26% d'un "échantillon représentatif" des Français se dit «plutôt» ou «tout à fait» d'accord avec les idées défendues par Jean-Marie Le Pen, en progression de 2 points par rapport à décembre 2005 (enquête annuelle TNS Sofres pour le Monde et RTL sur l'image du Front national).
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Toujours concernant Le Pen et les sondages, un article du Monde sur la difficile appréhension du vote Front national.
Le 22 avril 2007 succédera-t-il au 21 avril 2002 ? Les sondeurs, accusés d'avoir sous-estimé le vote en faveur de Jean-Marie Le Pen en 2002, n'ont pas sombré dans l'excès inverse. Pour l'instant, aucune enquête d'opinion ne se risque à estimer que le président du FN pourrait être présent au second tour de l'élection présidentielle.
Néanmoins, les réponses apportées par les sondeurs semblent différentes selon les instituts. Fin novembre, l'institut CSA plaçait le président du Front national à 17 % d'intentions de vote au premier tour, soit un score très proche de celui d'avril 2002 (16,8 %). Mais la plupart des instituts de sondage, comme TNS-Sofres ou Ipsos, estiment plutôt le score que ferait Jean-Marie-Le Pen si l'élection avait lieu aujourd'hui, entre 11 % et 13 %.
Comment expliquer cet écart ?
"Nous utilisons d'autres outils pour mesurer les intentions du vote Front national, par exemple en posant d'autres questions aux sondés", explique Stéphane Rozès, de l'institut CSA. Mais sans détailler les outils correctifs mis en œuvre : si la commission des sondages est dans le secret, les instituts, eux, ne communiquent pas sur le sujet.
"Chaque institut à ses méthodes", se contente d'ajouter Stéphane Rozès. Brice Teinturier, de la Sofres, confirme : "Les échantillons font l'objet de différents types de redressement : c'est une opération avant tout statistique." Pas question, là encore, de dévoiler la recette qui pourra permettre de mesurer l'opinion au plus près.
"DES CREUX ET DES BOSSES"
Les sondeurs tiennent à le rappeler : une enquête d'opinion n'est jamais qu'une photographie de l'opinion à un moment donné. "On ne sait pas à combien Jean-Marie Le Pen sera dans cinq mois. Contrairement à un schéma habituellement accepté, le Front national n'obéit pas à une loi mécanique de montée inéluctable. Comme toutes les forces politiques, il a des creux et des bosses, en fonction de l'actualité", explique Brice Teinturier. Son collègue du CSA détaille : "On voit Le Pen à 9 % en janvier et à 17 % aujourd'hui. Entretemps, il y a eu le CPE, des événements dans les banlieues."
Le spécialiste de la Sofres poursuit : "Le Front national a un socle d'électeurs mais, ensuite, il y a des couronnes qui s'agrègent en fonction des thématiques de la campagne. Ce n'est pas la même chose si le discours est centré sur la sécurité ou sur le pouvoir d'achat."
La sous-évaluation de l'électorat du Front national dans les sondages vient en partie de la crainte d'être stigmatisé. "Les gens ont peur d'être repérés donc ils ne disent pas qu'ils votent pour Jean-Marie Le Pen", affirme Alain Vizier, responsable de la communication au FN. Les outils correctifs utilisés par les instituts de sondages le laissent sceptique : "Si quelqu'un ne veut pas vous dire qu'il vote Le Pen, comment allez-vous le savoir ?" s'amuse-t-il, estimant que son parti est "mal noté" car le Front national "n'achète jamais de sondages".
"On nous accuse de sous-estimer le FN, mais depuis 2002, il y a eu au moins six élections pour lesquelles on ne s'est pas trompés !", tient à rappeler Brice Teinturier. Les sondeurs confirment qu'il y a une part de dissimulation de la part des électeurs, mais elle est difficile à quantifier. Pour le directeur du département politique de TNS-Sofres, "c'est aussi un électorat qui a une tendance, plus que d'autres, à refuser de répondre aux enquêtes d'opinion". C'est sur cet aspect que les sondeurs travaillent : le redressement intervient sur les échantillons, pas sur les résultats.
Il est en revanche plus facile de mesurer le poids grandissant du Front national dans l'opinion. Jean-Marie Le Pen jouit d'une image moins inquiétante qu'auparavant. Dans les baromètres d'opinion, le président du FN tend à être perçu comme moins extrémiste, à se banaliser. "Mais de là à savoir quelles seront les conséquences sur le comportement électoral, c'est autre chose. Il peut y avoir plus d'adhésion aux idées du Front national, mais moins de vote. Et ça, personne ne peut le savoir", avertit Brice Teinturier.
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