. L'utilisation du mécanisme électoral, compte tenu de ce qui a été énoncé précédemment, ne doit pas avoir pour objectif de contribuer au fonctionnement du système ou du régime mais de servir les intérêts des organisations __ ou, mieux __ de l'organisation qui s'y oppose et le combat. Le parti bolchevique avant 1917 avait su le comprendre.
    Les moyens de ce service sont multiples et dépendent des circonstances. C'est un outil médiatique dans la mesure où les élections permettent de faire connaître des idées, de constituer un courant de masse qui aidera à établir des ramifications dans tout le pays. Ce peut être un moyen d'investir, au hasard des événements, tel ou tel poste d'influence, notamment la conquête de mairies de petites localités, celle de certains postes-clefs ou d'observation dans telle ou telle organisation, comme les prud’hommes qui ne sont pas à proprement parler des institutions politiques ; cela peut constituer des relais toujours utiles. Il ne s'agit pas de vivre coupé du monde, mais dans celui-ci et de savoir en utiliser les outils qu'il nous offre à son corps défendant .Mais il faut toujours prendre garde à ne pas se laisser séduire par les sirènes du système toujours promptes à agir. Seuls, un état d'esprit révolutionnaire -et non pas réformiste - et une bonne formation doctrinale permettent d'éviter ces écueils.
    Il ne faut pas tomber dans les travers de ceux qui, ayant obtenu quelque siège dans une assemblée, se pressent de jouer les forces de proposition inspirées de leur programme populiste pour aider à l'amélioration du système. Car toute aide revient à combattre contre son propre camp dans la mesure où l'on peut contribuer à renforcer l'adversaire et à fourbir ainsi des armes contre soi-même. Et même, si au sein d'assemblées des propositions allaient dans le sens souhaité, il est impossible de les voter dans la mesure où, d'une part, n'étant pas établies par nos propres soins elles sont inévitablement d'une inspiration philosophique différente : en d'autres termes, il s'agit de faux amis. En outre, même dans l'hypothèse d'école où elles seraient pleinement conformes à nos vœux, elles ne pourraient être cautionnées car leur mise en application ne pourrait être que mal conduite dans la mesure où elle le serait par des gens qui ont une vision politique différente de la nôtre.


L'absence de doctrine

    Une autre caractéristique de ces mouvements est qu'ils n'ont pas de doctrine. Leur être réside avant tout dans une vision électoraliste des problèmes à résoudre. Ils ne disposent pas de doctrine ferme et sûre qui leur permettrait de se fixer des principes politiques non négociables, une ligne d'action qui ne se vicie pas d'accommodements liés aux faiblesses de l'électoralisme. L'absence de doctrine fait que leurs propositions subissent des variations, substantielles ou non, au fil des ans, selon les modes intellectuelles, selon les événements, selon les concessions qu'ils pensent devoir faire pour être mieux compris. Or, s'il faut se garder d'une inutile rugosité, il ne faut jamais transiger sur les principes.
    D'ailleurs, lors de la 24e université du Club de l'Horloge, Didier Maupas, son vice-président, a résumé l'esprit du populisme en le présentant comme étant d'abord « un cri de douleur des peuples européens autochtones ... victimes de la mondialisation et qui lancent ... un cri d'alarme face à l'immigration de peuplement » et « une révolte » contre les élites mondialistes. Ces propos ne sont pas anodins. Ils révèlent que le populisme est une réaction épidermique de gens qui se sentent agressés. Il s'agit avant tout d'un sentiment ; plus encore d'une « douleur » et d'un « cri d'alarme ». Or, si pousser des cris d'alarme est toujours mieux que de rester muet, car cela prouve au moins que les gens s'aperçoivent que quelque chose ne va pas, cela ne constitue pas une pensée réfléchie ni une doctrine. Et les gémissements n'ont jamais rien produit de bénéfique.

    Certes, on rétorquera que des penseurs analysent le mal qui provoque cette douleur et théorisent la réaction populiste : nous sommes en train de voir ce qu'il faut en penser. Mais la remarque de Didier Maupas est révélatrice de l'origine du mouvement populiste : la réaction de gens qui se satisfaisaient très bien du système en place avant que celui-ci ne dévoile une nouvelle étape de son développement, à savoir la volonté d'éradiquer les nations, comme le disait dès 1972 Edmond de Rothschild. Il s'agit de personnes qui n'ont toujours pas compris la nature viciée et perverse du système issu de la révolution de 1789 et conforté après 1945 en Europe. Dès lors, ils ne peuvent que présenter des armes fortement émoussées pour combattre la situation présente. En fait, ils ne représentent pas un réel danger pour celui-ci.
    Économiquement, ils n'ont pas la perception de la nature du système : ils restent fondamentalement libéraux, même avec des nuances. Et s'ils critiquent la mondialisation économique, ils ne défendent pas une doctrine économique et une doctrine financière capables de conduire la politique économique nationale capable de résoudre les maux qu'ils dénoncent.


La souveraineté

    Quant à leur conception de la souveraineté, elle demeure nominale. Mais qu'est ce que la souveraineté ? Elle se définit par rapport à ce qui est souverain, c'est-à-dire à toute autorité d'où procèdent toutes les autres, au dessus de laquelle il n'y a rien de plus élevé.
    Au point de vue des États, la souveraineté signifie une indépendance absolue en droit d'un État à l'égard de tout autre État ou autorité supérieure étrangère ou supranationale. La souveraineté se rapporte donc à la fonction de pouvoir et, précisément de pouvoir d'État dans le cas présent.

    Le courant souverainiste, qui se rattache à la nébuleuse populiste, justifie son existence par sa volonté de rétablir la souveraineté des États qui est en train de se diluer dans l'Union européenne, l'U.E.. Leur dénonciation de la perte de l'autonomie, de l’indépendance de décision des États au profit de la Commission européenne constitue leur cheval de bataille. La dénonciation est juste ; cependant cela dénote une conception essentiellement juridique de la souveraineté. Ce que les souverainistes ont en vue est avant tout l'indépendance juridique, politique des États membres actuellement d'une U.E. qui les transforme en simples États fédéraux d'une fédération européenne. (1)
    Or l'indépendance ne se mesure pas au seul point de vue du pouvoir politique. Certes, il s'agit d'un pouvoir essentiel, mais il n'est pas seul. De nos jours, il est concurrencé par d'autres pouvoirs, voire en passe - si ce n'est déjà fait - de leur être inféodé, notamment le pouvoir de la finance, le pouvoir économique de sociétés transnationales, voire le pouvoir moral et financier de ces organisations internationales, sinon internationalistes que les sont les Organisations non gouvernementales, les ONG.
    Économiquement, les colossaux montants d'endettements sous toutes leurs formes, étatiques, collectivités locales sont une des formes de destruction de souveraineté. En est une autre l'organisation du travail mondial qui se met en place : elle consiste à ce que plus aucun État ne soit en mesure de maîtriser la totalité de ses chaînes de production, tant pour l'industrie que pour l'agriculture avec les Monsanto qui détiennent le monopole des graines. Que dire des courants d'immigration allogènes qui sont poussés de toutes parts contre le continent européen ? Que dire de la manipulation des esprits fondée sur le réchauffement climatique ? Il y a une logique à l'œuvre dont il faut avoir la conscience la plus claire possible.
    Comment un État peut-il être souverain, disposer d'une défense nationale sûre, lorsque la nation dont il est la colonne vertébrale a perdu la maîtrise de son économie ? Lorsque cet État voit sa souveraineté monétaire battue en brèche par la finance internationale et apatride ? Lorsque cet État se retrouve infiltré, perverti par des groupes de pression, des sociétés de pensée qui ont des ramifications avec l'étranger, à moins que celles-ci ne soient que des ramifications d'organisation étrangères ? (2)
    Les souverainistes déplorent certes bien des travers de la présente situation, comprennent qu'il faut maintenir des industries vitales pour la nation à l'intérieur des frontières nationales mais ne présentent aucun projet capable de restaurer à terme cette souveraineté monétaire, économique, intellectuelle. Au fond, ils demeurent attachés aux principes du libéralisme économique. Les principes d'une économie orientée et d'une finance fondée sur une autre base que la monnaie d'endettement leur sont inconnus sinon étrangers. La souveraineté monétaire n'est qu'une condition préalable ; elle n'est rien sans les techniques financières appropriées.
    En quelque sorte, ils veulent retrouver une organisation économique du même ordre que celle qui existait dans les années 1960, époque mythique à bien des égards pour beaucoup de gens.

    Mais la situation a changé. L'ouvrage est gigantesque : il faudra bientôt reformer une main-d’œuvre qui aura été coupée de toute une tradition de savoir-faire de tours de mains, tout ou presque sera à reconstruire. Cela nécessitera bien autre chose que la simple revendication du rétablissement de la souveraineté nationale ; cela nécessitera de mettre en place une société de corps intermédiaires économiques.
    Pour ce faire, une doctrine et une conception complètes et cohérentes sont nécessaires. Elles existent : ce sont la doctrine et la pensée nationalistes. Il semble utile de rappeler que le nationalisme, doctrine prônant la primauté du spirituel sur le matériel, est un élan vital qui refuse la mort de la nation, envisage et résout chaque problème par rapport à la France ; il est unité de doctrine, de direction et de méthode, ce que n'ont ni les partis populistes et souverainistes.
    Il importe toutefois de préciser qu'il ne s'agit pas d'attaquer les personnes. Il existe parmi les membres des partis populistes et souverainistes un spectre d'opinions allant des réformistes aux opposants plus catégoriques. Il est parmi eux des gens qui prennent conscience des travers présentement dénoncés ou qui, en ayant pris conscience ou le sachant clairement dès l'origine, pensent encore jouer un rôle d'essence révolutionnaire semblable à celui décrit précédemment. II ne s'agit pas de leur jeter d'opprobre. Le moment venu, les positions se clarifieront autour du pôle nationaliste qui constitue la matrice à partir de laquelle une direction nouvelle sera prise effectivement.


André Gandillon



(1) Encore, lorsque l'on parle de souveraineté de la France, faut-il se rappeler que par deux fois, les dirigeants de la République ont voulu des abandons de souveraineté : en juin 1940 avec Raynaud et Churchill, en 1956 avec Mollet et Eden lors de l'affaire de Suez ; cela bien avant que l'on brade notre souveraineté juridique avec l'U.E.. N'y a-t-il pas une sorte de penchant malsain dans le monde politique français ?

(2) Précisons, même si cela paraît casuiste, que cette remarque ne vise pas l'Église dans la mesure où, s'occupant de questions spirituelles, étant universelle, elle n'a pour rôle que d'informer les intelligences de principes formateurs qui sont aussi bien intemporels qu'universels. Les relations entre spirituel et temporel sont régies par l'adage christique « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ».
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Dimanche 8 mars 2009
- Par MSR

         Il y a peu, j’ai pu voir chez un ami au Paraguay la retransmission du film « Marie-Antoinette » réalisé par Mlle Coppola.

         Hormis les décors et les costumes, tout dans ce film est faux. Ce n’est qu’une suite d’insultes à la royauté, aux personnes royales, à la France et aux Français. Sont transposés dans le grand Versailles, les mœurs et les coutumes du monde de la « pop » ou de la « rock » music – une  bande de dégénérés dont le regard et l’esprit semblent jamais ne remonter plus haut que la ceinture ou le porte-feuille.

         Salir est le but ; il faut salir. On voit donc le roi Louis XV lors d’une partie de jambes en l’air ; on voit Louis XVI en immature impuissant ; on voit la reine s’abandonner à l’individu qui sûrement sera le véritable géniteur de la descendance mâle royale (on passe beaucoup de temps au bord des lits) – je dois avouer que lorsque l’image de la reine nue se cachant derrière un éventail telle la dernière des prostituées des bas-fonds de Londres dans l’attente de son amant est apparue, nous avons arrêté la retransmission  ; Quant à la cour : Lorsqu’ils ne sont pas dépravés, c’est une suite de personnages constipés et fielleux. Quelle imagination !

         L’utilisation d’une musique moderne est à l’image du projet, et l’on s’étonne que tout ce beau monde ne baigne pas plus figurativement dans l’orgie et la cocaïne.

         Cependant, cependant ! Il n’est un secret pour personne que certains groupes ou certaine tribu contrôlent les films qui sont produits, et leur insufflent leurs critères moraux – qui n’ont rien à voir avec ceux de l’être humain civilisé chrétien – Or donc, le message « philosophique » du film semble le suivant : Il ne faut pas s’étonner que tous ces gens terminèrent à la lanterne au vu de leurs comportements scandaleux au mépris du bien-être du bon peuple. Serait-ce là une sorte de prémonition ?


Philippe Régniez.
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Jeudi 5 mars 2009
- Par MSR

[Voici un article tiré du numéro 109 de Défense de l'Occident, daté de février 1973 et donc paru il y a plus de 35 ans. Il  n'a, dans ses développements comme dans sa conclusion, rien perdu de sa pertinence, ni de son actualité.]




L’hypothèse de la « croissance zéro »

        Depuis quelques temps déjà, existe un courant d’inquiétude quant à la finalité de la croissance sans précédent qui est devenue la caractéristique des économies occidentales. Ce courant, cependant, prenait davantage l’aspect d’une critique philosophique ou éthique que celui d’un mouvement scientifique. Certains travaux de « futurologues », comme Bertrand de Jouvenel, avaient un aspect trop partiel ou trop peu spectaculaire pour provoquer l’inquiétude du grand public. Les travaux effectués par la fameux club de Rome ont pris une toute autre dimension, en raison à la fois de la personnalité des chercheurs et de l’optique globale dans laquelle ils avaient abordé le problème. Il ne se passe désormais plus guère de mois sans que quelque publication ou quelque nouvelle autorité scientifique ne vienne confirmer la tragique plausibilité de l’hypothèse d’un arrêt de la croissance économique ou de la disparition de notre espèce.
        Excès de population, épuisement proche des sources, d’énergie, comme des ressources alimentaires, augmentation des pollutions au-delà du seuil de tolérance humain, accentuation des disparités économiques, sans parler des troubles psychiques et sociaux (criminalité, alcoolisme dépressions, etc. ...) dus aux conditions de vie dans les grandes concentrations urbaines et industrielles vont atteindre le stade où, nous dit-on, la production quantitative croissante de biens matériels mettra en péril notre survie même.

        Or, le contraste est grand entre la terrifiante gravité de cette éventualité et les réactions suscitées : Quelques controverses scientifiques, l’apparition de plusieurs mouvements et journaux plus ou moins sérieux, plus ou moins manipulés par des éléments marxistes, la création d’un ministère de l’environnement au budget grotesque, une mode déjà déclinante qui a rempli les colonnes des journaux et les colloques organisés par Giscard d’Estaing, la passivité du public qui compte sur la science et le gouvernement pour résoudre ces problèmes comme sur des divinités omnipotentes. Certes, on n’a pas toujours tort de dénoncer la collusion entre les milieux industriels pollueurs et ceux de la presse et de la politique. Il n’en reste pas moins que la faiblesse de ces réactions traduit davantage une inadaptation idéologique : l’incapacité des structures mentales capitalistes et marxistes à envisager l’éventualité d’un arrêt de la croissance économique.


Echec du mythe libéral

        Face à cette possibilité la pensée libérale hésite entre trois attitudes le rejet, l’utopisme et la récupération. Le compte-rendu des rencontres organisées par, le ministère de l’économie en juin dernier nous offre un assez bel échantillonnage.
        Certains technocrates, mystiques du développement économique à outrance, refusent cette problématique affirmant qu’il suffira de d’établir un contrôle des naissances efficaces. Une telle affirmation fait preuve pour le moins d’optimisme, dans la mesure où les politiques malthusiennes menées dans les pays sous-développés ont échoué jusqu’à présent. D’autre part c’est ignorer que dans un pays comme la France (dont le taux de fécondité est proche de celui de la stabilisation démographique, malgré une politique nataliste), chaque individu est 16 fois plus polluant qu’un habitant du tiers-monde.
        D’autres se réfugient dans une mentalité utopisante l’appel au mythe du progrès scientifique omnipotent, sous-jacent à l’idéologie démocratique, est évident : « on » trouvera de nouvelles sources d’énergie, « on » parviendra à éliminer les déchets, etc. … Au contraire, nous disent- ils, l’industrie antipollution sera source de nouveaux profits et quiconque ne pense pas que le bonheur humain est conditionne par la production d’un plus grand nombre de machines à laver et par leur répartition plus égale est un obscurantiste ennemi de la conscience universelle.

        Plus cohérente est l’attitude de certains libéraux, comme l’américain John Diebold, pour qui les mécanismes du marché restent aptes à intégrer ces données nouvelles. Il suffit de rétablir dans sa pureté le système libéral, en faisant payer à l’entrepreneur tous les coûts occasionnés par la production, y compris les coûts écologiques (destruction du milieu naturel épuisement de ressources rares). On voit cependant assez mal le système libéral s’imposer cette auto-discipline. Dans l’Etat démocratique, le pouvoir, trop dépendant des consultations électorales pour mener l’action à long terme, trop lié aux intérêts particuliers pour imposer des mesures restrictives nécessairement impopulaires semble mal adapté à ce combat pour la survie.

        Le régime des démocraties occidentales est peut-être le plus apte à réaliser l’optimum économique des profits maximum pour un maximum d’individus; mais il est sans doute inconciliable avec l’optimum social voire avec la perpétuation du corps social. Comment concilier cette affirmation avec celle selon laquelle, en cherchant à réaliser son intérêt égoïste, l’« homo economicus » réalisera en même temps celui de la collectivité (le même individu étant censé ne plus penser qu’à l’intérêt général dès qu’il a un bulletin de vote entre les mains). Il sera de plus en plus difficile de nous faire croire que le bonheur se mesure à la pente des courbes de Produit National Brut.
        Or, privé de toute justification métaphysique, le système démocratique n’a pu fonder sa légitimité sans un mythe : celui de l’augmentation sans fin des satisfactions matérielles. Ces dernières années la faiblesse de ce mythe, incapable d’entraîner le consensus d’une grande part de la jeunesse, est devenue évidente : nous n’en voulons pour preuve que la mollesse des réactions occidentales face à la subversion idéologique. C’est dès à présent son écroulement qui doit être envisagé, avec pour conséquence celui d’un ordre incapable de survivre faute d’un minimum d’images et croyances communes.


Marxisme et croissance

        Du côté marxiste l’incapacité à assimiler les données nouvelles de l’écologie est quasi totale. Certes il ne manque pas de groupes dits « gauchistes » (surtout aux Etats-Unis) pour vouloir faire déboucher la critique écologique sur celle du capitalisme et, il y a peu de temps, Roger Garaudy soutenait une thèse ingénieuse : le temps serait venu où la propriété privée des grandes industries serait inconciliable avec leur caractère dangereux. Mais il s’agit là de cas numériquement peu importants concernant des marginaux d’une orthodoxie douteuse. Pour les marxistes sérieux la « mode écologique » est « une drogue sociale, un nouvel opium du peuple » un hochet avec lequel la bourgeoisie essaie d’empêcher la prise de conscience du prolétariat et le détourne de la lutte des classes. (Urbaniser la lutte des classes, Paris, Utopie, 1970, p. 52).
        En effet l’idée d’un arrêt de la croissance est inconciliable avec le mythe de l’Histoire aboutissant à une société d’abondance, de bonheur, sans aliénation, etc. ... Si, pour Marx, il appartient au prolétariat, accomplissant sa mission messianique, d’établir cet Age d’Or, la lutte des classes n’est pas l’explication ultime de cette dynamique. En dernière analyse ce sont les forces productrices qui, se développant et entrant en contradiction avec les modes de production (division du travail et type propriété) sont à la base de toutes les autres contradictions, c’est-à-dire de toute l’histoire. Dans L’Idéologie allemande Marx déclare (Editions sociales, p. 52) : « Le développement des forces productrices… est une condition pratique préalable, absolument indispensable, car sans lui c’est la pénurie qui devient générale, et avec le besoin c’est la lutte pour le nécessaire qui recommencerait et l’on retomberait fatalement dans la même vieille gadoue ». Traduction française : pas de société communiste si les forces productrices ne peuvent atteindre un développement suffisant, pas de paradis sur terre si la croissance s’arrête.

        Sans aller jusqu’à cette hypothèse la seule affirmation de la rareté de certains biens naturels met en pièces la théorie économique marxiste. En effet, si dans la valeur d’un produit il faut tenir compte de la rareté de certains biens qui y sont incorporés (minerais, énergie) la théorie de la valeur travail, clef de voûte du socialisme « scientifique » perd toute crédibilité, la valeur d’un objet n’étant plus uniquement fonction du temps nécessaire à sa production.
        Si les thèses des écologues s’avèrent exactes, toute prétention du marxisme à être une science s’écroule pour révéler sa nature véritable de vieux mythe millénariste rhabillé avec les défroques prudhommesques du XIXe siècle.


Repenser nos taches politiques?

        L’examen des réactions du capitalisme et du marxisme à l’hypothèse de la croissance zéro nous conduit donc à dénoncer à la fois leur sclérose idéologique et les valeurs qui leur sont communes : matérialisme, historicisme, croyance à la science et au progrès, optimisme, hédonisme, etc. ... Ce n’est pas une bien grande découverte pour ceux qui comme Drieu la Rochelle pensent que : « Ce n’est pas étonnant que de Petrograd à Shanghai on parle Marx et on pense Ford. Un amour profond pour les buts du capitalisme est inclus dans la furieuse critique de Marx » (Socialisme fasciste, p 110). Or, il se trouve encore un certain nombre d’esprits à qui ces buts font horreur, au nom d’une conception plus exigeante, plus militante et peut-être plus esthétique de la vie, parce que, selon le conseil de Julius Evola, ils refusent la démonie de l’économie et veulent lui rendre sa vraie place : celle de moyen du politique. Seuls de tels esprits, libres des dogmes du temps, pourront s’adapter à des données politiques fondamentalement nouvelles. Il faudra beaucoup de lucidité pour critiquer de nouvelles possibilités qui apparaissent dès à présent : Conflit entre le tiers-monde et les pays développés en raison de l’accroissement du fossé économique ? Evolution du conflit vers des formes raciales ? Resserrement de la solidarité occidentale ? Evolution de l’Etat gestionnaire chargé d’assurer la prospérité des citoyens vers un pouvoir de salut public ? Apparition d’une autorité internationale à l’échelle du combat pour la survie ? Formation d’une caste technocratique d’écologistes prenant une large influence politique ? etc.
        Dans la mesure où la critique de ces éventualités, de la plus plausible à la plus fantaisiste, doit déboucher sur des contre-projets concrets, la tentation de l’utopie sera dangereuse. On assiste dès à présent à des réactions de fuite, à la création de pseudo abbayes de Thélème : par exemple le village communautaire de Pierre Fournier en Savoie. Celui-ci, il est vrai disait dans une lettre à Nouvelle Ecole :

« Il s’agissait de recréer un clan et non de faire une communauté au sens gauchiste du terme. Si vous voulez, je considère le projet comme révolutionnaire, mais pas de gauche... Je suis, profondément, avec mon obsession de l’enracinement, de la fidélité, de la pérennité, un type de droite. J’ai vraiment très honte ».


Venant d’un journaliste de Charlie Hebdo une telle déclaration devrait faire réfléchir ceux qui ne voient dans le mouvement écologique qu’un avatar de la contre-culture américaine ou la nostalgie gauchisto-hippie du bon sauvage. Quand bien même l’hypothèse envisagée plus haut ne se réaliserait pas, l’attitude de scepticisme devant les bienfaits de la croissance semble devoir à la fois se généraliser et prendre un visage plus précis (qui sera peut-être celui d’une contestation scientifique). Il importe de comprendre combien ces aspirations souvent confusément, parfois lucidement comme chez Fournier, sont celle d’une école de pensée qui se veut vouée à la défense de l’Occident. Pour le marxisme et le libéralisme l’être humain est réductible à un concept, celui d’individu à un bulletin de vote, à sa force productive, à son rôle de contractant économique, bref à une abstraction. A cette conception de l’esprit s’oppose celle de la personne membre d’une civilisation, d’une culture, d’une ethnie, d’une nation et tout naturellement de la nature. L’idée que notre liberté ne peut s’affirmer et notre être s’enrichir que de relations harmonieuses avec ces entités, cette revendication d’un enracinement qui soit aussi une identité, la volonté d’un accord avec un passé et un monde en qui nous découvrons notre propre visage, telles sont les caractéristiques d’une « droite » qui n’est ni celle des coffres-forts ni celle de l’ordre dans la rue. Pour lui ressembler il ne manque même pas au mouvement anti-pollution un aspect nostalgie de la vie rurale (pour ne pas dire retour à la terre) ni la haine du monde industriel considéré comme anonyme et antinaturel.

        Défendre l’Occident ne doit pas signifier subir les coups de l’adversaire et regarder mélancoliquement diminuer la peau de chagrin de ce qui peut encore être sauvé. Ceux qui sauront comprendre que le temps des nostalgies est révolu et que le mouvement écologique, s’il est dirigé, peut devenir une force politique de premier plan, y trouveront une arme exceptionnelle dans leur combat contre l’ordre ancien.

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Vendredi 27 février 2009
- Par MSR
Un chant en forme de prière...


I. Perdu sous le ciel, perdu sur la mer,
Là-haut écoutez ma prière.
Perdu sous le ciel, si loin de la terre.
A moi, Notre-Dame et tous les saints,
Prenez en pitié tous les marins ;
Calmez la vague, la vague et le vent,
Calmez pour moi l'ouragan.

II. A tous les calvaires, aux crois des chemins,
Je promets un pèlerinage,
A tous les calvaires, aux croix des villages.
A moi, mon pays, mes souvenirs,
A mois tous mes rêves à l'avenir.
Sur moi la vague, la vague s'abat,
Sur moi, la mer et le froid.

III. Plus jamais l'été, plus jamais l'hiver
Plus jamais la fête au village,
Plus jamais l'amour sur un clair visage.
A moi, Christ en Croix, ayez pitié,
Du fond de la mer, miserere.
Pardonnez, pardonnez, pardonnez moi,
Sous mes péchés je me noie.

IV. Perdu sous le ciel, perdu sur la mer,
Perdu au milieu des nuages,
Perdu dans le ciel, après le naufrage.
A moi, Notre-Dame et tous les saints,
Prenez en pitié tous les marins ;
Calmez la vague, la vague et le vent,
Calmez pour moi l'ouragan.





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Jeudi 26 février 2009
- Par MSR
[Une thèse originale et pertinente de Michel Lacroix sur l'existence d'un fascisme français,  fondé comme expérience esthétique - merci à B. pour le texte]



    Y eut-il, entre 1919 et 1939, un fascisme proprement français ? Oui, contrairement à ce qu'affirme depuis longtemps l'historiographie française. La base de ce fascisme était-elle idéologique ? Non, affirme Michel Lacroix : elle était d'abord esthétique.
    Son ouvrage vise à montrer que tout du fascisme naît de l'esthétique ou y aboutit. Les discours,les pratiques symboliques, et les textes littéraires ne cessent de le répéter : « Qui dit fascisme dit avant tout beauté » (Bénito Mussolini).



(Leibende - Anton Grauel - 1940)

    Qu'est-ce qu'un chef ou un héros pour les artistes fascistes ? Quelles valeurs cherchent-ils à promouvoir chez les jeunes, en Allemagne, en Italie et en France? A quel spectacle politique consacrent-ils leurs efforts ? Voilà les trois principales questions auxquelles répond Michel Lacroix. Pour y arriver, il est allé relire Drieu La Rochelle, Céline ou Brasillach, mais il s'est aussi intéressé au scoutisme et à l'olympisme, à la sculpture comme au cinéma. C'est ce qui lui a permis de comprendre les rapports du pathos, de l'exhibition, du sublime, de la violence et de la mort dans le fascisme français de l'entre-deux-guerres.



 

Le fascisme, il y a bien longtemps que nous avons pensé que c'était une poésie, et la poésie même du XXème siècle (avec le communisme sans doute). Les petits enfants qui seront des garçons de vingt ans, plus tard, apprendront avec un sombre émerveillement l'existence de cette exaltation de millions d'hommes, les camps de jeunesse, les gloires du passé, les défilés, les cathédrales de lumière, les héros frappés au combat, l'amitié entre les jeunesses de toutes les nations réconciliées, José-Antonio, le fascisme immense et rouge. Je ne pourrai jamais oublier le rayonnement merveilleux du fascisme universel de ma jeunesse.


Robert Brasillach.

 



    Comment a-t-on pu librement choisir, préférer, voire désirer le fascisme ? Comment le fascisme a-t-il pu apparaître comme projet politique louable, nécessaire, sinon idéal pour des millions d'Européens de l'entre-deux-guerres ? Comment, en un mot, a t-on pu être fasciste ? Maintes hypothèses ont été formulées pour tenter d'expliquer cela, qui apparut et apparaît encore pour beaucoup inexplicable. A la suite, entre autres, de Walter Benjamin, nous postulons que l'attrait du fascisme a résidé dans son projet esthétique, dans sa promesse d'une nation superbement belle, d'une vie héroïque, d'un spectacle politique ravissant qui éblouit. Pareille thèse ne saurait être exclusive, dans la mesure où un phénomène historique aussi complexe ne peut se réduire à une explication unique. Le rapport à la modernisation politique et économique, les cycles économiques, les conflits entre "identités" nationales et sociales, la dynamique des idéologies, l'expérience de la Première Guerre mondiale, les contextes historiques nationaux,etc...tous ces éléments, et bien d'autres encore ont compté. Sans nous inscrire en faux contre les perspectives qui soulignent l'importance prise par ces derniers dans l'avènement du fascisme, nous avons choisi de montrer que le rôle joué par l'esthétique devrait être promu parmi les plus importants facteurs explicatifs.



Mausolée où repose le corps du poète d'Annunzio et ses camarades de combat
près du Lac de Garde.




Palais de l'INPS (Institut national de la sécurité sociale) sur la Piazza Missori à Milan
réalisé par Marcello Piacentini (1929/1930).



    Le fascisme s'est voulu incarnation de la beauté. L'un de ses traits marquants, qui le distingue d'ailleurs des mouvements politiques contemporains, est la place primordiale prise par l'esthétique dans son idéologie. Le jugement porté sur la Cité, sur ce qu'elle a été, est ou devrait être, est conditionné chez lui par les critères du beau et du laid. La société qu'il veut faire advenir repose moins sur la justice, la moralité ou la richesse ; il ne promet ni droits ni bonheur, ne rétablit pas plus la tradition qu'il n'incarne vraiment la modernité; sa caractéristique majeure doit être la beauté et toutes ses qualités afférentes : force, unité, émotion, dynamisme, etc... Deux hypothèses majeures sous-tendent l'ensemble de notre travail. Nous posons en premier lieu que l'esthétique, dans le fascisme, est une dimension première et essentielle. Elle en est une dimension parmi d'autres en un sens que d'autres veines discursives composent le discours fasciste dans son ensemble, celles issues de la religion ou de l'économie, par exemple. Elle en est malgré tout une dimension fondatrice et incontournable. D'une part la sensibilité esthétique est à la base du fascisme, elle le précède et y conduit. D'autre part, la justification esthétique légitime l'ensemble du projet fasciste. Le pouvoir absolu du chef, les incessantes demandes de sacrifice et d'héroïsme, le mépris à l'égard des bourgeois, l'exigence d'uniformité parfaite, le militarisme omniprésent, la nécessité d'une violence purificatrice : chacun de ces aspects du fascisme possède des assises esthétiques. Nous posons comme seconde hypothèse que le fascisme représente la radicalisation d'un vaste pan de la culture européenne du début du XXème siècle : radicalisation de l'autoritarisme et du phallocentrisme, d'abord. Radicalisation ensuite de la nouvelle culture émergente du corps, du muscle et de la jeunesse. Radicalisation aussi de la tradition du spectacle politique nationaliste...."




(Fahnenträger - Josef Thorak - 1937)




(Michel Lacroix, auteur du livre De la beauté comme violence (l'esthétique du fascisme français, 1919-1939), Presses de l'Université de Montréal, 2004 - Merci à B.).
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Mardi 24 février 2009
- Par MSR

«Théodore Hersart de La Villemarqué a recueilli ce chant auprès de Chateaubriand», rapporte  Thierry Decruzy, dans Les Chants de tradition. Ce chant raconte l'histoire de cette bataille décisive des guerres d'Italie au XVIe siècle. Après ses défaites en Provence, l'empereur Charles Quint est repoussé. Face à lui, François Ier espère tirer avantage de ce recul est pénètre en Italie. Les Français prennent Milan puis s'attaquent à Pavie qu'ils assiègent.


Dans la nuit du 23 au 24 février, les troupes impériales s'infiltrent dans le dispositif français ; à leur tête Charles de Bourbon, qui s'est mis au service de Charles Quint après sa disgrâce, lui qui s'était illustré à Marignan. Les renforts arrivés en janvier étaient eux commandés par Charles de Lannoy, un autre français. Mal conseillé, le roi refuse la retraite ; les Français sont défaits et le est prisonnier. Le lendemain, François Ier écrit à sa mère :

« Madame, pour vous faire savoir comment se porte le reste de mon infortune, de toutes choses ne m'est demeuré que l'honneur et la vie qui est sauve. »


La postérité retiendra : « Tout est perdu, fors l'honneur ». François Ier est envoyé en Espagne où il restera prisonnier un an.


I. Quand le roy partit de France
A la mâle heure il est parti.
Il en partit le dimanche
Et le lundi il fut pris.

II. Il pensait prendre l’Espagne
Mais les Espagnols ils l’ont pris.
Rens toi, rens toi, roy de France
Rens toi car te voilà pris.

III. Je ne suis point roy de France
Vous ne savez mi qui je suis,
Je suis povre gentilhomme
Qui s’en va par le païs.

IV. Qui demande caristade
Et un morceau de pain bis.
Ont retourné sa casaque
Ont apercu fleur de lis.

V. Ont regardé son épée
Ils ont lu Francoys escrit.
Si vous n’étiez point Roy de France
Ne porteriez point ceci.

VI. Le l’ont pris, l’ont amené
Dans la grande forêt de Madrid.
La tourre est hausse et quarrée
Jamais le soleil n’y luit.

VII. Fors qu’une basse fenestre
Qu’estoit au pied de son lit.
Regardant par la fenestre
Messager il vit veni.

VIII. Messager qui portes lettres
Que dit-on du Roy à Paris ?
Recommand’ moi à la Reine
A Henry mon petit fils.

IX. Et va-t-en dire à ma mère
Va dire à Montmorency,
Qu’on fasse battre monnaie
Aux quatre coins de Paris.

X. S’il n'est point d’argent en France
Qu’on s’en aille à Saint Denys,
Qu’on prenne la couverture
Qu’est d’argent comme le dit.

XI. Que le dauphin on amène
Et mon petit fils Henry,
Et à mon cousin de Guise
Qu’il vienne ici me requèry.

XII. Que si je retourne en France
Un chasteau feray basti
Qu’aura autant de fenestres
Comme l’année aura de nuits,
Et qu’ainsi comme en Espagne
On appellera Madrid.







Portrait de l'Empereur Charles-Quint à cheval, au bord de la mer
d'après Antoon van Dyc.

 

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Lundi 9 février 2009
- Par MSR
Yves de Kermoal et Georges de Franck sont les auteurs de ce chant original. Il s'agit de l'un des quelques chants né en Algérie durant la Seconde Guerre mondiale, dans les armées qui s'apprêtaient à revenir en Europe, sous les influences américaines, anglaises ou gaullistes. L'un des deux auteurs, Yves de Kermoal tombera lors des combats devant Belfort.
Il sera mort sans avoir pu constater combien la promesse d'un relèvement de la France (« 
Une Patrie que leur vaillance/ Fera plus nette que les couteaux/ Du Premier Commando de France ») sera trahie... et comment aurait-il pu en être autrement quand les politiciens faillis de 1940 furent ceux qui  revinrent dans les fourgons des vainqueurs en 45...
Bien que ce chant soit clairement identifié, on trouve néanmoins quelques variations : « danse » au lieu de « marche » aux lignes 1 et 4 du refrain ; « Ils se sont révélés » (c. 2, l. 4)] « Ils seront beaux » (c. 3, l. 4).




I. Quel est cet orage qui gronde ?
Quel est ce signe dans le ciel ?
Est-ce la fin de notre monde
L’apocalypse qui nous réveille ?
Ce sont nos frères, nos camarades
Qui scandent ensemble et en cadence
Le grand Requiem de parade
Du Premier Commando de France

C’est la grande marche virile
C’est la grande marche du sang
C’est le grand rythme des chœurs d’hommes aux Commandos !
C’est la grande marche virile des Commandos
C’est la grande marche du sang des Commandos
C’est le grand rythme des chœurs d’hommes
Que les femmes, ah ! les femmes, n’entendent jamais, Commandos
Que les femmes, ah ! les femmes n’entendent jamais
C’est du sang nouveau comme du vin nouveau
Mais pas pour les lèvres de femmes.


II. Ils ont vaincu sous un ciel noir,
Mais ils n’ont pas pleuré leurs morts,
Car dans l’amour de la Victoire
Ils se sont relevés plus fort
Ils ont servi sur leurs tombeaux
Une Patrie que leur vaillance
Fera plus nette que les couteaux
Du Premier Commando de France.

Refrain.

III. style="FONT-SIZE: 12pt">Ils auront chaud, ils seront purs,
Ainsi ils marchent volontaires
Vers la mitraille sans murmure
Et sans murmure dans la souffrance
Pour mieux entendre au loin les cris
Écho des morts, des ennemis
Du Premier Commando de France.

Refrain.






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Dimanche 8 février 2009
- Par MSR
Le devoir d'histoire de Pierre Vial : 8 février 1220, Parzival entre dans l’éternité.
Publié
dans Rivarol le 24 février 2006.



    On sait que la littérature arthurienne a placé au cœur de l’imaginaire européen les hautes figures de Merlin le Sage, l’homme de la forêt, le frère des loups, héritier des druides, Arthur, incarnation de la souveraineté sacrée, la douce reine Guenièvre, les preux chevaliers de la Table Ronde. Quelques-uns, parmi nos contemporains, attendent et espèrent que la Dame du Lac brandira à nouveau hors de l’onde l’épée Excalibur, signal d’une nouvelle reconquête car le Graal, la coupe du sang, reviendra éclairer notre nuit.
    L'œuvre du trouvère Chrétien de Troyes est un fleuron de la littérature française, né dans cette cour de Champagne où la comtesse Marie, en digne fille d’Aliénor d’Aquitaine, accueillait galamment les poètes. Mais on sait peut-être moins, en France, que Chrétien a eu d’éminents confrères à l’est du Rhin, tout aussi fascinés que lui par cette « Matière de Bretagne » qui était, en fait, l’écho d’ancestrales traditions populaires du monde celtique. Parmi ces trouvères germaniques (les Minnesänger, « ceux qui chantent l’amour »), l’un des plus grands est Wolfram von Eschenbach (1170-1220).
    Né en Franconie orientale, il est l’auteur de charmantes chansons d’amour (des “aubes”, dont le thème est la séparation des deux amants, quand pointe l’aube, après une nuit secrète), d’un roman de croisade, adaptation d’une chanson de geste, Willehalm, resté inachevé. Mais, surtout, du Parzival. Ce fut le roman arthurien, en vers, le plus lu et le plus goûté de l’Allemagne médiévale, comme en témoignent les dizaines de manuscrits parvenus jusqu’à nous. Comme son titre l’indique, c’est une adaptation du Perceval de Chrétien de Troyes, mais Wolfram en a fait une oeuvre très personnelle, originale — au point de séduire certains lecteurs plus encore que son modèle, de par la forte charge symbolique qu’elle contient.
   
    L'œuvre comprend vingt-cinq mille vers. Rédigée à la demande d’un mécène, le landgrave Hermann de Thuringe, elle fut composée vers 1200, en seize livres. Les premiers racontent l’enfance de Parzival, dont le père chevalier est mort au combat, si bien que la mère a voulu tenir l’enfant en dehors du monde de la chevalerie, en l’élevant dans une contrée déserte. Mais bon sang ne saurait mentir. Le jeune Parzival s’émancipe de la surveillance maternelle et part vivre sa vie. Qu’il veut être celle d’un chevalier. Vaillant mais inexpérimenté, il atteint son but après moult épreuves. Et, sauvant une gente reine des assiduités d’un trop brutal soupirant, il y gagne l’amour de la dame et un royaume.
    On est là, jusqu’à présent, dans un scénario assez classique. Mais Wolfram voulait plus et mieux. Il conduit donc, dans la suite de son long poème, Parzival vers un château nimbé de légende.
    Un ordre de chevaliers — dans lequel on pourrait reconnaître les Templiers — y garde farouchement le Graal. Il se sait investi d’une mission supérieure, qui est le sens même de son existence. Après une première tentative avortée — Parzival échoue à l’épreuve décisive — il doit mériter par des combats, dont le plus important est une purification intérieure, d’avoir enfin la possibilité d’accéder au Graal. Un Graal qui permet à ses gardiens chevaliers d’avoir directement accès à la présence divine, sans intermédiaire — ce que l’Eglise apprécie fort peu, faisant planer du coup sur Wolfram des soupçons d’hérésie, pour ne pas dire plus.
    D’autant que son Graal, qui offre tous les mets et boissons possibles, qui est source de santé et de jeunesse, au point de protéger de la mort et de maintenir en vie, ressemble furieusement au chaudron sacré contenant la boisson d’immortalité qui est au coeur des mythologies indo-européennes.
   
    On comprend mieux, ainsi, pourquoi Parzival devenu roi du Graal est présenté comme le « roi juste et pacificateur », thème cher au camp gibelin des Staufen qui affirme les droits de l’Empire face à la Papauté. Le roi Parzival est là pour proclamer l’unité, sacrée, du monde divin et du monde humain, en rupture donc totale avec le vieux dualisme qui diabolise le monde des hommes en l’affirmant voué au mal.
    On voit que Wolfram von Eschenbach était beaucoup plus qu’un gentil poète.
    C'est ce qui fait que certains le lisent encore en trouvant dans son oeuvre un message éternel.

Pierre Vial.





Parzival dans un manuscrit médiéval
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Vendredi 30 janvier 2009
- Par MSR
Cette adaptation d'un chant révolutionnaire russe s'est rapidement imposée comme un classique. La version originale, Полюшко-поле (prononcer "Poljuschko Polje") n'a été composée qu'en 1934. L'air est du compositeur russe Lev Knipper qu'il créa dans sa IVe symphonie « Poème aux jeunes soldats ».
Lev Konstantinovich Knipper était le neveu par alliance d'Anton Chekov : sa tante, actrice, était mariée avec l'écrivain (la grande sœur de Lev, également actrice, épousa Michael Chekhov, acteur lui aussi et neveu d'Anton Chekhov). Né dans la partie allemande de la Russie, il rejoignit les armées blanches pour lutter contre le bolchevisme dans les armées du baron Wrangel. Lev quitta le pays, mais y revint en 1922. Sa sœur fit carrière en Allemagne, comme actrice. Tout comme son frère, elle devint agent des services secrets soviétiques. Lev Knipper entra  en effet au NKVD a 24 ans et commença par ailleurs des études de musique et devint compositeur. En 2008, un plan secret fut découvert : en cas de prise de Moscou, Knipper aurait été chargé de tenter de tuer... Adolf Hitler !

Le passage de ce choeur de la symphonie – dont les paroles sont de Victor Goussev –  connaîtra dès lors une vie indépendante et bien plus dense que le morceau dont il a été extrait. Reprise par l'armée rouge et connaît un immense succès.
En France, c'est Francis Blanche qui a transposé le chant pour en faire
Plaine, ma plaine ; la première version interprété par Armand Mestral. Le traducteur a ôté de ce chant tous les aspects guerriers de l'original qui glorifiait les soldats de l'Armée rouge. Il sera ensuite repris par de nombreux chanteurs ou groupes.



I. Plaine, ma plaine, plaine, ô mon immense plaine
Où traîne encore le cri des loups
Grande steppe blanche de chez nous.

II. Plaine, ma plaine, dans l’immensité des neiges,
Entends-tu le pas des chevaux
Entends-tu le bruit de leurs galops.

III. Plaine, ma plaine, entends-tu ces voix lointaines
Les cavaliers vers les champs reviennent
Sous le ciel chevauchent en chantant.

IV. Vent de ma plaine, va-t-en dire aux autres plaines
Que le soleil soleil et les étés reviennent
Pour tous ceux qui savent espérer.

V. Plaine de ma plaine, sous l’épais manteau de neige
La terre renferme dans sa main la graine,
Qui fait la récolte de demain.


VI. Plaine, ma plaine, ô doux vent de ma plaine
Tu peux gémir avec les loups
L’espoir est plus fort que tout.

VII. Plaine, ma plaine, plaine, ô mon immense plaine
Où traîne encore le cri des loups
Grande steppe blanche de chez nous.










La version originale russe, Полюшко-поле

I. Полюшко-поле,
Полюшко, широко поле.
Едут по полю герои,
Эх, да Красной Армии герои!

II. Девушки плачут,
Девушкам сегодня грустно,
Милый надолго уехал,
Эх, да милый в армию уехал!

III. Девушки, гляньте,
Гляньте на дорогу нашу,
Вьется дальняя дорога,
Эх, да развеселая дорога!

IV. Едем мы, едем,
Едем - а кругом колхозы,
Наши, девушки, колхозы,
Эх, да молодые наши села.

V. Только мы видим,
Видим мы седую тучу,
Вражья злоба из-за леса,
Эх, да вражья злоба, словно туча.

VI. Эх, девушки, гляньте,
Мы врага принять готовы,
Наши кони быстроноги ,
Эх, да наши танки быстроходны.

VII. В небе за тучей
Грозные следят пилоты.
Быстро плавают подлодки,
Эх, да зорко смотрит Ворошилов.

VIII. Пусть же в колхозе
Дружная кипит работа,
Мы - дозорные сегодня,
Эх, да мы сегодня часовые.

IX. Девушки, гляньте,
Девушки, утрите слезы.
Пусть сильнее грянет песня,
Эх, да наша песня боевая!

X. Полюшко-поле,
Полюшко, зелено поле!
Едут по полю герои
Эх, да Красной Армии герои!



Translittération

Poliouchko pole
Poliouchko chiroko pole
Edout po poliou geroi
Eck, da Krasnou y Armii geroi !

Devouchki platsout

Devouchkam sevodnia groustiou

Miliy nadolgo oueckal
Eck, da miliy v armiou oueckal

Devouchki glian’té
Glian’té na dorogou nachou
V’etsia dal’niaia doroga
Eck, da razveselaia doroga !

Edem mi edem
Edem – a krougom kolchozi
Nachi, Devouchki, kolchozi
Eck, da molodie nachi sela

Tol’ko mi vidim
Vidim mi sedouiou toutsou
Vraz’ia zloba iz-za lesa
Eck, da vraz’ia zloba, slovio toutsa

Eck, devouchki, glian’té
Mi vraga priniati gotobi
Nachi koni bistronogui
Eck, da nachi tanki bistrochodni

V nebe za toutsey
Groziie slediat piloti
Bistro plavaiout podlodki
Eck, da zorko smotrit vorochilov

Poust’ ze kolchoze
Drouznaia kipit rabota

Mi – dozornie sevodnia
Eck, da mi sevodnia tsasovie

Devouchki, glian’té
Devouchki, outrite slezi
Poust’ sil’nee grianet pesnia
Eck, da nacha pesnia boevaia !

Poliouchko pole
Poliouchko chiroko pole
Edout po poliou geroi
Eck, da Krasnou y Armii geroi !




(Traduction des deux premiers couplets)

Plaine, ma plaine, plaine, vaste plaine,

Les héros parcourent la plaine,
Oh ! les héros de l'Armée Rouge.


Les filles pleurent,
Aujourd'hui les filles sont tristes,
Leur bien-aimé est parti pour longtemps,
Le bien-aimé est parti à l'armée.
 



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